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LIVRE IV

admettre l’autorité de Louis II à Rome et dans les villes de la donation carolingienne. A son exemple, les ducs de Bénévent et de Naples, au midi, de Frioul, de Spolète de Brescia, les comtes de Toscane, d’Ivrée, au nord; les archevêques ou évêques de Milan, de Pavie, de Ravenne, do Parme, qui s’étaient enrichis de larges concessions territoriales, d’immunités, visèrent aussi à l’indépendance. Ils usaint des pouvoirs qui leur avaient été remis dans leur propre intérêt, convoquaient l’heerbon en leur nom, confondaient leurs subordonnés avec leurs vassaux et leurs serfs, leur office public avec leur propriété privée et se faisaient, de fonctionnaires royaux ou dignitaires d’Église, seigneurs terriens. Il n’était jusqu’aux moindres petits barons qui, profitant même des excursions des Sarrazins, n’élevassent des châteaux, des forteresses, qui devenaient bientôt l’asile de la révolte et même le repaire de leurs brigandages.

Louis II, même après le triomphe de Bari, fit une triste épreuve de son impuissance. Il se reposait avec sa femme, sous la sauvegarde des lois de l’hospitalité, à Bénévent, avec une faible suite. Le duc Adelgise, poussé peut-être par l’empereur grec, certainement par le duc de Spolète, le fit attaquer et bloquer dans une tour, avec sa femme et sa fille, et ne le relâcha que sur la promesse de ne rien entreprendre contre lui. Il était menacé du sort qu’eut plus tard un autre carolingien en France, Charles le Simple. Le duc de Spolète, chassé de ses domaines, paya cher cette trahison. Mais Louis II douta de l’avenir do la royauté italienne. Il remporta encore une brillante victoire, près de Capoue, sur un chef de pirates sarrasins, et revint mourir quelque temps après, plein de tristesse, dans la ville de Brescia (874). L’archevêque de Milan alla processionnellement arracher le corps de l’empereur, déjà enterré dans l’église de Santa-Maria, à l’évêque de Brescia, pour l’inhumer dans la royale égliso de Saint-Ambroise. On rivalisait pour rendre des honneurs au roi mort, à la condition de ne pas le respecter vivant.

Après Louis II, l’imagination des secs chroniqueurs de

cc temps prend une teinte plus sombre. L’année même de sa mort, ainsi qu’ils le rapportent, est accompagnée de prodiges effrayants. Une nuée de sauterelles s’abat sur le pays de Yicence, de Brescia, de Crémone, de Lodi, do Milan, et dévore toute la campagne. Le jour de Pâques, on aperçoit dans plusieurs endroits et sur les arbres les traces d’une pluie de terre ou de cendre. Enfin une comète achève de jeter le trouble dans les cœurs.

Quoique Louis II eût désigné Louis, fils du Débonnaire, déjà roi de Germanie, son oncle, pour son successeur au royaume d’Italie et à l’empire, le pape Jean VIII se crut assez puissant pour disposer de la royauté italienne et de l’empire; il appela le frère de celui-ci, le roi de France, Charles le Chauve. Mais l’archevêque de Milan croyait, de son côté, pouvoir jouer le même rôle; il convoqua les principaux évêques et seigneurs d’Italie; réunis en diète solennelle à Pavie, ceux-ci se partagèrent euxmêmes entre les deux candidats. La royauté devenait le jouet des factions. Alors commença l’anarchie annoncée par tant de tristes présages, et au milieu de laquelle le royaume carolingien tomba en dissolution. « Chacun », dit un chroniqueur, « marchait dans le sentier qui lui plaisait ; partout éclataient les dissensions et les querelles. Les éléments mêmes autrefois favorables aux rois leur étaient contraires; ainsi que parle l’Écriture : tout l’univers combattait contre les insensés. »

Charles de Franco, arrivé le premier à Home, reçut l’empire (876) comme un présent du pontife, et se soumit à l’élection de la diète de Pavie. Rof impuissant en France, dominé par les évêques et dépouillé par les seigneurs, il fut encore plus impuissant comme empereur. Les Sarrasins poussèrent do nouveau leurs ravages jusqu’à Gomacchio. Impérieusement appelé par Jean VIII, Charles le Chauve descendit une seconde fois les Alpes, au moment où Carloman, fils de Louis le Germanique et roi de Bavière, arrivait de son côté pour surprendre l’Italie. Les deux carolingiens, en apprenant réciproquement leur arrivée, s’enfuirent chacun par un passage opposé des

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