LIVRE VI
pautés : Bénévent, Capoue, Salerne, pour raffermir leur domination et envoyer un catapan à Troia dans la Pouille.
L’arrivée d’Otton III parvenu à sa majorité, en 996, rappela à l’Italie son état de sujette.
Élevé sous les yeux de sa mère et de sa grand’mère, une Grecque et une Italienne, instruit par l’homme le plus savant de son siècle, Gerbert, un Français, ancien moine d’Aurillac, qui avait étudié près des universités arabes d’Espagne, Otton III rêvait une restauration réelle du vieil empire romain, que son précepteur lui avait appris à connaître, et ses deux mères à ambitionner. Gomme dans ses lectures, il en voulait voir le centre en Italie, dans le pays d’Adelhaïde, et la capitale dans Rome; ce jeune homme descendit les Alpes en 996. Les évêques lombards le reçurent avec joie. Quand il s’approcha de Rome, Crescentius se retira, Jean XV reprit son autorité. A la mort de Jean, le petit-fils d’Otton le Grand désigna lui-même pour pape un seigneur allemand, Bruno, son cousin, qui prit le nom de Grégoire V, et reçut la couronne de sa main, au milieu des transports d’une population ivre de joie qui préférait l’Empire à la république, sans penser que la domination allemande était au bout.
Tout dévoué aux idées de son maître et voyant dans l'Allemagne le bras du christianisme, le nouveau pape en effet proclama, en le sacrant, que si le couronnement sanctionnait seul son autorité, le choix des Allemands liait en même temps l’Italie et Rome ; comme si la possession de la péninsule était la garantie du pacte d’alliance des deux pouvoirs. C’était flatter l’orgueil de l’Italien, mais choquer ses idées d’indépendance, chatouiller ses souvenirs, mais blesser ses intérêts. Le roi des Germains ne devenait empereur qu’au contact du sol glorieux de Rome. Le couronner , c’était couronner l'Italie. Mais cette gloire rayonnait sur la tête d’un étranger, d’un barbare : cet honneur cachait la servitude. Contradiction déplorable, qui est au moyen âge le nœud de ce douloureux mystère do l’histoire italienne, dont le Pape et l’Empereur sont les deux principaux personnages, et Rome le théâtre.
Le mal fut senti la première fois même que fut prononcée la formule qui consacrait ce singulier droit public. Otton III prenait aussi son titre au sérieux; s’il accordait quelques privilèges à des seigneurs et à des évêques, il prononçait souverainement sur une querelle entre le pape et l’évêque de Ravenne, ainsi que sur bien d’autres encore. Les Romains comprirent les premiers qu’ils étaient dupes de l’alliance du pape et de César; on se souleva contre le pape étranger imposé par l’étranger. Crescentius reparut dans Rome et chassa Grégoire Y. Résolu cette fois d’assurer à sa patrie la liberté et à lui-même le pouvoir, mais prenant quoiqu’en sens inverse un moyen analogue aux précédents, ce tribun entama des négociations avec quelques ambassadeurs grecs venus en Italie, pour remettre Rome avec l’ancien exarchat sous la domination de la cour de Constantinople, et lui assurer le fantôme d’empereur qu’il fallait à son orgueil et à sa liberté.
Ce projet reçut un commencement d’exécution. Excommunié par Grégoire V, Crescentius remplaça celui-ci par un Grec qui avait suivi l’impératrice Théophanie en Occident, et qui était alors évêque de Plaisance. Encouragé par les ambassadeurs grecs, le peuple romain, qui avait acclamé Otton III, proclama dans Rome le rétablissement de l’empire de Byzance. Le brusque retour d’Otton III déconcerta tout (998). Un grand nombre de barons romains, se rappelant les vengeances exercées précédemment dans de pareilles circonstances par Otton I", s’enfuirent à Tivoli. Le pape grec, livré par le peuple lui-même, fut promené sur un âne à travers les rues de Rome, le visage tourné vers la queue de l’animal, et envoyé ensuite à un horrible supplice. Crescentius essaya de se défendre dans le château Saint-Ange : il fut pris d’assaut. « Qu’on l’exécute, dit Otton III, sur la plate-forme, afin que le peuple romain ne nous accuse pas de lui avoir dérobé son prince »; et le malheureux, en effet, apprit aux Romains du haut d’un gibet de soixante-dix pieds, qu’il y avait plus de déception que de gloire dans la domination allemande.
L’autorité impériale se fit alors sentir dans toute la pc-