‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 42 sur 338 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

prit le titre de roi d’Italie, reçut le serment de fidélité des ducs lombards et emmena Didier et ses neveux en Gaule (774) . Ainsi périt, pour avoir voulu mettre la main sur Rome, le second royaume essayé par les barbares : avec lui tomba aussi l’indépendance de la péninsule.

La condition des Lombards eût été assez douce si, pour conserver leurs lois et leurs domaines, ils s’étaient résignés à la perte de leur indépendance; mais les ducs de Frioul, de Spolète, de Bénévent, rappelèrent de Constantinople le fils de leur roi, Adelchis, qui, au mois de mars 776, pendant-une expédition de Charles contre les Saxons, débarqua sur les côtes d’Italie. Cette tentative ajouta la perte de la liberté à celle de l’indépendance. Vainqueur des Saxons, Charles battit les ducs, sauf celui de Bénévent, chassa Adelchis, et celte fois abolit la constitution et les lois lombardes, divisa les anciens duchés et les confia à autant de comtes, la plupart Francs, qui devaient gouverner en son nom et à son profit (777).

L’ordre et l’unité ne furent pas d’abord pour l’Italie le prix de la domination étrangère. Les comtes francs eurent quelque peine à faire accepter leur autorité. Au centre de l’Italie l’archevêque de Ravenne, jaloux d’imiter le pape et de se faire aussi un domaine temporel, prit possession de Ferrare, Bologne, de quelques autres villes encore, et y installa des ducs et des magistrats en son nom. Le duché de Bénévent, protégé par sa position méridionale, conserva son indépendance tout en se soumettant un peu plus tard à mettre l’effigie de roi sur ses monnaies. Les Vénitiens défendirent les délimitations qui avaient été fixées entre eux et les Lombards. L’empire grec garda les duchés de Naples, d’Amalfi et une partie de la Calabre avec Otrante et Reggio. Quand Charlemagne, à la suite d’une nouvelle tentative de révolte, fit couronner son fils Pépin roi d’Italie, en 781, il né pouvait se flatter de lui donner toute la péninsule, mais là où il pouvait atteindre, même à Rome et à Ravenne, il était obéi.

En 799, un événement qui eut lieu à Rome fit faire un nouveau pas à l’Italie dans la dépendance.

L’JTALIE FRANQUE. 83

Au milieu d’une procession, une troupe de séditieux se jeta sur le nouveau pape, Léon III, le précipita de son cheval, et, après avoir essayé de le mutiler, le traîna au monastère de Saint-Sylvestre. Délivré par ses partisans, Léon se rendit à Paderborn en Germanie pour demander vengeance à Charles; et le roi des Francs mit sa protection au prix de la couronne impériale de l’Occident. C’était le vœu du temps. « Charles, disait un contemporain, possédait Rome, où trônaient autrefois les empereurs, ainsi que les principales résidences de la Gaule, de l’Italie et de la Germanie. Dieu les avait mises sous sa main. N’était-il pas juste qu’avec l’aide de Dieu et les vœux de tout le peuple chrétien, il joignît le titre, le nom à la puissance? »

L’empire romain était toujours resté comme un souvenir de force et de grandeur dans l’imagination des peuples. Le nouveau maître de l’Occident alors, en demandant son rétablissement au saint-siège, faisait consacrer son autorité politique en Europe et achevait de séparer Rome et l'Italie de l’Orient. En conférant le titre d’empereur à celui qui convertissait les païens et repoussait les infidèles le saintsiége de son côté, qui consacrait un empire chrétien latin assurait son autorité religieuse. L’alliance de ces deux pouvoirs suprêmes unissait, consolidait peut-être la nouvelle société fondée par le christianisme et les Barbares en Occident. L’Italie en redevenait encore une fois comme le centre moral.

Sept évoques et trois comtes avec une forte escorte ramenèrent d’abord le pape à Rome, et jetèrent en prison ses ennemis. Charlemagne vint ensuite lui-même dans la ville éternelle, la mère de l’Empire, mater Imperii, comme on disait déjà; il avait singulièrement grandi depuis sa dernière apparition, grâce à tant de victoires remportées sur les Sarrasins, les Saxons, les Slaves, les Avares; sa domination s’étendait de l’Oder à l’Êbre, et de la mer de Sicile à la Baltique; les infidèles, les païens, il avait combattu tous les ennemis de l’Eglise. Le pape Léon jura devant lui sur la Bible qu’il était innocent. Quelques jours après c’était la fête de Noël de l’an 800, Charlemagne, son fils

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