‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 65 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

ques-uns de ses vavasseurs; et, sur son refus, il le fit saisir avec quelques autres évêques et jeter en prison. Mais alors on ne voit plus dans Héribert que l’Italien et le pr&re. On le délivre. Il rentre dans Milan et se met à la tête de la résistance. On ne parle plus que de la fureur tcutonique, de ces Allemands « bêtes à deux pieds, qui ne savent pas distinguer leur main droite de leur main gauche. » Conrad ne peut prendre Milan. Le soulèvement gagne jusqu’à Rome. Là l’Empereur, après la mort de Jean XIX, avait favorisé l’élection scandaleuse d’un enfant de douze ans, du nom de Benoît IX. Enfin au midi l’arrivée d’étrangers normands à la fois pèlerins et conquérants complétait ces éléments de trouble.

Pour sauver la domination allemande, tout à coup Conrad tente en Italie une révolution. Par un acte solennel, rendu en pleine diète, il déclare les fiefs des vassaux ou vavassaux irrévocables, immédiats et héréditaires. Tout possesseur de fiefs pouvait désormais les transmettre à ses enfants; il n’en serait déchu que sur un jugement prononcé par ses pairs, et jouirait de ses biens francs, en pleine et entière indépendance. C’était détruire la puissance des évêques et des grands vassaux, soustraire la petite noblesse et la grosse bourgeoisie, les capitaines même avides d’indépendance, à leur domination, et les ranger tous sous l’immédiate protection de l’Empire. Avec quelques seigneurs, Conrad marche alors sur Rome. Il y rétablit son pape enfant, mais il se heurte au midi contre les nouveaux venus, revient malade, perdant ses parents autour de lui, et il rentre découragé en Allemagne. Mort en 1039, il n’eut pas le temps d’achever dans les faits la révolution qu’il avait voulu faire, et il donna seulement le branle à un mouvement qui devait agiter bien longtemps la péninsule.

Les vassaux inférieurs et les habitants des villes avaient, pour la première fois, révélé leur existence, et compté pour quelque chose dans les luttes de l’Italie. Un vif désir de liberté agitait comme un courant électrique les couches inférieures de la société péninsulaire. Dans leur lutte contre

l’épiscopat, deux classes qui avaient paru ennemies se rapprochèrent; les petits vassaux faisaient cause commune avec les gros bourgeois, les capitaines frayaient avec les gens de petits métiers et de mince labeur qui les soutenaient. Les classes se mêlaient; la noblesse se faisait octroyer dans mainte ville le droit de bourgeoisie; quelques bourgeois acquéraient des fiefs nobles dans la banlieue, fusion sujette à mécompte, jamais complète, qui renfermait en elle-même des éléments hostiles, mais qui en définitive devait tourner à l’affranchissement commun. Malheureusement la rivalité inextinguible qui avait éclaté en même temps entre les deux premières villes de la Lombardie, entre Milan et Pavie, décelait déjà à la naissance même de ce mouvement ce qu’il avait d’incomplet et de défectueux. Il manquait d’homogénéité et d’ensemble; il était entièrement local, égoïste, sujet aux rivalités, aux contradictions, aux entraves que l’intérêt pouvait susciter entre deux villes voisines. Le goût de terroir dominait dans cette révolution communale, morcelée comme l’étaient ellesmêmes la terre et la nationalité italiennes.

L’archevêque Héribert chercha à profiter de l’avénement de Henri III, en Allemagne , pour conjurer l’orage qu’il avait déchaîné et qu’il ne prévoyait pas si terrible. Il se hâta de reconnaître le nouveau souverain, fit des propositions de paix à ses ennemis et des concessions à ses bourgeois. Mais la lutte qui venait de s’engager avait fait ressortir la fausse position de l’épiscopat italien, serf de l’étranger. Personnages politiques, les évêques avaient tout à fait oublié leur caractère; chefs d’un parti, on les avait vus combattre, vaincre et périr sur les champs de bataille. Choisis la plupart du temps par les empereurs germains, non parmi les plus pieux et les plus instruits, mais parmi les plus puissants ou les plus riches, parmi ceux qui pouvaient rendre les meilleurs services , jeter le plus d’éclat ou même quelquefois payer leur élection au suzerain par les présents les plus considérables, ils menaient un train tout laïque ; ils installaient le goût de la guerre et de la chasse, du luxe et des plaisirs dans les palais épiscopaux,

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