LIVRE VI
nastcs de ce pays, do résister au puissant Henri III; et, pour avoir même un titre légal, ils se hâtèrent de faire hommage de ce qu’ils avaient conquis à l’empereur allemand afin de s’autoriser de lui contre l’empereur grec; mais ils ne le respectèrent pas plus, quand il eut le dos tourné, que ne faisaient les autres.
La piété intéressée de l’Empereur acheva ce qu’avait commencé son énergie dans l’Eglise, mais pour son plus imminent péril et pour celui de l’Europe. Ses convictions se trouvaient d’accord avec son ambition ; il s’autorisa des trouMes , des scandales auxquels avait donné lieu le droit d’élection au saint-siège et à l’épiscopat, pour se réserver le choix du pape et des autres évêques de ses États ; s’il ne désigna pas toujours les plus dignes, mais surtout les plus dévoués pris dans la chapelle, il évita du moins scrupuleusement tout reproche de simonie. Du fond de l’Allemagne, il donna pour successeur à Clément II, malgré une tentative contraire, l’évêque de Brixen, Damas II ; et, après la mort do celui-ci, peut être victime de la haine des Romains, il nomma son propre cousin, l’évêque do Toul, Léon IX, tous Allemands. Il pourvut de même à tous les bénéfices de l’Italie : s’il fit usage de ce pouvoir dans l’intérêt des mœurs, et seconda, poussa même les papes et les évêques dans cette voie de réforme qui commençait à devenir un besoin impérieux, il songea cependant surtout à sa puissance. La pacification de l’Italie et la réforme d’une partie de la discipline dans le clergé consacraient la domination de l’empire sur la péninsule, sur l’Église et, par voie de conséquence, sur les États voisins de l’Allemagne, sur l’Europe entière. Mais c’est au moment de la plus grande puissance de l’empire allemand qu’apparut ce moine célèbre qui vint l’ébranler en donnant une direction plus haute et un chef plus chrétien et plus national à la révolution politique et ecclésiastique qui agitait la péninsule.
ï>«n IX, l'archidiacre Hlldehrand ; Nicolas II, le collège des Cardinaux ; la réforme de l'KglIse; schisme d'Honorlus n et d'Alexandre II (1H9-10IS).
Léon IX, pape désigné par l’Empereur, avait amené de l’abbaye de Cluny, pour conseiller, un moine nommé Hildebrand, fils d’un métayer de Soana, en Toscane. Celui-ci avait jeté, dit-on, des doutes dans l’esprit du nouveau pontife sur la validité de son élection, et obtenu de lui qu’il se soumît de nouveau au choix et à la confirmation du peuple romain. Pour être réelle, efficace et nationale, il fallait en effet que la réforme partît libre et complète de Rome, comme disait Damien , « la pierre augulaire de la chrétienté.» Homme pieux et de bon vouloir, pénétré des doctrines de Pierre Damien, fort en honneur dans les monastères, mais tout dévoué à l’Empereur, Léon IX, après ce premier acte d’audace , se contenta de rechercher activement, en Allemagne et en Italie, les ecclésiastiques qui devaient leur élévation à la simonie, pour les punir d’une pénitence de quarante jours, et même les révoquer, et de rappeler le clergé séculier, par ses ordonnances et ses menaces, à l’observation du célibat.
Le moine Hildebrand eut bientôt d’autres visées. Prêtre austère et hardi, patriote jaloux, il regardait comme un esclavage la domination exercée à la fois par l’empire sur le sacerdoce et par l’Allemagne sur la péninsule. L’abolition do la simonie, le rétablissement des mœurs ecclésiastiques ne lui paraissaient point possibles tant que le saint-siège dépendrait de l’empire, au pouvoir d’un prince aujourd’hui pieux et demain dissolu. Il croyait ne réussir à affranchir l’Italie de l’étranger, l’Église de l’empire, qu’en leur arrachant la disposition des évêchés. Devenu puissant à la cour pontificale par la force de sa parole et l’austérité de ses mœurs, il conçut le dessein d’accomplir ce double affranchissement, en faisant partir la réforme ecclésiastique du saint-siège même et en l’imposant à l’empire; et il consacra à cette œuvre une imagination ardente, une convic-