‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 73 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

réforme et de Grégoire, coururent au-devant de lui. Il y avait là des éléments de résistance. Henri IV, courbé sous l’anathème, n’osa les employer; il alla en pénitent au châ teau de Ganossa. Admis sur les instances de la comtesse Mathilde, moins inflexible que le moine couronné, dans la seconde enceinte du château, il attendit à jeun, les pieds nus dans la neige, pendant trois jours ; le quatrième, il fut enfin reçu par le pape, relevé de l’excommunication, mais renvoyé, pour ce qui regardait sa couronne, devant la diète allemande (1077). Le lendemain, Grégoire VII l’écrasa de toute la puissance de sa foi ; au milieu do la messe de réconciliation, il brisa, assurent quelques chroniqueurs, l’hostie en deux, adjura Dieu en en prenant une partie, de le faire mourir sur-le- champ s’il était coupable des crimes dont il était accusé, et proposa avec l’autre moitié le même serment à Henri, qui recula épouvanté devant cette terrible épreuve du jugement de Dieu.

Le pouvoir du saint-siège semblait à son apogée. La comtesse Mathilde, subjuguée par tant de grandeur, institua l’Église romaine héritière de tous ses biens. Grégoire, après avoir vu à ses pieds le fils de Henri III, un successeur d’Otton et de Charlemagne, ne put se défendre d’une certaine exaltation. En 1078, dans un concile, il déclara excommuniés et destitués tous les archevêques et évêques italiens du parti de Henri IV ; il disposa de leurs dignités en faveur d’autres ecclésiastiques, et exigea de ceux-ci un véritable serment de vassalité qu’il avait déjà obtenu du patriarche d’Aquilée. Il lança de nouveau l’anathème contre Robert Guiseard, qui s’emparait des dernières possessions lombardes, Salerne, Amalfi,et attaquait mêmeBénévent, et contre Richard qui, détaché de l’alliance du pape, bloquait Naples. Rien ne devait plus se passer en Italie sans la permission du pape, dès qu’il réunirait au patrimoine du saint-siège les biens de la comtesse Mathilde, la disposition de tous les évêchés et la suzeraineté du midi de la péninsulo. Maître de l’Italie, il l’était peut-être du monde. Hors de la péninsule, il excommuniait et déposait Boleslas II, roi de Pologne, assassin de l’évêque de Gracovie. En

France, en Hongrie, en Danemark, ses légats, comme des proconsuls romains, rassemblaient des conciles, déposaient des évêques, en élisaient de nouveaux et partout faisaient réussir la réforme. Enfin dans l’empire, où les princes avaient donné un rival à Henri IV dans la personne de Rodolphe de Souabe après l’expiration du délai fixé, Grégoire VII, n’hésitant plus, se déclare en faveur du nouvel élu et prononce,de nouveau la déposition d’Henri IV, afin que l’on apprenne qu’il peut sur la terre donner ou reprendre à qui il veut les empires et les royaumes et disposer des choses du siècle aussi bien que de celles du ciel même.

Mais, au moment où il se croyait vainqueur, Grégoire VII vit se lever devant lui d’autres adversaires. Les événements mènent souvent les hommes les plus grands quand ceux-ci même semblent les mener. La guerre du sacerdoce et de l’empire, toutes ces fréquentes compétitions d’évêques, les uns nommés par le pape et les autres par le roi, avaient appris aux villes de la Lombardie à méconnaître l’autorité sacerdotale sujette à tant de contestations. Les échevins des trois états libres, des capitaines, des vavasseurs, des francsbourgeois, après s’être d’abord fait la guerre sous le drapeau de tel- ou tel prélat, du pape ou de l’Empereur, commençaient à songer à eux-mêmes ; partout ils instituaient en commun un collège, une magistrature urbaine, qui administraient librement la cité et son territoire. La liberté des villes croissait à la faveur de la guerre du sacerdoce et de l’empire. Henri IV, depuis son humiliation de Ganossa, s’était relevé en Allemagne où il avait vaincu son compétiteur; il comprit le parti qu’il pouvait tirer de ce fait nouveau. Son fils, envoyé d’abord par lui, encouragea la liberté des villes, signa ou confirma toutes les chartes communales qu’elles lui présentèrent, même aux dépens des évêques. En 1081 l’Empereur lui-même, ayant refait sa puissance, redescendit en Italie, décidé cette fois à faire plus que soulever les villes contre le saint-siège. Il réunit effet un concile à Brixen et, comme Grégoire VII lui avait opposé un anti-César, il veut lui opposer un anti-pape et fait élire

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