‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 51 sur 338 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

une nation? Point encore d’intérêt commun, point de lan-

f;ue, point de littérature commune. Il y avait des partis omnard, napolitain, toscan, romain, même grec, des seigneurs laïcs, des évêques-seigneurs, des municipalités plus ou moins libres, souvent en guerre les uns contre les autres, absolument rien encore de national.

Ki a couronne de fer, la couronne Impériale, la tiare en proie aux factions ; Herenger I", Ouldo, t.ouin ni, Hugues. Empereurs ou rois; Théodora, Hermengarde et Marosie; le pape Jean X; Home féodale (Mi-OStJ,

Au-dessus de ces ducs, de ces marquis, de ces évêques, de ces républiques, il y avait cependant deux grands objets d’ambition, la tiare à Home, la couronne de fer, laissée à Paviepar les Lombards. S’il y avait eu alors à Rome un pape comme Nicolas Ier ou même comme ce récent Jean VIII, qui avait montré tant d’activité, on eut pu voir s’élever de Rome, dans la chute de l’empire, une sorte de théocratie romaine pour grouper la péninsule autour de son centre. Mais le saint-siège était alors faiblement occupé par Etienne V. Cependant les corsaires sarrasins, toujours redoutables, s’étaient emparés de Fraxinet dans les Alpes occidentales; les Hongrois commençaient à se montrer sur le haut des Alpes orientales qui avaient introduit déjà tant d’envahisseurs. Une royauté nationale était donc peut-être dans l’intérêt italien. Les seigneurs et évêques de la Lombardie, qui avaient plus de souvenirs nationaux que ceux du reste de la péninsule, ne voulurent pas laisser tomber le trône avec les Carolingiens. Réunis en diète, ils choisirent donc pour roi l’un d’eux, le duc de Frioul, Bérenger I", descendant de Charlemagne par une fille de Louis le Débonnaire; et le puissant archevêque de Milan, qui favorisa l’élévation de ce seigneur du Nord, lui posa sur la tête la couronne de for.

Mais le maintien de la royauté était en Italie plus difficile qu 'ailleurs. Outre la féodalité qu’il lui fallait dompter au-dessous d’elle, il y avait au-dessus l’empire suspendu comme une tentation et une menace, et, à côté, le saint-

siège qui craignait d’échanger la domination spirituelle du monde contre une servitude temporelle. Le choix d’un Lombard, sa consécration par l’archevêque de Milan, mécontentèrent tout d’abord les Italiens du centre et lo saintsiège. Le successeur de saint Grégoire le Grand et do Nicolas I", le pape, qui donnait la couronne impériale, s’il n’était pas assez fort pour gouverner l’Italie, devait-il laisser disposer d’elle sans son consentement? Étienne V opposa donc à Bérenger, Guido, duc de Spolète, maître d’une partie du Bénéventin. Une guerre terrible commença entre le Midi et le Nord. Les Italiens, selon leur habitude, ne se firent pas faute d’appeler l’étranger, toujours dangereux pour l’indépendance du pays, et, au milieu de ce déchaînement des intérêts personnels, do ces guerres sans but et sans fin, qui durèrent un siècle, la royauté nationale ne fut pas seule compromise, mais encore le caractère italien.

Les invasions de toute provenance que l’Italie depuis quatre siècles, avait subies, le mélange d’une ancienne population très-raffinée avec les nouveaux venus, le plus souvent barbares, ne contribua pas peu à ce déplorable résultat. Ce n’était pas l’intelligence, la culture ni même la corruption qui manquaientt à l’Italien, non plus que la force, l’élan, la violence à l’étranger. Mais, de cette rencontre, naquirent à la fois, au milieu des événements et des surprises les plus étonnantes, la rouerie politique la plus précoce et la brutalité des passions la plus sauvage au service des ambitions les plus dépourvues de scrupule. Cette altération n’épargna ni les institutions ni les hommes. La chaire de saint Pierre en fut la première atteinte; on vit dans toutes les classes l’intrigue basse le disputer à la férocité hardie, la perfidie se mêler au crime, la débauche à la trahison; tous les vices enfin se réunir pour mériter à ce temps le nom de Siècle de fer ( Secolo di ferro), et laisser dans les mœurs péninsulaires quelques empreintes difficiles à effacer.

Bérenger s’appuyait sur les Allemands; Guido, sur les Français. Le premier, par un aveuglement qui devint bien

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