‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 70 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Allemands et veulent chasser l’archevêque lui-même. Il est vrai, les comtes de Tusculum profitent d’abord de l’absence d’Hildebrand , alors en Allemagne, pour faire donner la tiare à un des leurs. Mais Hildebrand indispose l’impératrice contre le nouveau pape, élevé, disait-il, sans le consentement impérial; il fait casser cette élection, et, toujours hardi et heureux, il obtient de l’impératrice Agnès, pour pape, l’évêque de Florence, ancien protégé pt partisan de Gottfried, marquis de Toscane, sous le nom de Nicolas II.

Monté au Vatican par la protection allemande, mais sur le choix d’Hildebrand, Nicolas II fit un grand pas. Il fallait, pour soustraire l’Italie et l’Église à la domination impériale, fonder l’indépendance du saint-siège. Une constitution rendue par Nicolas II décrète que désormais les curés cardinaux attachés aux paroisses de Rome auront seuls le droit d’élire le pape, sauf, ajoutait vaguement la bulle, l’honneur et le respect dus au roi Henri. Ce décret, en faisant passer désormais l’élection pontificale au collège des cardinaux, n'atteignait pas seulement l’autorité impériale, mais le peuple romain, c’est-à-dire les factions qui perdaient toute part à l’élection du pape. Une révolte éclata à Rome. Le pape appela à son secours contre les nobles romains les Normands ses vassaux, qui continrent les comtes de Tusculum; et le changement fut reconnu.

A la mort de Nicolas II en 1061, Hildebrand porte la lutte au plus vif de la question. Poussé par lui , le nouveau collège des cardinaux s’empresse d’élire l’évêque de Lucques, un des partisans les plus ardents de la réforme, qui prend le nom d’Alexandre II. De leur côté}fles nobles romains, l’archevêque de Milan, les évêques de Pavie, de Plaisance, etc., obtiennent de la cour impériale, mécontente de n’avoir point été consultée, l’évêque de Parme, Ûadalous. Les partis se groupent nettement autour des deux papes, et le schisme se dessine. Alexandre II, le pape d’Hildebrand, élu par les cardinaux, compte pour partisans les hommes de la discipline rigoureuse, ceux qui vou-

laient deux grandes choses, la réforme des mœurs de l’Église et l’indépendance de l’Italie : Pierre Damien, Lanfranc de Pavie, le clergé régulier, depuis longtemps rival du clergé séculier, le menu peuple, qui demandait la moralité dans le sanctuaire, et les petits vassaux et les bourgeois, ennemis de l’épiscopat , depuis que les évêques étaient devenus des seigneurs féodaux. Cadalous (Honorius II), le pape de l’Empereur, a pour lui la noblesse romaine, la plupart des prélats lombards mariés, la haute noblesse dont les fils arrivaient aux prélatures. Schisme à la fois religieux et politique ! Hildebrand dans l’état de la société italienne, arrivait droit à l’affranchissement de la péninsule, en soustrayant au pouvoir des Allemands le saint-siège et l’épiscopat, éléments dominants de l’Italie. La noblesse italienne et la bourgeoisie municipale, derrière Hildebrand, brisaient, en soutenant ses doctrines, la puissance politique confiée par les empereurs saxons aux évêques.

La lutte fut très-vive en Italie. On se battit partout, surtout à Rome où l’on voyait aux prises derrière leurs chefs l’armée des prêtres mariés et des seigneurs en face de celle des moines, des calebassiers et des porte-besaces. Les comtes impérialistes de Tusculum intronisèrent d’abord Honorius II et battirent les Normands alliés d’Hildebrand ; mais bientôt ils furent battus à leur tour par Gottfried,duc de Toscane. Honorius, prisonnier deux ans dans le château Saint-Ange, fut heureux de pouvoir s’échapper sain et sauf et de céder la place à Alexandre H. La victoire d’Hildebrand parut complète et fut couronnée en 1073 par son élévation au pontificat sous le nom de Grégoire VII.

Clrégelre VII et Henri IV; querelle des investitures; première latte da sacerdoce et de l'Empire (I093-I0SS).

Le nouveau pape, âgé alors de soixante ans, après avoir déjà, pendant vingt ans, dirigé les affaires, était encouragé par les circonstances, qui secondaient son énergie et son ambition. Il dévoila aussitôt toutes les conséquences du

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