LIVRE VI
l’archevêque de Ravenne, Guibert, qui prend le nom do Clément III. Quoique la voix céleste nous crie « disait déjà Grégoire découragé « que chacun sera recompensé selon son travail, cependant la vie est souvent pour nous un ennui et la mort désirable. Oh ! Seigneur, si vous imposiez un tel fardeau à Moïse ou à Pierre, ils en seraient accablés ; que doit-ce donc être pour moi, qui ne suis rien comparé à eux ». •
Acclamé cette fois en Lombardie par les municipalités en révolte, Henri IV rétablit à Milan son archevêque, en dépit de la faction du pape, et reçut de ses mains la couronne de fer. En Toscane, dans les États mêmes de la pieuse Mathilde, devenue impuissante, Pise enrichie par son commerce, et fière de ses conquêtes en Sardaigne, Lucques et Sienne, désireuses aussi d’obtenir des privilèges, se déclarent en sa faveur et favorisent sa marche sur Rome. Grégoire, effrayé, lève enfin l’excommunication lancée sur les Normands, laisse à Guiscard la ville de Bénévent, l’investit du duché de Pouille, et, son frère, du comté de Sicile. Il était trop tard; Guiscard, voyant son ambition gênée en Italie, s’était tourné contre l’empire byzantin ; il attaquait alors Nicéphore Botoniate, et, malgré 50 000 Grecs, prenait Durazzo, qui ne devait être pour lui que la clef de Constantinople. Henri IV, dont l’armée avait d’abord été décimée par l’épidémie, forma bientôt le blocus de Rome avec les recrues envoyées par les villes italiennes, et toute la noblesse dos environs, qui jurait de réduire Grégoire. Le comte de Capoue, Jordan, fils de Richard, en haine de Robert Guiscard, se joignit à l’Empereur. Le peuple, pressé par la famine, commença à murmurer. En dépit des attaques du dehors et des mécontentements du dedans, le pontife, contenant ou excitant les Romains, résista deux années en renouvelant l’anathème contre ses ennemis. Mais aucun des rois chrétiens qu’il avait blessés par ses prétentions ne parla même en sa faveur. Guillaume le Conquérant, qui paraissait son plus fidèle allié, était alors en querelle avec lui. Enfin la cité Léonine tomba la première avec l’église Saint-Pierre au
pouvoir des Allemands, puis le quartier de Latran qui lut livré par le peuple. Le pontife put voir du château Saint- Ange son rival, Clément, consacré dans l’église Saint-Jean de Latran, et le vaincu deCanossa couronné enfin empereur au Vatican. Il jeta vers Robert Guiscard un long cri de désespoir.
Le Normand quitta Durazzo, où il chargea son fils Bohémond de continuer ses conquêtes, battit Jordan envoyé au-devant de lui pour l’arrêter, et marcha avec 20 000 hommes sur Rome. Henri, dont ia plupart des partisans s’étaient déjà dispersés, n’osa l’arrêter. Le Normand tira Grégoire du château Saint-Ange ; mais il l’emmena à Salerne, se conduisant moins envers lui en libérateur qu’en vainqueur. L’ambitieux conquérant, dont les projets embrassaient déjà l’Italie et l’Orient, ne comptait pas relâcher son captif sans faire chèrement payer ses services. Grégoire, victime d’une politique qui n’avait pas su garder de ménagements, devenu la proie d’un Normand rusé, vit avec douleur qu’il avait plus travaillé encore pour la liberté des villes et pour la grandeur d’un aventurier que pour l’indépendance de l’Église. Il mourut d’épuisement et de chagrin le 25 mai 1085, en prononçant ces mots, dernière expression de son énergique et profonde conviction : « J’ai aimé la justice et hai l’iniquité, c’est pourquoi je meurs dans l’exil ! » L’Italie elle-même avait fait échouer la théocratie romaine. Mais le courage de Grégoire VII ne devait pas avoir été inutilement dépensé pour la liberté de l’Eglise et même pour celle de l'Europe menacées par l’empire allemand ; et, si son génie emporté avait quelques fois dépassé le but, il laissait au moins après lui une grande chose : la chrétienté réformée.
Crbaln II, l'héritage de Mathilde, la croisade ; Henri V , Pascal il et Callxte II ; le concordat de Wornu ; chute de l’épiscopat temporel (1I8I-1IS1).
Après quelques années de triomphe pour la cause impériale l’avénement d’Urbain II en 1088 releva le saint-