‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 72 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

grâce à l’ascendant qu’il prit sur elle, cette pieuse et fervente princesse « une nouvelle Deborah », disait-on, devint la force, le salut du saint-siège, au onzième siècle, comme Théodora et Marozie en avaient fait la honte au dixième. A Rome, le préfet impérial Censio, qui voulait défendre les droits de son maître, fut excommunié. Dans l’Italie méridionale, Robert Guiscard, maître des dernières possessions des Grecs, et, par son frère Roger, de Palerme, enlevée aux Sarrasins en Sicile, se parait du titre de duc de Sicile et donnait celui de comte à son frère, sans songer à les réclamer de la générosité toujours un peu onéreuse du pontife. Grégoire VII le déclara excommunié dans un concile romain, et envoya des renforts au prince de Capoue, Richard, plus docile, pour l’aider à s’emparer des possessions de son compatriote.

Cette théocratie habile et hardie, qui ne ménageait même pas ses amis et brisait le lendemain les instruments de la veille, provoqua la résistance, d’abord en Italie. Le pape était plus redouté de loin que de près, comme il arrive souvent à tout pouvoir fondé sur l’opinion et non sur la force. A Rome même, le préfet Censio, dans une émeute, arracha Grégoire d’une église et le retint prisonnier jusqu’à ce que le peuple soulevé l’eût délivré. A Milan, les partisans de l’empire chassèrent son protégé Atto, et demandèrent un nouvel archevêque à Henri IV, qui leur envoya un noble de Castiglione.

Ce fut le commencement de la lutte entre le sacerdoce et l’empire. Déjà des paroles aigres avaient été échangées entre le roi allemand et le pape, à propos de l’interdiction formelle faite par Grégoire aux princes laïcs de donner l’investiture des bénéfices ecclésiastiques. Bientôt, Grégoire ne voyant dans le roi Henri IV récemment arrivé à sa majorité qu’un prince despote, dissolu, et un caractère faible, en lutte avec les seigneurs et avec une partie de son peuple, le cite à comparaître devant un concile à Rome, pour répondre du crime de simonie. Si ce premier acte était couronné de succès, c’en était fait de l’autorité impériale en Italie, où le pape disposerait de toutes dignités

et fiefs d’église. Henri IV, jeune et fougueux, crut pouvoir rendre au pape guerre pour guerre, fit attaquer par deux conciles de prélats, tenus dans les villes de Worms et de Pavie, la légitimité de l’élection de Grégoire VII, et somma celui-ci par un envoyé de déposer la tiare. « Quitte le siège que tu as usurpé », lui faisait-il dire, « que la chaire de Saint-Pierre soit occupée par unhommo qui ne cherche point à couvrir la violence sous le manteau de la religion. » C’était trop ou trop peu. Le messager faillit être déchiré à Rome, le pape le sauva; mais, le lendemain, plus hardi que son adversaire, l’église étant pleine de monde, et la grande comtesse Mathilde présente, après s’être solennellement purgé par serment, des accusations portées contre lui, le pape prononça l’excommunication du roi Henri IV, puis donna contre lui le premier exemple de déclarer un souverain déchu de ses droits au trône et de délier ses sujets du serment de fidélité, « afin, » dit-il, v que les peuples apprissent par cette expérience que le fils du Dieu vivant avait édifié cette Église et que les portes dé l’enfer ne prévaudraient point contre elle. «Grégoire VII ne disposait plus seulement des dignités ecclésiastiques, mais des temporelles. Les trônes relevaient de lui, et il ôtait et distribuait les couronnes, selon les maximes contenues dans quelques-unes de ses lettres, sinon dans le célèbre Dictatus papæ, qui n’est peut-être pas authentique. Toute puissance devait s’incliner devant lui, parce qu’il était infaillible, saint et omnipotent sur toute la terre par la grâce de l’Apôtre.

L’effet de la première sentence de déposition qui eût été portée par un pape contre un souverain eut un plein succès en Allemagne où la foi était grande, et le mécontentement contre Henri IV, général. L’empereur n’obtint de ses vassaux, déjà décidés à procéder à une nouvelle élection, qu’un délai d’un an pour faire sa paix avec le pontife. Lorsque, abandonné de tous, le malheureux roi descendit les Alpes presque seul, pour demander grâce, ses partisans, l’archevêque de Milan, l’archevêque de Ravenne, et presque tous leurs suffragants ennemis de la

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