‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 48 sur 338 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Alpes. La mort de Charles le Chauve, au pied du mont Cenis (877), décida seule le Germain Carloman à revenir sur ses pas se faire déclarer roi ; mais elle ne termina pas la guerre.

En vain les Sarrasins, sur les entrefaites, pénétrèrent jusque sous les murs de Rome. Jean VIII, partisan des Francs à tous prix, promit aux Sarrasins un tribut annuel de vingt-cinq mille marcs et passa en France pour y chercher Louis le Bègue, fils de Charles le Chauve. Convaincu de l’incapacité de son protégé, mais opiniâtre dans son opposition aux Germains qui favorisaient les prétentions du prélat lombard, il voulait faire roi le comte de Provence, Boson, époux de la fille de l’empereur Louis II. Mais l’archevêque de Milan, Ansperto, rival du pape, le plus puissant des personnages ecclésiastiques de ce temps, empêcha les seigneurs et évêques de la Lombardie de se rendre à la diète qui devait l’élire. Boson fut obligé de se consoler en faisant ériger ses domaines de France en royaume de Bourgogne.

A la mort de l’allemand Carloman, qui fut roi peu de temps et à peine reconnu, même rivalité. Jean VIII voulait réunir les évêques italiens dans un concile à Rome pour diriger l’élection. Le prélat milanais, dévoué à la cour de Germanie, prétendit que le titre de roi d’Italie étant distinct de celui d’empereur, si le pape avait droit sur le second, l’archevêque de Milan avait seul droit sur le premier. On voyait là la vieille rivalité entre Rome et Milan, entre Samt-Pierre et Saint-Ambroise. Charles le Gros, roi de Souabe, %,ppuya bientôt ces paroles d’une armée, et se fit couronner roi d’Italie à Pavie. La rivalité du Nord et du Midi commençait à s’accuser nettement. Le pape, exaspéré, songea un instant à reconnaître le patriarche Photius pour invoquer la protection de l’empereur d’Orient. Attaqué au midi par les Sarrasins, qui avaient même fait alliance avec les ducs de Naples et de Capoue, cerné de tous côtés, il consentit enfin à proclamer et à sacrer empereur à Rome le protégé de l’archevêque milanais, Charles le Gros (881).

Mais le pape, les ducs, les évêques, après une semblable anarchie, ne livraient plus qu’une autorité ruinée à un souverain étranger. En vain Charles le Gros réunit à l’Italie la Germanie, la France, et fut un instant reconnu souverain de toutes les contrées qui avaient obéi à Charlemagne, la péninsule ne lui fut pas plus soumise que le reste de l’empire. Il fut aussi impuissant à la défendre contre les Sarrazins, que la France contre les Northmans et la Germanie contre les Slaves. L’empire carolingien mourut entre ses mains, et les Italiens, honteux d’une impuissance qu’ils avaient faite, déposèrent, à l’exemple des autres peuples, le dernier descendant de celui qui avait détruit le royaume lombard et soumis la papauté.

« Ce que l’Italie avait souffert, depuis la mort de Charlemagne, » disait la sentence de déposition rédigée par les comtes et les prélats réunis en diète, aucune « langue ne saurait le dire. » Ce n’était rien encore auprès de ce que les Italiens n’eurent bientôt à reprocher qu’à euxmêmes.

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