‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 77 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Henri V revint, pour décider la querelle en sa faveur. Il conféra aux villes de la Toscane et de l’héritage de Mathilde, toutes les libertés et privilèges qu’elles réclamèrent. Il flatta les barons romains eux-mêmes, qui envoyèrent Pascal II, chassé de sa capitale, mourir au mont Gassin (1118). Un pape, un antipape, furent encore élus à Rome au milieu de ces différends; des scènes sanglantes eurent lieu presque dans Saint-Pierre, où un magistrat impérial prit un pape à la gorge; mais les deux pouvoirs en querelle s’aperçurent qu’ils se ruinaient au profit des villes. Les élections même des papes sortaient de factions toutes locales. Henri V résolut enfin de s’entendre avec le pape Calixte II. Celui-ci, un Français, résolut de finir la lutte en France, dans un pays dont le bon sens avait su éviter tous les excès nés de ces querelles. Un concile tenu à Reims sous sa présidence proclama en effet les vrais principes. Henri V essaya vainement encore de faire des objections. Il signa avec le pape Calixte II, parle concordat de Worms (1122), une transaction qui confiait l’élection ecclésiastique aux chapitres, assistés de représentants des deux pouvoirs, et accordait l’investiture du sceptre à l’Empereur, et celle de la crosse au pape. Après une si longue guerre, l’objet du différend était partagé. L’Église gardait assez d’indépendance pour échapper au pouvoir absolu de l’un ou de l’autre des deux rivaux. Restait l’affaire de l’héritage de la comtesse Mathilde. Henri Y mourut (1125) sans avoir pu la terminer. Désormais la lutte entre l’empire et la papauté devait prendre un autre caractère. L’Église était réformée ; sur ce point Grégoire VII avait vaincu. Mais il s’agissait encore de savoir si l’empire allemand continuerait à peser sur la papauté et sur la péninsule.

Quand Lothaire de Supplimbourg, successeur du dernier des empereurs franconiens, arriva en Italie (1133), le parti impérialiste et noble des Frangipani avait choisi pour pape Innocent II, noble romain ; la faction contraire, théocratique et populaire, Anaclet II. Couronné (1133) à Saint- Jean de Latran par son pape Innocent II, Lothaire se hâta de conclure avec lui, pour les biens de Mathilde, un accord.

facilité par la lassitude générale. Lothaire eut en toute franchise les fiefs de Mathilde, et consentit à ne posséder ses biens allodiaux qu’à la condition de prêter serment de fidélité au saint-siège ; singulier compromis qui ne terminait rien. L’apparence de la victoire était au saint-siège et le profit à l’empire. Lothaire devenait l’homme lige, le vassal du pape ; mais il gardait tous les domaines. Le pape constata orgueilleusement ce qu’il gagnait par la devise inscrite au bas du tableau pour perpétuer la mémoire de cet événement : Rex homo fit papæ. Il essaya même de lui donner une portée plus générale en insinuant que l’Empereur, non le seigneur toscan, était devenu son vassal. Mais il ne trompa personne : le suzerain ne fut pas plus puissant que le vassal, à qui ces concessions au saint-siège valurent le mépris de l’Allemagne. L’antipape Anaclet n’abandonna même pas ses prétentions à la papauté. Son rival, Innocent II, avait fait un empereur; lui, il fit un roi de Roger II de Sicile, qui profita seul ainsi du schisme en prenant un titre longtemps ambitionné par ses prédécesseurs. L’ambition du saint-siège et celle de l’empire aux prises dans la péninsule s’étaient compromises l’une l’autre et comme abîmées au milieu du mouvement général de l’indépendance italienne qui les avait débordées. La nation avait grandi, à l’ombre de ces deux fers croisés au-dessus des Alpes et des Apennins, par les pouvoirs spirituel et temporel, par le pape et par l’Empereur 1 Elle avait cependant encore à compter avec eux.

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