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LIVRE IV

Pépin, roi d’Italie, ses filles, un grand nombre de seigneurs francs et d’évêques, étaient réunis dans la basilique de Saint-Pierre; au moment du sacrifice, le pape s’approcha du puissant monarque et lui posa sur la tête une couronne d’or, en s’écriant : Vie et victoire à Charles Auguste , grand et pacifique empereur des Romains, couronné par la main de Dieu!

Le roi franc n’avait été jusque-là que le défenseur de l’Église romaine, devotus sanctæ Ecclesiœ defensor , librement choisi par le pape; il remplaçait désormais l’empereur d’Orient, définitivement dépossédé de ses droits de souveraineté sur l’Italie, sur Rome et sur son évêque. L’Europe entière, le monde, par la grâce de Dieu, lui étaient soumis : dat sub tua jura Deus Europeia régna, totum orbem inclinât sab tua jura Deus. La papauté, qui avait déployé toutes les ressources de la politique pour échapper à la domination des souverains grecs et lombards, appelait et consacrait elle-même le maître nouveau de l’Europe. L’Italie, simple annexe d’un empire fondé par un barbare, devait à ses anciens souvenirs de conserver comme en dépôt la pourpre impériale, d’être le centre moral de cet empire des Francs et des Romains, comme la Gaule en était le centre militaire; mais ne serait-ce pas pour elle comme la toison d’or des anciens, l’objet de l’ambition de tous, la proie des plus hardis, le gage précieux d’une grandeur passée, un principe de force et de faiblesse, son orgueil et son malheur?

La domination franque ne fut point d’abord désavantageuse à l’Italie. Mis en possession des provinces transalpines qui s’appuient au Danube, maître du centre de l’Italie, où son père, malgré sa donation, exerçait la souveraineté par ses missi dominici et ses Capitulaires, un fils de Charlemagne, Pépin, fait roi d’Italie, tenta de soumettre le midi de la péninsule, les îles voisines, et de faire de cette belle région un royaume homogène par l’unité du commandement et des institutions. Après avoir encore guerroyé contre le duc de Bénévent toujours prêt à traiter, jamais soumis, et avoir obtenu sa soumission, il chassa les

Sarrasins des parages de la Corse et de la Sardaigne. Les habitants des lagunes de la Vénétie tiraient habilement parti de leur admirable position, pour se soustraire aux Francs et aux Byzantins, en les opposant les uns aux autres, selon les besoins du moment. Pépin déjoua cette astucieuse politique, en s'alliant avec l’empereur grec. Les historiens de Venise ont essayé, comme autrefois ceux de Rome, de dissimuler une sanglante défaite qui faillit anéantir à sa naissance la future reine de l’Adriatique. Au moins est-ce à cette époque que les habitants, forcés do se resserrer dans l’Æstuario, se groupèrent sur les îles Rialto et Malamocco, et que le doge Aynellus Participatius établit sa résidence à l’endroit où s’éleva plus tard le palais des doges. Venise se jetait à la mer pour se sauver.

De sages institutions améliorèrent le sort de l’Italie. Pépin essaya de greffer celles des Francs sur les coutumes lombardes. Il régularisa partout l’institution des comtes, centeniers et dizeniers, qui se confondirent bientôt avec les anciens sculdahis ou gastaldes des Lombards. Il organisa les tribunaux des scabins ou échevins qui conservèrent en Italie le nom de judices dans leurs fonctions d’assesseurs des comtes; il établit à Pavie un comte du palais, qui jugea les causes de tous les hommes puissants, et soumit au service militaire les Lombards et les Italiens. L’Église était riche et toute-puissante dans la Gaule, elle le devint sous la domination franque en Italie. Pépin accorda des donations nombreuses, des immunités considérables aux églises de Milan, de Pavie, etc., et, par suite, une grande influence aux personnages ecclésiastiques qui devinrent d’autant plus en Italie les rivaux politiques et les surveillants des comtes, qu’ils habitaient souvent avec eux la même ville.

Les soins du roi d’Italie s’étendirent, comme ceux de son père, avec complaisance jusque sur les lettres. Le célèbre Alcuin envoya, sur sa prière, dix moines instruits au mont Gassin; un moine irlandais vint à Pavie ranimer les lettres éteintes, sur les bords du Pô, dans la patrie do Virgile. Pavie, Turin, Vérone, eurent des écoles fréqucn-

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