LIVRE VI
le pape Benoît VIII qui le couronna, il tenta d’assurer son autorité, en même temps que la paix, en poussant jusqu’à ses dernières conséquences la politique desOttons. Connu sous le nom d’Henri le Saint, qui lui a été conféré par le clergé allemand et italien, il ne se montra pas moins généreux envers l’Église en deçà qu’au delà des Alpes. La nécessité de récompenser les évêques ennemis d’Arduin, et d’accorder des privilèges égaux à ceux qui lui étaient ennemis, faisait en Italie un acte politique de ce qui était chez lui un instinct et une habitude pieuse. Avec lui les évêques formèrent le contre-poids des seigneurs laïques, le ferme appui de l’empire allemand, de l’étranger, et la puissance épiscopale atteignit son apogée, mais comme un instrument de servitude dans la péninsule, pour permettre à l’empire de mieux la dominer.
Grâce à ses nombreuses chartes, les droits de battre monnaie, de bannir les vassaux, de rendre la justice haute et basse, de percevoir les douanes, péages, etc., tombent définitivement entre les mains des évêques. Dans les campagnes, par le moyen de capitaines qu’ils chargeaient de rendre la justice et de commander les chevaliers, ils finissent par remplacer les anciens comtes, dont le ressort avait été autrefois le même que la circonscription diocésaine; et l’image du saint, patron de la cité [coi'pus sanclum), élevée d’abord seulement sur les limites de la banlieue que les évêques couvraient de leur immunité, est victorieusement portée aux bornes du diocèse. La féodalité ecclésiastique remplace presque la féodalité laïque. Les Empereurs croient tenir plus sûrement les évêques puisqu’ils les investissent par la crosse et l’anneau, aussi bien qu’ils nomment fort souvent le pape lui-même.
Il appartenait à Henri le Saint d’arracher le midi de l’Italie aux Grecs schismatiques et aux Sarrasins infidèles. Une petite république, la ville de Pise, semblait tracer son devoir au souverain de l’Italie ; elle attaquait les Sarrasins et leur enlevait une première fois, de concert avec Gênes, i’île de Sardaigne. Henri II en 1021 prit aux Grecs Troïa, leur nouvelle fondation en Apulic, et soumit
Gapoue. Il eût peut-être fait davantage, affermi et glorifié son autorité et celle des évêque», ses serviteurs et ses instruments, par la soumission du Sud; mais la peste mit fin à son expédition, et quelque temps après, la mort à ses projets, ainsi qu’à la dynastie allemande de Saxe, en 1023.
Le* empereur* franconien* ; Conrad IL, Henri III ; la almonie; le* mariage* ecclésiastique*; révolution politique et réforme eeclé*la*tlque (lOtt-lOté).
L’avénement d’une nouvelle dynastie en Allemagne, celle des Franconiens avec Conrad II le Salique, parut d’abord ne changer rien à l’état de choses fondé, en Italie, par les empereurs saxons.
Le parti italien, entre autres les marquis d’Este à Ferrare, de Toscane et de Suse, comme si l’on ne pouvait trouver un roi national, chercha vainement à appeler à Pavie le roi de France, Robert, fils de Hugues Capet ; Héribert, archevêque de Milan, chef de l’épiscopat lombard, se rendit à Constance accompagné des seigneurs et prélats de son parti, et prêta serment d’hommage et de fidélité au nouveau souverain allemand. Ce n’est pas que les Italiens aimassent les Allemands; tant s’en faut, l’historien allemand Dithmar de Mersebourg nous dit à cette époque : « Les habitants de ce pays nous sont complètement étrangers; soupçonneux et rusés, ils nous détestent; ils nous font payer cher tout ce qu’ils nous vendent et souvent ils nous trompent. Combien de nous ont trouvé chez eux la mort par le poison ! » Mais les Italiens sc détestaient encore plus entre eux. L’esprit do faction l’emportait sur tout. Us attiraient l’étranger pour s’cn servir contre leurs adversaires. Un prince intelligent et brillant du midi de la France, Guillaume d’Aquitaine, appelé un instant aussi par eux le savait bien. « H n’y avait là », disait-il, en quittant ceux qu’il appelait des perfides, «rien d’honorable ni d’utile à faire. » Le nouveau fondateur de la dynastie franconienne, Conrad II, n’en était point encore à croire à cette vérité. Il partit en 1026 pour l’Italie. La ville de Milan accueillit le nouveau venu avec joie. Il