LIVRE V
La féodalité et l'Eglise italiennes. — La couronne de fer; la couronne impériale ; la tiare en proie aux factions ; Bérenger I", Guido, Louis III, Hugues, empereurs ou rois. — Théodora, Hermengard et Marozie; le pape Jean X ; Rome féodale (905-932). — Décadence de la royauté italienne et de la papauté, Albéric, Bérenger II, Jean XII (932-995). — Otton le Grand fonde la domination allemande (950-975).
la féodalité et l'Église Italiennes.
La chute définitive de l’empire, qui, un siècle auparavant, avait dominé tous les peuples chrétiens d’Occident, découvrait en Italie, comme dans le reste de l’Europe au dixième siècle, un monde nouveau : le monde féodal avec la diversité de ses formes, de ses coutumes et la variété de ses personnages. Il ne datait point de la veille dans la péninsule, pas plus que dans le reste de l’ancien empire; il y avait même jeté de plus vieilles, de plus profondes racines que partout ailleurs, et c’est peut-être à cette circonstance que l’Italie doit d’en avoir été délivrée si tard. Sans compter les éléments que l’Italie antique elle-même avait légués à ce système, il n’était pas un peuple envahisseur, Hérule, Goth, Grec, Lombard, Franc, qui n’eût contribué pour sa part au mélange bizarre de ces mœurs et de ces institutions, au développement de cet esprit d’indépendance personnelle et de domination locale qui fait le fond du régime féodal. La conquête et la souveraineté
carolingienne elle-même en avaient plutôt protégé qu’arrêté les progrès; et, quand l’empire tomba sous l’effort de tant d’intérêts divers, les petits gouvernements locaux apparurent d’autant plus nombreux et plus ennemis, qu’un -plus grand nombre de conquêtes s’étaient superposées les unes aux autres, sans qu’aucune d’elles eût jamais embrassé la péninsule tout entière.
D’abord ce pays, autrefois assujetti à la plus complète uniformité par l’esprit niveleur de la cité romaine, a perdu toute unité de caractère et de mœurs. Au nord, où les Lombards et les Francs avaient surtout séjourné, dominent les habitudes germaines, lombardes; dans le centre de l’Italie, l’esprit romain s’est plus énergiquement défendu à l’abri de la puissance et des immunités du saintsiège; au midi, le duché de Bénévent se convertit plutôt à la forme grecque qu’il n’amène les cités et les provinces grecques à la forme lombarde. Les Lombards ont plus d’affinité avec les habitants d’au delà des Alpes, dont Boson, nouveau roi de Bourgogne, vient de faire ses sujets, qu’avec les habitants de Rome ou ceux des frontières méridionales du duché de Spolète; et ils n’en ont point du tout avec les Grecs de l’Italie méridionale, qui vont encore prendre de leurs rapports avec les Sarrasins une teinte presque africaine. Ce n’est pas tout. La variété des formes politiques complique encore la diversité des mœurs. Les ducs et comtes puissants, qui datent de la conquête lombarde ou franque et l’emportent sur tous les autres seigneurs devenus leurs vavassins ou capitaines ; les personnages ecclésiastiques, qui ont profité de l’importance do leur siège et d’immunités considérables pour ajouter à leur autorité spirituelle une grande influence politique et un domaine souverain; quelques villes enfin, qui doivent à leur nombreuse population ou à des circonstances favorables la conservation de leurs institutions municipales, forment les éléments principaux de cette agrégation sociale qui s’appelle la féodalité.
Dans la Lombardie, les deux plus puissants seigneurs sont, au nord-est, le marquis d’Ivrée, au pied des monts,
HIST. diiaue. t