LIVRE IV
tées par de nombreux élèves; et une certaine activité intellectuelle se réveilla. Claude de Turin répandit en Italie l’hérésie espagnole de Félix d’Urgel et déploya quelque force dans sa lutte avec le célèbre Dungal, appelé du monastère de Saint-Denis à Pavie, et avec les évêques italiens Étienne et saint Paulin d’Àquilée. Charlemagne fit à Adalbert, archevêque de Milan, l’honneur de lui commander un livre sur le sacrement du baptême. Les Lombards trouvèrent un historien dans Paul Warnefricd, diacre d’Aquiléc, un de leurs descendants. C’est au mouvement imprimé par Charlemagne que l’Italie dut un peu plus tard, au siècle suivant, Anastase, le savant et crédule bibliothécaire de l’Église romaine; Luitprand, spirituel, ambitieux et curieux historien; Landolfo, naïf narrateur, le chantre anonyme de la lutte de Guy et de Bérenger; et Rosweda, la muse cloîtrée, digne interprète des douleurs et des joies do la romanesque impératrice Adélhaïde. Dans ce moment rapide de renaissance s’élevèrent les nefs de la vieille basilique de Saint-Ambroise à Milan et le beau cloître qui lui sert de vestibule. Tant une étincelle suffit sur cette terre féconde de l’Italie pour ranimer le feu sacré ! « L’Italie est la terre destinée à ressusciter les choses mortes. »
1/ empereur Eotbalre; Étienne IV; Eugène II et Grégoire IV
La mort de Charlemagne en 814, et l’avénement à l’empire du faible Louis le Débonnaire au trône d’Occident, changèrent la situation do l’Italie.
Arrachée à l’anarchie lombarde et restaurée par les Francs , l’Italie pouvait concevoir l’espérance de se détacher de l’empire et de former un état indépendant sous un petit-fils de Charlemagne. Le jeune Bernard, fils de Pépin, récemment mort, petit-fils de Charlemagne, était devenu son roi et pouvait servir ses projets dans le démembrement déjà prévu de l’empire élevé par un grand homme, mort réellement sans successeur. Adalhard et Wa-
la, conseillers de Bernard firent aisément accepter ce rôle au jeune roi. L’œuvre de Charlemagne, malgré la mollesse de son successeur, ne pouvait cependant pas tomber tout d’un coup. Louis le Débonnaire força Bernard à lui prêter serment de fidélité. Il lui retira ses conseillers et fit sévèrement surveiller sa conduite. Le saint-siège d’ailleurs parut moins vouloir se séparer de l’empire que s’en rendre plus indépendant. Après la mort de Léon III, il s’agissait de savoir comment se rétablirait avec Louis le Débonnaire les rapports de l’empire et de la papauté. Le pape récemment élu, Étienne IV, se fit instituer sans attendre ce consentement de l’empereur, mais il envoya au Débonnaire les clefs et la bannière de Rome et lui fit prêter serment de fidélité par le peuple romain, et il vint sacrer de sa main à Reims le fils de Charlemagne déjà couronné à Aix-la-Chapelle. L’alliance était maintenue.
Mais le fameux décret impérial de la diète d’Aix-la- Chapelle (817), qui, du vivant de Louis le Débonnaire, partagea l’empire entre ses fils, et associa l’aîné, Lothaire, au pouvoir suprême en lui donnant l’expectative de l’Italie, après la mort de son père, condamnait Bernard à une déchéance à jour fixe et l’Italie à descendre d’un degré dans la servitude. L’archevêque de Milan, l’évêque de Vérone, le comte de Brescia, d’autres prélats et grands seigneurs encouragèrent encore Bernard à la résistance. Le petit-fils de Charlemagne, se faisant roi national, rassembla des troupes et occupa les passages des Alpes. Mais les Italiens, à l’approche de l’armée impériale, ne le soutinrent pas. Bernard, obligé de se confier à la clémence de Louis le Débonnaire, subit un affreux supplice dont il mourut; les principaux conseillers du roi furent punis J les prélats chassés de leur siège et les seigneurs décapités (818).
Louis le Débonnaire gouverna dès lors l’Italie et domina le saint-siège par son fils aîné, Lothaire, bientôt fait empereur. Le pape Pascal I", élu en 817, s’excusa de n’avoir pas attendu le consentement impérial. Lothaire profita avec habileté des troubles qui suivirent sa mort