‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 66 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

et, qui plus est, ils entretenaient, nourrissaient à l’ombre du sanctuaire, et malgré les canons de l’Église, leurs concubines et leurs bâtards. Voilà quelle était l’Église au service de l’étranger!

L’empereur allemand et les évêques n’avaient vu d’abord s’élever contre eux que des intérêts politiques; une opposition plus dangereuse ébranle bientôt, au nom du principe chrétien , leur puissance temporelle. Donner à des créatures , à des serviteurs, vendre même le plus souvent au plus offrant , et dans un intérêt politique, les prélatures et les bénéfices ecclésiastiques, n’était-ce pas dans l’Eglise ce qu’on avait condamné de tout temps sous le nom de simonie ? Enfreindre le célibat, entretenir, épouser même publiquement des femmes, en avoir des enfants, tenter de leur laisser ses biens, même ses fonctions, n’était-ce pas aussi une coutume contraire au renoncement exigé de ses prêtres par l’Église? Or voici ce qui se faisait alors en Italie comme ailleurs. Le puissant archevêque de Milan, Héribert, était marié. Que cette double infraction à la discipline ecclésiastique arrivât à se perpétuer et une caste sacerdotale s’établissait à côté de la féodalité laïque. Elles s’entendaient l’une et l’autre pour l’oppression commune. Déjà les seigneurs mariaient leurs fils ou leurs filles avec les enfants des prêtres. En Italie, où l’empereur disposait des évêchés, ces innovations scandaleuses avaient pour résultat particulier d’affermir la domination allemande dans la péninsule et d’y multiplier la race étrangère des oppresseurs. Rien d’étonnant que la première et la plus énergique protestation contre cet état de choses, funeste à la chrétienté tout entière, soit venue d’abord de l’Italie.

Depuis un demi-siècle déjà, un profond mécontentement régnait, au fond des monastères dans l’Église régulière, contre la corruption et la décadence de l’Eglise séculière. Les premières années qui suivirent l’an 1000 avaient vu se fonder de nouveaux ordres ou se réformer les anciens, en France avec Cluny, en Italie avec l’ordre des Camaldules (1017) de Saint-Romuald e 'celui de Vallombreuse

(1028) de Saint-Gualbort. C’était le signe avant-coureur d’une recrudescence de l’esprit chrétien. Voici déjà que des voix sévères, celles d’un Pierre Lombard, d’un Lanfranc, sortent du fond des monastères , dénoncent le relâchement de la discipline et la confusion de tous les principes comme la cause de tout le mal politique et moral. « L’ambition des évêques, assurent-ils, a tout fait ; de là, la nomination aux bénéfices par les empereurs, c’est-à-dire la simonie; de là, la violation du célibat, les mauvaises mœurs, les rivalités, la corruption qui n’avait pas épargné même le saint-siège. » Pierre Damien, un solitaire, bientôt évêque d’Ostie, dans d’éloquentes invectives contre le mal dont périssait l’Église, dans de sympathiques exhortations à revenir au bien, demande énergiquement une réforme. Il faut, à l’entendre, revenir à la rigidité, à la simplicité, voire même à la pauvreté des premiers jours, ou restituer au moins aux prêtres et au peuple l’élection des évêques. C’était une voie nouvelle qui s’ouvrait tout à coup en Italie vers l’indépendance. Une révolution politique sc compliquait tout à coup d’une réforme ecclésiastique. En ramenant à la règle les évêques devenus seigneurs temporels, on sapait leur puissance et par contre celle de l’empereur allemand qui les nommait. On arrivait par la réforme morale à l’indépendance politique.

Les premiers troubles qui éclatent alors à Milan et à Rome ont ce double caractère. A Milan, la haute noblesse et le petit peuple , après la mort d’Héribert , déclament contre les mœurs de Guido, qui paraissent maintenant pires que celles de ses prédécesseurs, surtout parce qu’il devait son siège à l’empereur, et ils prononcent le nom de réforme. A Rome, le parti national, fortifié par la recrudescence de l’esprit religieux, chasse enfin Benoît IX, l’élu de l’empereur «qui vivait plus en épicure qu’en pontife» et qui étalait sur le saint-siège une cruauté et des vices prématurés ; on met à sa place Sylvestre III. Le scandale, il est vrai, n’en est pas diminué : et ce qui se passe à Rome montre à quel degré d’anarchie, après le despœ tisme de la domination étrangère, l’agitation ecclésiast hist. d’italie. „ 9

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