LIVRE IV
Mais, après la mort d’Astolphe, qui ne laissait pas d’enfants (756), de nouvelles difficultés entre le saint-siège et les Lombards s’élevèrent.
Le nouveau roi, Didier, poursuivit son but par un nouveau moyen. Depuis que le saint-siège joignait à sa suprême autorité spirituelle, une souveraineté politique, l’élection des papes était l’objet de brigues et de luttes d’autant plus ardentes qu’elles se compliquaient de l’ambition des plus puissantes familles de Rome et de la rivalité des factions byzantine, lombarde et franque qui survivaient, grâce à la faiblesse du nouveau pouvoir, aux dominations qui se succédaient si rapidement. Après la mort du pape Paul Ier, un riche baron romain, le duc de Népi, se jeta dans la ville de Rome et fit violemment consacrer pape son propre frère, au grand scandale de la plupart des Romains. Aussitôt Didier, sous prétexte de chasser l’intrus, fit pénétrer dans la ville quelques Lombards, et, au milieu du trouble, tira du cloîtro un certain Philippus, pour avoir un pape à sa dévotion. Il n’y réussit pas. Le primicier de l’Eglise fut assez habile pour faire élire, mais au milieu de scènes d’horreur et malgré ses compétiteurs, Étienne III, pape entièrement opposé aux Lombards.
Obligé d’en revenir aux hostilités ouvertes, Didier donna ses deux filles à Charles et à Garloman, fils de Pépin de France, pour détacher du pape les deux princes; se croyant sûr de ce côté, il occupa alors militairement Faenza, Ferrare, bloqua Ravenne et pensa tenir l’exarchat. Mais l’alliance sur laquelle il avait cru bâtir sa fortune, amena justement sa ruine et celle du royaume lombard. Charles répudia bientôt la femme que le pape lui représentait comme issue d’un peuple de lépreux, et, après la mort de son frèro Carloman, dépouilla les fils de sa veuve. Doublement blessé comme père et comme roi, Didier recueillit à sa cour tous les ennemis du roi franc, entre autres le vieux duc des Aquitains récemment soumis, Hunald, et il marcha sur Rome pour forcer le pape à sacrer les fils do Carlorhau, les neveux de celui qu’il appelait maintenant l’u-
surpateur. C’était une déclaration de guerre au roi des Francs. Mais, sur le siège de Pierre se trouvait un nouveau pape, Adrien Ier, un Romain de noble naissance et de caractère résolu. Celui-ci fait barricader Rome, pousse le peuple aux murailles et appelle le nouveau roi des Francs, Charlemagne. Une puissance nouvelle et la plus redoutable de l’Occident allait venir en ennemie dans la péninsule.
Charlemagne (998); rétablissement de l'empire d'Oceldent ;
Céon III (S«0).
Après d’inutiles propositions de paix, Charles rassembla les Francs dans un champ de mai et leur proposa de le venger de son ennemi et de défendre le pape son allié. Didier avait fortifié le pas de Suze. Un diacre envoyé par l’archevêque de Ravenne, alors partisan zélé du pape, indiqua au roi des Francs un sentier inconnu et non gardé, pour tourner les fortifications et l’armée de Didier. Les deux villes de Pavie et de Vérone pouvaient seules résister. Didier se renferma avec Hunald dans Pavie, et son fils Adelchis, avec les fils de Carloman, dans Vérone (773).
Charles fit bloquer ces deux villes, et alla visiter Rome. Reçu avec enthousiasme par le pape, le clergé et le peuple au milieu des solennités de la fête de Pâques, traversant avec étonnement les ruines des monuments païens pour visiter les églises nouvelles, il prit le titre de patrice des mains du pape, et confirma cette fois solennellement la donation de Pépin par un titre authentique qui, il est vrai, n’a jamais été produit. Le pape serait seigneur des villes et terres concédées comme l’étaient alors tant d’autres évêques, mais sans repousser la souveraineté de son protecteur. Le pacte d’alliance entre le pape et le roi avait pour garantie l’union de leurs pouvoirs à Rome. Charle magne, de retour au Nord, reçut d’abord la soumission de Vérone, après la fuite d’ Adelchis en Grèce. Dans Pavie, Hunald voulait résister jusqu’à la dernière extrémité. Il fut lapidé par les femmes, qui ouvrirent les portes. Charles hist. d’italie. 6