LIVRE VI
y reçut de l’archevêque Héribert la couronne d’Italie. Conrad, favorisé ainsi par l’Église, vit la plupart des villes acquitter les droits ordinaires d’entretien, de routes et de logements ( foderum , parala, mamionalicum), qui appartenaient à l’Empire. Les deux seules villes de Pavie et de Ravenne, ainsi que le marquis de Toscane, avaient osé refuser le serment d’obéissance. La ville de Pavie eut ses environs ravagés. A Ravenne, un combat éclata entre les habitants et les soldats ; les premiers furent châtiés. A Rome, 26 mars 1027, le pape Jean XIX alla au devant du franconien et le couronna Empereur comme ses prédécesseurs, en présence de Canut le Grand et de Rodolphe III de Bourgogne, tandis qu’une rixe entre les soldats et les Romains amenait encore un châtiment des derniers. A son retour l’Empereur condamna Pavie à rebâtir le palais impérial que chaque grande ville devait entretenir pour le passage de l’Empereur et dépouilla le duc Reinier de la Toscane en faveur de Boniface, petit-fils d’Azzon. Les grâces et avantages politiques ne furent pas épargnés aux évêques; le patriarche d’Aquilée reçut les droits de suzeraineté sur presque tout le Frioul, aux dépens du marquis de Vérone, singulièrement amoindri. La garde du col de Brenner fut confiée à l’évêque de Br ixen. L’archevêque de Milan exerça même les droits du souverain absent dans la Lombardie. Tout cela était pour river l’Italie à l’Allemagne.
En 1032 quand Conrad voulut recueillir, malgré le comte de Champagne, Eudes, la succession du royaume de Bourgogne, qui avait été laissée à l’Empire par Rodolphe III, Héribert, archevêque de Milan, et Boniface, nouveau marquis de Toscane, l’aidèrent dans une conquête qui avait pour résultat d’entourer plus complètement encore lTtalic des possessions de l’Empire avec toutes les Alpes, et d’intercepter les communications italiennes avec les rois ou les puissants feudataires français dont dernièrement encore quelques seigneurs avaient imploré la protection.
L’empire allemand, en mettant une puissance temporelle si considérable entre les mains de l’épiscopat italien, avait cependant dépassé son but. Les évêques tout-puissants
faisaient peser leur pouvoir sur les chevaliers encore libres des campagnes qu’ils voulaient réduire en vasselage, et sur les gros bourgeois des cités auxquels ils prétendaient ne laisser aucun droit. Mais voici que, rapprochés par une commune oppression, les nobles encore libres des campagnes font alliance avec les gros bourgeois des cités contre les capitaines, contre le petit peuple des villes, ordinairement soutien des évêques, et, en se soulevant contre ceux-ci, menacent la domination impériale.
La lutte la plus importante ou la moins inconnue, celle qui caractérise le mieux cette opposition d’intérêts, éclata, après le départ de Conrad II, dans la ville de Milan. L’archevêque Héribert, homme d’ailleurs fier et hardi, marchait à la tête des évêques lombards à la conquête de la toutepuissance. Il était, disait-on, un véritable roi; regnum italicum ad surnn disponebat nutum. Mais il fut battu à Campo-Malo par les gros bourgeois de Milan ligués avec quelques petits seigneurs; toute la Lombardie fut en combustion. C’était dans tout le nord de l’Italie une confusion étrange, énorme et tout à fait inconnue à cette époque; magna et modérais temporibus inaudita confusio facta est Italiœ, dit un chroniqueur du temps. La liberté recommençait par la péninsule. On appela de toutes parts l’Empereur.
C’était alors le recours universel. Conrad arrivé (1036) en Italie ne se montra point aussi favorable à l’archevêque qu’on eût pu le penser. Il comprit qu’il était temps pour lui d’arrêter les empiétements des évêques et de mettre un contre-poids à la puissance de l’épiscopat, s’il ne voulait compromettre la domination allemande. « Les Italiens ont soif de lois, » dit-il, « je les en rassasierai. » Héribert ne manquait ni d’habileté ni d’audace. Il donna maintenant à sa cause une couleur nationale; serviteur jusque là intéressé de l’étranger, il répandit la haine de la domination tudesque parmi les capitaines et le petit peuple des villes. Conrad, avec autant d’adresse, convoqua une diète dans Pavie, la rivale de Milan; il somma Héribert devenir y répondre aux accusations portées contre lui par qucl-