‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 54 sur 338 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

d’ajouter la couronne d’Italie à celle de Bourgogne transjurane. Mais Hermengarde, à la mort de son mari le marquis d’Ivrée, offre aussi sa main à un prince ultramontain, à son propre frère utérin, fils du premier mari de sa mère Berthe, à Hugues, usurpateur do Provence, car elle veut régner et elle voit que les femmes font la destinée des États ; elle parvient en effet à détacher de Rodolphe tous ses vassaux, par les moyens dont sa mère s’était servie autrefois contre Louis, fils de Boson, et elle le réduit luimême à venir implorer sa grâce à ses pieds, au prix de son royaume qu’il abandonne à Hugues (929).

Cet Hugues serait-il plus heureux que ses prédécesseurs? réunirait-il maintenant, avec le titre d’empereur, Rome aux marquisats d’Ivrée et de Toscane, tenus par ses parents ou alliés? Rome, d’ecclésiastique et monacale qu’elle avait été au sixième et au septième siècle, devenue toute féodale et seigneuriale au dixième, voyait alors ses anciens monuments se transformer en palais grossiers et en forteresses et les hommes d’armes remplacer les moines. De barbares châtelaines, parées de titres romains, sénatrices et patriciennes , mettaient aussi leurs créatures, leurs maris ou leurs fils sur le trône ou dans la chaire de saint Pierre, et pouvaient disposer même de la couronne impériale! Après la mort de Théodora, en effet, une de ses filles, du nom de Marozie, qui avait épousé un duc de Spolète du nom d’Albéric, disputait le pouvoir à Jean X. Celui-ci faisait tuer Albéric au milieu d’une émeute; mais Marozie s’emparait aussitôt du môle d’Adrien au débouché du pont qui mène au champ de Mars. Rome était divisée en deux partis, armés l’un contre l’autre; on se battait. Des deux parts on s’adressait au nouveau roi d’Italie, Hugues.

Hugues de Provence surpassait ces femmes hardies, en ambition et en perfidie. Il accepte l’alliance de la veuve Marozie contre Hugues et lui fait épouser (xuido, duc de Toscane. Jean X veut résister dans Rome aux deux époux; il est pris, jeté en prison et empoisonné. Marozie, après avoir disposé deux fois de la papauté, met sur la chaire de saint Pierre son propre fils, de son premier ma-

riage avec Albéric de Spolète, Jean XI. Tout réussissait à Hugues. Le plus puissant seigneur d’Italie, Guido, marquis de Toscane, était son frère; la maîtresse de Rome était sa belle-sœur et le fils de celle-ci, pape. Il s’était engagé à épouser Hermengarde, marquise d’Ivrée, qui l’avait appelé. Mais la mort de Guido lui ouvre de nouvelles perspectives. Marozie est veuve pour la seconde fois. Le mariage n’est plus qu’un mode d’arriver aux dignités et aux honneurs depuis que la femme hérite en Italie. En l’épousant, il peut gagner la Toscane, Rome, et peut-être la couronne impériale. Marozie ne saurait s’y refuser. Mais il fallait se débarrasser d’un frère de Guido, Lambert, qui réclamait la Toscane, et de l’ambitieuse Hermengarde. Hugues ne craint pas de déshonorer samèreRerthe; il jette des doutes sur la naissance de Lambert, d’Hermengarde, qui avait tant fait pour l’élever au trône, tous deux issus du second mariage de Berthe avec Adalbert, ses frères et sœurs utérins. Lambert défend en vain son honneur dans l’épreuve du combat où il terrasse le champion qui lui est opposé. Hugues le fait prendre et priver de la vue, donne la Toscane à Boson, une de ses créatures, relègue Hermengarde loin de la cour, et épouse Marozie dans la capitale de la chrétienté (932), témoin de ce nouveau scandale !

Le dixième siècle est par excellence celui de l’anarchie politique et morale, mais nul pays n’y fut témoin de ce que virent alors l’Italie et le Vatican.

Décadence de la royauté Italienne et de la papauté, Albéric, Bérenger II, Jean XII (SS 2 jt SS5). — otton le Grand fonde la domination allemande (050-S95).

La couronne impériale et la royauté d’Italie allaient être le prix du crime. Ce que ni Luitprand, ni Didier, ni Bérenger Ier, ni Guido, ni Louis de Provence, n’avaient pu faire, Hugues et Marozie allaient l’accomplir. Ils pouvaient consommer bien plus. En fondant la royauté, ils absorbaient, supprimaient presque la papauté. L’excès de la honte souleva enfin les Romains contre ce gouvernement de fratricides et de prostituées.

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