‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 56 sur 338 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

mit; Théodora, Hermengarde, Marozie, avaient compromis le saint-siège devenu leur jouet, et, de crime en crime, avili la royauté italienne essayée sur les ruines de l’em-1 pire carolingien. Adelhaîde fut la première cause de la^ chute définitive de la royauté nationale et de l’établissement de la domination allemande dans la péninsule, Cette servitude malheureuse dura trois siècles.

Otton le Grand, roi de Germanie, était alors le plus puissant des souverains nés de la dissolution de l’empire carolingien. Respecté des vassaux qu’il avait domptés, vainqueur de ses voisins, Danois, Slaves, Hongrois, protecteur, presque régent de France par ses deux sœurs, femmes et mères des rois et des ducs de la France, il croyait pouvoir rêver la reconstitution de l’Empire autrefois élevé par Charlemagne, quoiqu’il n’eût rendu aucun service semblable à la chrétienté. La conquête de l’Italie était le premier pas dans cette voie. Adelhaîde ne paraissait pas seule y inviter le puissant roi germain, mais malheureusement une partie de la péninsule.

Les Lombards ne voulaient plus pour roi du meurtrier de Lothaire. Les Milanais ne pouvaient lui pardonner de leur imposer l’archevêque Manassès. Tous, ducs, comtes, seigneurs, évêques, héritiers dans leurs domaines des dépouilles de la royauté, convertis à la glissante politique pratiquée déjà par le saint-siège, pensaient jouir d’une liberté plus complète sous un souverain qui ne résiderait point en Italie, et commençaient à préférer un roi étranger à un roi national. Illusion dangereuse et sujette à de bien terribles mécomptes! Otton le Grand n’eut pas beaucoup de peine à conquérir une contrée qui s’offrait d’elle-même et que les Germains convoitaient. Lorsqu’il descendit les Alpes en 951, tout le clergé, ayant en tête Manassès lui-même, se précipita à sa rencontre. Il pénétra sans obstacle jusqu’à Pavie, où il mit son épée aux pieds d’Adelhaïde, qui était venue le trouver au milieu de romanesques aventures, et il la prit pour épouse. Bérenger II en fut quitte, la première fois, pour tenir d’Otton sa couronne en fief etlui céder les marches de Vérone ctd’Aquiléc,

c’est-à-dire les portes de la péninsule; mais bientôt il se perdit en irritant l’Église par ses attaques contre les évêques de Milan , de Ravenne et même contre le saintsiège même.

A Rome, le fils de cet Albéric qui pendant vingt-deux ans avait dominé la papauté et Rome, Octavien, d’abord sénateur et prince de Rome, avait été également élu pape sous le nom de Jean XII. C’était faire une étrange confusion du principat et du pontificat que de mettre ainsi un prince féodal sur la chaire de saint Pierre. Mais ces exemples de confusion n’étaient point rares à une époque où l’Eglise devenait partout féodale. Ce fut ce Jean XII qui, attaqué par le roi Bérenger II dans ses domaines, appela une seconde fois Otton le Grand, et donna ainsi le dernier coup à la royauté italienne déjà si compromise.

Otton, depuis son mariage avec Adclhaïde, ennemie do Bérenger et nourrie dans le Midi, ne tournait déjà que trop son ambition de ce côté. On l’appelait; il partit avec une armée qui comptait autant d’archevêques, évêques ou abbés en armes avec leurs vassaux et leurs soldats que de ducs, princes ou comtes. Les seigneurs italiens, vassaux de Bérenger, envoyés sur l’Adige pour en défendre le passage, au lieu de combattre pour leur roi, exigèrent son abdication au profit de son fils Adalbert, puis, sur son refus, passèrent du côte d’Otton. Le roi de Germanie entra en vainqueur à Milan où il lut couronné roi dans la vieille église de Saint- Ambroise, tandis que Bérenger s’enferma dans un de ses châteaux iorts. La royauté italienne s’était déshonorée, personne ne la défendit. De là Otton se dirigea sur Rome. Qu’était-ce alors que le saintsiège, arrivé comme un fief de famille entre les mains du fils d’Albéric? Jean XII, non sans quelque appréhension, et les Romains, reçurent le nouveau vainqueur comme ils avaient autrefois accueilli Charlemagne. Otton le Grand fut couronné Empereur à son tour avec la même solennité, le 9 février 962, tandis que ses troupes occupaient les hauteurs du Monte-Mario. Il s’engagea à maintenir les donations précédemment faites au saint- siège

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