LIVRE V
fatal à la péninsule, allait jusqu’à faire hommage de sa couronne au plus puissant des héritiers de l’empire carolingien, Arnulphe, roi de Germanie. Guido reçut cependant tout d’abord un secours de seigneurs français; il gagna avec eux une grande bataille sur les bords de la Trebbia et se fit couronner roi à Pavie. Le pape Étienne, heureux de ce triomphe et croyant par un aveuglement aussi fatal lui donner par là plus de pouvoir, le couronna solennellement empereur à Rome, titre plein de péril que Charlemagne avait laissé là et qu’un roi d’Italie eût dû laisser tomber dans l’oubli! Lui-même, Guido sacrifiait tout à ses protecteurs; il portait gravés sur son sceau impérial, ces mots : Renovatio regni Francorum, comme s’il avait voulu, par son règne, renouveler seulement la domination franque. Mais il compromit sa fortune, en forçant en 892 le nouveau pape, Formose, à couronner son fils Lambert pour mettre le comble à la fortune de sa famille.
Formose, plus remuant qu’Étienne Y, ne voulait pas d’un maître héréditaire et tenait à défendre le patrimoine de saint Pierre contre l’ancien duc de Spolète; il appela Bérenger Ier qui appela lui-même le roi germain Arnulphe en Italie. Lanouvelle apparition des Germains ne promit rien de bon. La ville de Bergame, qui ferma ses portes, fut mise à sac, les hommes massacrés, les femmes violées, les prêtres envoyés à la chaîne au delà des Alpes. Bérenger rentra triomphant dans Pavie, tandis que le malheureux Guido mourut d’une hémorragie sur les bords du Taro (894). Mais le roi de Germanie prétendit se faire payer ses services de la couronne impériale devenue vacante. Il reparaît en 896, marchant cette fois sur Rome et épouvantant l’Italie sur son passage. Les habitants veulent se défendre sur la rive droite. Une pluie de pierres les écarte de la muraille. Rome est prise encore une fois. Le roi ' germain ordonne de décoller, decollare præcepit , quelques romains, se fait couronner empereur par Formose et jurer fidélité par le peuple romain, sauf la foi due au pape. Ce n’était qu’une sinistre parodie du couronnement
de Charlemagne un siècle auparavant. Pour n’avoir pas voulu s’accorder sur le roi national, les Italiens avaient relevé l’empire au profit d’un Allemand, qui, il est vrai, retourna mourir bientôt dans son pays de la maladie qui avait déjà décimé son armée.
Instruits suffisamment de ce qu’on gagne à appeler l’étranger, Bérenger Ier et Lambert, fils de Guido, firent alliance et conclurent un traité de partage à Pavie; à l’un le nord, à l’autre le midi; ils scellèrent la paix du sang de leurs ennemis. A Rome, le nouveau pape, Etienne VI, porté par la faction des Spolétains, signala, comme une revanche, sa haine contre la faction allemande; il fit déterrer, juger, décapiter et jeter dans le Tibre le cadavre du traître Formose, partisan d’Amulphe. Mais, quelque temps après, la vieille église de Latran à Rome s’écroula avec fracas, et le pape, pris par ses ennemis, fut jeté en prison et étranglé, strangulatus nerbo; le nouveau pape Jean IX tenta de relever la fortune de Lambert, fils de Guido, en le faisant enfin couronner empereur, mais pour peu de temps; celui-ci mourut quelques jours après d’une chute de cheval.
Resté seul roi en 900 par la mort de ce fantôme d’empereur, Bérenger Ier, espérant peut-être prendre à sa place ce titre vain d’empereur, ne fut pas plus heureux qu’auparavant. Le pape Jean IX ne voulait point de lui. Les Sarrasins, alliés d’Anastase, à la fois duc et évêque de Naples, qui partageait avec eux le butin fait sur les chrétiens, apparaissaient de nouveau sous les murs de Rome. Les Hongrois, pour la première fois, s’avancèrent en 900 jusqu’aux portes do Milan, ravagèrent pendant plusieurs mois les villes, les couvents, les églises do la Lombardie, et rappelèrent le temps d’Attila. La féodalité italienne fut encore plus funeste au roi.
Adalbert II, marquis de Toscane, le plus puissant prince de l’Italie du centre, s’entendit avec Jean IX pour proposer, contre Bérenger, la couronne impériale au roi de Provence, Louis, un carolingien, fils de ce Boson qui avait appris cependant ce que valaient les couronnes en Italie. Bérenger s’enfuit en Allemagne. Mais l’ingratitude du nouvel em-