‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 45 sur 338 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pour assurer la papauté à Eugène II, et « réformer l’État romain. » Neuf constitutions célèbres garantirent l’élection régulière des papes, la bonne administration de la justice, et l’exécution des lois en vigueur dans le centre de l’Italie. Les limites des autorités impériale et pontificale furent fixées; le pape jura fidélité à l’empereur, ainsi que le clergé et le peuple romain , sauf la foi promise aux papes ; tout pape fut déclaré intrus qui ne serait pas élu canoniquement et ne prêterait pas, en présence du peuple et de l’envoyé de l’empereur, un serment semblable à celui qu’avait prêté Eugène. Un édit de 825 organisa de nouveau l’enseignement dans les principales villes de l’Italie, à Vérone, à Milan, à Parme, à Sienne, à Rome, à Naples, « pour que ni l’éloignement, ni les obstacles, ni la pauvreté, ne servissent plus désormais d’excuse à l’ignorance de personne. »

Lothaire fut même soutenu par les Italiens, quand il se révolta contre son père, avec ses frères do Germanie et d’Aquitaine, et tenta de son vivant de gouverner tout l’empire. La pensée de la domination flattait, encore plus que celle de l’indépendance, un peuple mêlé qui, après plusieurs invasions successives, se connaissait mal lui-même, et mettait ses souvenirs avant ses intérêts. Le pape Grégoire IV, que cette prétention surtout flattait, passa donc en Gaule, en 833, pour appuyer les prétentions du roi italien à tout l’empire, il menaça d’excommunication les évêques gallo-francs du parti de Louis le Débonnaire en disant que « les ordres du pontife étaient aussi sacrés quo ceux de l’empereur »; il débaucha par sa présence les soutiens et les adhérents du vieil et faible Louis au champ du mensonge et assura ainsi la victoire à ses fils. Mais la rivalité des frères vainqueurs et l’indignation générale vengèrent Louis le Débonnaire des prétentions de ses fils. Le pape retourna avec un grand chagrin en Italie, et Lothaire ne dut la conservation de son État qu’à l’intervention de l’archevêque Angilbert de Milan, personnage alors tout-puissant, et auquel est dû le bel autel de l’église Saint- Ambroise qui s’y élève sur quatre colonnes de porphyre.

A la mort de Louis le Débonnaire, Lothaire couronné solennellement à Aix-la-Chapelle en 841 croyait encore à l’empire pour lui. Le sang des Italiens et des Aquitains, versé à flots avec celui des Ostrasiens en 841 dans les plaines de Fontanet, en Bourgogne, pour soutenir ses prétentions sur ses frères, fut encore une preuve nouvelle, mais désastreuse, de la communauté d’intérêt et d’ambition du fils aîné de Louis le Débonnaire, du pape et de son peuple. Mais Lothaire, avec le titre d’empereur singulièrement amoindri et la péninsule italienne, n’obtint que le territoire de la Gaule compris entre les Alpes et le cours du Rhin à l’orient, et le cours du Rhône, de la Saône et de la Meuse, à l’occident; l’Italie, épuisée par les fréquentes convocations de l’heerbann (service militaire), par les impôts que nécessitait l’ambition de son maître, retomba de ses prétentions impériales à l’état do province enclavée dans la domination d’un homme, et se perdit un instant, par le célèbre traité de Verdun fait surtout par les évêques, dans la Lotharingie (843). Lothaire résida en effet depuis à Aix-la-Chapelle. L’Italie, du moins, en voyant tomber avec l’unité politique de l’Europe occidentale la puissance franque, frappée irrémédiablement à Fontanet, ne pouvait-elle pas espérer une sorte d’indépendance?

L'empereur Louis II; 1rs papes Léon IV et Nicolas l*r (841 à 814); l'Italie menacée par les garraslns ; chute de la dynastie carolingienne (914.889).

Cet abaissement de l’empire et du maître de l’Italie rendirent le courage à la papauté qui était devenue commo la première puissance politique de l’Italie, sous Gharlelcmagne, en même temps que la première puissance morale de l’Occident. A défaut de l’unité politique brisée, l’Europe avait encore l’unité religieuse, morale. « La division du royaume », disait un célèbre évêque français, Hincmar, « ne saurait désunir l’Église de Dieu, parce que le sacerdoce est un, sicut et unum sacerdolium. » La

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