‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 53 sur 338 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

pereur envers Adalbert, qu’il trouvait trop puissant, le perdit. Le marquis de Toscane, véritable faiseur de rois, rappela Bérenger I*r qu’il avait contribué à chasser. Berthe, sa seconde femme, fille de la fameuse Waldrade de Lorraine, plus dangereuse encore, multiplia la défection parmi les partisans de Louis, par des moyens dont l’emploi devait bientôt devenir fréquent dans sa famille et dans les affaires de l’Italie. Louis III, obligé de jurer de ne plus revenir dans la péninsule, viola son serment plusieurs années après et obtint d’abord quelques succès à la faveur d’une maladie de Bérenger; mais, surpris bientôt dans Vérone, et puni de son parjure par la perte de la vue, ne gardant plus de l’empire que le nom de Louis l’Aveugle, il laissa désormais le trône à son rival Bérenger qui (905) éprouvé par tant de malheurs, abandonna à Adalbert le centre de l’Italie, pour régner au moins en paix dans la Lombardie.

Le saint-siège lui-même gagna encore moins dans Rome, devenue la proie des factions, à l’abaissement de l’empire et de la royauté. Rome, à travers ses convulsions, nous le voyons par le témoignage de quelques conciles, n’était plus en effet, au milieu de ses ruines, qu’un vrai repaire de corruption et de barbarie, où, dans l’ignorance la plus absolue, toutes les passions se donnaient carrière. « C’était, disait-on, un cimetière abandonné, visité par des hyènes. » Elle tombait dans la dépendance féodale de petits barons voisins cantonnés dans les monuments de Rome ou dans les châteaux des environs; et l’on devine aisément ce que pût devenir ainsi le saint-siège lui-même, exposé dans les décombres, comme un chétif évêché de province, à l’ambition des plus hardis. Déjà il était soumis à la domination d’un comte romain, du nom de Théophilacte , consul et peut-être sénateur de Rome, quand, après la mort de celui-ci, sa femme, devenue son héritière, Théodora, à son tour patricienne et sénatrice de Rome, donna la première l’exemple de faire élever, au saint-siège, un Ravennate, d’abord évêque de Bologne, puis archevêque de Ravenne, peut-être son amant, qui pritle nom de JeanX (914).

Ce gouvernement ne manqua cependant d’abord ni d’in-

telligence ni d’énergie. Les Sarrasins, plus hardis que jamais, venaient de prendre le splendide monastère de Farfa et de détruire celui de Subiaco dans la Sabine. Rome n’avait plus guère que ses murailles pour la défendre. Il fallait oublier cette fois toutes les rivalités mesquines. Jean X fut l’instigateur de la plus grande et de la plus nationale entreprise de cette époque. Il ligua contre les Sarrasins les ducs de Bénévent, de Naples, les petites républiques grecques, et même l’empereur d’Orient; puis il offrit la couronne impériale au roi national Bérenger Ier s'il voulait se mettre à la tête de cette entreprise redoutable. Bérenger y consentit; il fut reçu à Rome avec enthousiasme par le clergé, le sénat, le peuple, les milices, les écoliers. C’était un mouvement de concorde comme on n’en avait vu depuis longtemps. Bérenger, couronné en décembre 915, répondit à l’attente du pape Jean X. Coupés de la mer, attaqués de tous côtés dans leur camp retranché du Garigliano, les Sarrasins furent forcés, jetés dans les Apennins, poursuivis et tués presque jusqu’au dernier (916). Un triomphe fut célébré à Rome comme au temps de la république.

Bérenger, empereur et victorieux, ne put cependant, une fois le danger passé, étendre sa domination sur toute l’Italie, malgré la mort du marquis de Toscane. Le successeur d’Adalbert, Guido non moins oublieux que son père et sa mère Berthe, le marquis d’Ivrée nommé aussi Adalbert et sa femme Hermengarde, qui était fille de Berthe, appellent encore contre lui un autre roi d’au delà des Alpes, Rodolphe, roi de la Bourgogne transjurane. Bérenger est battu et assiégé dans Vérone. Réduit aux abois, celui qui avait gagné et perdu déjà trois fois son royaume, aime mieux le ruiner que de le laisser encore à un autre. Rouvre les défilés des Alpes aux Hongrois (924). La ville de Pavie est mise à feu et à sang, tout le nord de l’Italie pris à rançon. Au milieu de ces ruines Bérenger Ier n’excite plus que l’horreur. Un traître, comblé de ses bienfaits, déjà pardonné après une première tentative d’assassinat, le tue d’un coup de poignard (924).

Rodolphe, malgré les leçons précédentes, se croyait sûr

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