LIVRE VII
La péninsule au commencement du douzième siècle ; les républiques du Nord et la royauté normande du Midi. — Une révolution à Rome; un disciple de saint Bernard et un disciple d’Abailard (1137-1152). — Frédéric Barbcrousse et Alexandre III (1158-1168). — La ligue lombarde; bataille de Legnano; trêve de Venise et paix de Constance (1168-1183). — Réunion de la Sicile et de l’empire; Henri VI (1183- 1196) ; la monarchie universelle. — Innocent III; guelfes et gibelins ; catharins et patarins (1196-1215). — Frédéric II et Grégoire IX ; bataille de Corte-Nuova (1220-1241). — Innocent IV ; mort de Frédéric II; Conrad IV; chute de la domination allemande (1242-1252).
La péninsule au commencement du douzième siècle; les républiques du Nord et la royauté normande du midi.
Une ère nouvelle avait semblé poindre avec le douzième siècle pour l’Italie. Cette terre, éprouvée par tant de vicissitudes, arrivée d’abord à un état d’épuisement complet, après des efforts exagérés, puis remuée, sillonnée en tous sens par les invasions des barbares et les dominations
1. Voir pour ce chapitre : Sismondi, Républiques italiennes; Raumer, Geschichte der Hohenstauffen; Cherrier, Guerre du sacerdoce et de V empire sous les Hohenstauffen; Giannone, Storia civile di Napoli; baron de Bazancourt, Histoire de la Sicile sous la domination des Normands; les Vies des Pontifes; Baronius, Annales ecclesiastici ! Hurter, Histoire (P Innocent III; Huillaud Breholles, Histoire de Frédéric II. Les plus récentes monographies allemandes sur les empereurs Uohenstauflen, et notre Histoire d’Allemagne , 4' et 5* vol., chez Didier.
étrangères, avait repris tout à coup une fécondité d’autant plus merveilleuse qu’elle éclatait sur tous les points à la fois et sous toutes les formes. Pendant la lutte des deux pouvoirs, toute l’ancienne constitution était tombée. Les ducs, les margraves, les comtes, les évêques, les abbés, avaient vu fondre entre leurs mains presque toute suzeraineté et toute juridiction. La grande comtesse Mathilde, dernière image de cette féodalité, laissait en mourant le principe nouveau envahir aussi son héritage, où Henri Welf de Bavière, investi de la Toscane par Lothaire, mais résidant toujours en Allemagne, était incapable de l’arrêter. Les deux seuls débris qui restassent de cette vieille Italie, le comte de Maurienne, qui, par mariage avec l’héritière du marquis de Suse, avait réuni les deux versants des Alpes, la Savoie et le Piémont, et le marquis de Mon tferrat, d’origine allemande, avaient beaucoup à faire eux-mêmes, le premier avec les villes de Turin , Verceil et Ivrée ; le second avec celles d’Asti et de Ghiéri.
Sur les ruines de cette constitution féodale et despotique, essayée au nord et au centre del’Italie par les Francs et les Germains, se développait l’indépendance tout italienne, toute nationale des petits nobles, capitaines ou vassaux dans les campagnes, et do la bourgeoisie dans les cités. Au midi, par un contraste étrange, s’élevait, à la suite d’une conquête venue encore de France, une monarchie féodale sur les débris de la vieille indépendance, de petits duchés et de petites cités. Monarchie normande ou républiques lombardes étaient cependant pleines de jeunesse, d’avenir, et animées d’un esprit nouveau. Les descendants de Tancrède de Hauteville, en imposant à l’ancienne Sicile et à l’ancienne grande Grèce des institutions monarchiques et féodales, qui rappelaient la cour de France, mettaient en rapport le midi de l’Italie avec la civilisation de la France méridionale ; ils attirèrent auprès d’eux les troubadours de la langue d’oc, et, sous le souffle de la littérature provençale, naquit la poésie sicilienne, premier germe d’une littérature qui promettait encore plus de chaleur et do vie. L’intérêt matériel, les besoins par-