‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 67 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

tique et politique amenait les événements. L’adolescent Benoît IX revient bientôt, moins pour reprendre son siège que pour en tirer profit et en vendre une part à l’archiprêtre , d’ailleurs vertueux, Jean Gratien , qui prend le nom de Grégoire VI. Ainsi la capitale de la chrétienté compte à la fois trois papes, siégeant peut-être l’un à Saint-Jean de Latran, l’autre à Sainte-Marie Majeure, et le troisième à Saint-Pierre du Vatican; tous trois se lancent l’anathème et se partagent les revenus du saint-siège. Jamais la présence de l’Empereur n’avait paru si nécessaire; mais jamais en aucun temps elle ne pouvait être plus dangereuse à la péninsule et à la papauté*.

Henri III, successeur de Conrad II, le plus puissant des empereurs , avait soumis ses vassaux allemands, laïques et clercs, à la plus rude discipline. Il disposait en maître de l’Église comme de l’État en Allemagne; sa volonté n’y connaissait point de limites. Il était religieux, mais sa religion se tournait surtout en ambition, en désir de dominer; elle était plus impériale et allemande que chrétienne. Ce souverain résolut de tourner au profit de sa puissance l’esprit de réforme qui, en agitant l’Église, menaçait sa domination en Italie. S’il ne voyait aucun inconvénient aux mariages ecclésiastiques, il n’avait plus besoin comme son prédécesseur de pratiquer la simonie. Il la fit donc condamner dans un concile en Allemagne et passa les Alpes sous prétexte de la faire disparaître dans la péninsule et surtout à Rome ( ecclesia , ut dicitur , necessitate Romam tractus ), poussé vers Rome, dit-on, par les besoins de 'Eglise, selon l’expression d’un contemporain. A Milan, il impose aux habitants, qui n’en voulaient point, Guido qui n’avait point acheté son évêché, mais qui avait été son secrétaire, son serviteur. Les trois papes qui se disputaient la tiare courent au-devant de lui. 11 y en avait au moins un de vertueux et dont l’Église avait salué avec joie l’avéneinent. Henri III, dans un concile qu’il préside à Sutri,

1. Voir le 3' volume de notre Histoire de l'Allemagne, intitulé l'Empire allcinuud cl l l.'ylise , chez Didier, librairie académique.

les fait déposer tous les trois, et, sous prétexte qu’il n’y avait pas à Rome un sujet digne du saint-siège, il fait pape lui-même, comme patrice, l’évêque allemand de Bamberg qui prend le nom de Clément IL Le nouveau pape, à son tour, après l’avoir fait clerc, l’avoir oint de la sainte huile, le sacre comme le vicaire de Dieu , du Christ , vicarius Dei , vicarius Christi , et lui confère le pouvoir d’instituer les pontifes et le droit de disposer de tous les évêchés à droits régaliens. C’était le pouvoir absolu do l’Empereur, du patrice, sur l’Église, ce qu’un contemporain appelle tyrannidempatriciatus, l’asservissement de l’Église dont le chef devenait le chapelain de l’Empereur. *

Henri III voulut mettre le comble à sa puissance en Italie, en étendant sa domination même sur le Midi où les premiers conquérants normands étaient devenus, auprès des ducs de Bénévent, des princes de Gapoue et des ducs de Naples, une véritable puissance. Mais il ne réussit qu’à moitié.

Là en effet, depuis que, dans les premières années du onzième siècle, quarante pèlerins normands de retour de Jérusalem avaient, chemin faisant, délivré des Sarrasins la ville de Salerne pour prix de la rançon offerte aux Infidèles, les aventuriers de cette nation habile à flairer les faciles conquêtes s’étaient multipliés dans le midi de l’Italie, sous prétexte de pèlerinage au mont Cassin et au mont Gargano. Guerroyant, tantôt contre les Grecs pour le compte du duc de Capoue, tantôt contre les Sarrasins pour celui des Grecs, après avoir bien étudié le pays, ses rivalités, ses faiblesses, ils avaient fini par travailler pour euxmêmes. Un certain Drengot, le premier, avait pris la ville d’Aversa; puis Guillaume Bras de Fer, Drogon et Um. froy, tous trois fils deTancrède de Hauteville, gentilhomme normand, pauvre de biens, riche d’enlants, avaient, avec quelques Bénévcntins, culbuté les soldats du catapan grec, Maniacès, et pris Melfi, Venouse, Trani, Cannes, en un mot presque toute la Fouille. Ils étaient réunis alors sous Guillaume Bras de Fer et prétendaient ne reconnaître aucun maître. Ils se gardèrent bien, comme les autres d)-

Page 1