‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 69 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

tion profonde et un caractère capable de tout pousser à l’extrême.

Hildebrand commença d’abord l’exécution de ses desseins avec une prudence et une fertilité de ressources étonnantes en un homme qui avait vécu jusque-là dans un monastère. Ce n’était ni un mystique exclusivement préoccupé de religion, ni un politique n’ayant d’autre mobile que l’ambition. La religion et la politique ne se séparaient point alors ni dans les esprits ni dans les choses. Sous-diacre de Rome, mais déjà, comme on disait, archisous-diacre, archisubdiaconns, le moine de Soana , sous prétexte de défendre les droits impériaux , profita de la première occasion pour relever le crédit politique du saintsiège en Italie. Les Normands, nouveaux vassaux de l’empire, commençaient à piller sans vergogne les terres de l’abbé du mont Cassin et même celles du saint-siège. Appelé par les habitants de Bénévent, Léon IX, à l’instigation d’Hildebrand, envahit le midi avec cinq cents chevaliers allemands envoyés par l’Empereur et des hommes levés sur ses domaines. Il est battu et fait prisonnier par les Normands à Civitella dans la Capitanate, mais il trouve dans sa défaite ce qu’il cherchait par une victoire (1053). Prêts à jurer tout serment, à reconnaître tout suzerain , pourvu qu’ils gardent le pays, Richard d’Aversa et Umfroy de Pouille, alors chefs des Normands, consentent à recevoir ce qu’ils possédaient comme un fief de saint Pierre ; ils aident même le pape à s’emparer de Bénévent, que lui cède l’Empereur, en échange de quelques domaines et redevances au delà des Alpes. Voilà le domaine temporel du pape agrandi; il compte do nouveaux vassaux; il jouit de quelque indépendance.

A la mort de Léon IX en 1054, Hildebrand tente un coup plus hardi ; il demande lui-même à l’Empereur pour pape et obtient un évêque allemand, secrétaire do l’Empereur, Victor II, son plus opiniâtre adversaire jusqu’ic , mais dont il fait bientôt son plus ardent soutien. Henri III avait deux ennemis implacables : Grottfried, de basse Lorraine, le seul vassal un peu indépendant qu’il eût en Al-

lemagne ; en Italie, Boniface, marquis do Toscane, autrefois serviteur des étrangers , devenu maintenant leur ennemi depuis qu’un véritable mouvement d’indépendance agite le pays. Henri III avait dépouillé le premier do ses biens et l’avait exilé en Italie ; s’il n’avait pas trouvé l’occasion de faire sentir sa puissance au second, il ne lui cachait pas ses défiances. Un moine audacieux, instrument d’Hildebrand, après la mort de Boniface, tué dans un bois, peut-être par un Allemand dont-il avait bravé l’Empereur, marie sa veuve Béatrice à Gottfried, son frère, et relève ainsi en Italie un rival de César, battu en Allemagne. C’était trop à la fois. Henri III paraît en Italie, fait prisionnière et garde Béatrice, exile son mari en Flandre, renvoie le moine au monastère du mont Gassin, et rappelle le pape Victor II en Allemagne.

Mais la mort d’Henri III (1056) laisse le champ libre à Hildebrand. On le voit alors agir avec autant d’impétuosité qu’il avait d’abord procédé avec circonspection. Il profite des embarras de l’impératrice Agnès, fort occupée à défendre son fils mineur contre les vassaux allemands, pour obtenir le vicariat de l’Italie à Gottfried, tout à l’heure dépouillé do ses biens , et faire le moine Frédéric papo sous le nom d’Étienne IX. «Heureux» disait l’archidiacre «celui qui témoigne pour le Soigneur et qui le cherche de tout cœur. »

Ennemi personnel de la maison franconienne , appuyé sur le marquis de Toscane, sur les Lorrains et sur les Normands, vassaux du saint-siège, Etienne IX agit plus hardiment dans le sens de la réforme; il excommunie tout prêtre marié qui ne renverra point sa femme, lance l’anathème contre les^imoniaques, et, par les moines, milice dévouée du saint-siège, soulève le peuple contre les évêques qui devaient leur puissance à l’empire et qui le soutenaient. C’était prendre hardiment en main et lier l’une à l’autre la cause de la réforme de l’Eglise et celle de l’indépendance italienne. La guerre recommence dans l’ardente ville de Milan, où les ennemis de l’évêque impérial Guido de Vclate expulsent les prêtres dissolus ou partisans des

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