‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 79 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

ticuliers du commerce, n’étaient pas les seuls mobiles qui poussaient les cités dans la voie de l’affranchissement. Les nouvelles républiques relevaient du droit municipal romain, dont l’étude prenait un essor nouveau à Bologne et dans d’autres cités, et des doctrines politiques déduites par le républicain Arnaud de Brescia, des théories philosophiques de son maître, le théologien scolastique Abailard.

Après la mort de Lothaire (1137), l’élection, en Allemagne, de Conrad III, premier prince de la dynastie des Hohenstauffen , fut l’objet de tant de contestation que, pendant quinze ans, l’Italie ne vit pas d’armée étrangère descendre des Alpes. Cette sorte d’intermittence de l’autorité impériale ne contribua pas peu au libre épanouissement de cette Italie nouvelle. On put croire un instant qu’elle allait fleurir en toute liberté.

Depuis que les plus hardis et les plus heureux descendants du Normand Tancrède de Hauteville, à savoir : Robert Guiscard et son frère Roger, avaient l’un, réuni les dernières possessions grecques du midi de l’Italie à celles des Lombards ; l’autre pris en Sicile sur les Sarrasins Palerme et Gatane, cette brillante conquête faite au jour le jour était devenue une puissante monarchie. Le fils de Roger Ier, qu’on avait appelé le grand comte de Sicile, Roger II, avait par l’extinction des fils de Guiscard hérité des deux rives du Phare. Maître de la Sicile, delaPouille, de la Calabre, réunissant Naples à Palerme, il avait pris dans cette dernière ville le titre de roi, avec l’autorisation de l’antipape Anaclet. Vainement l’empereur Lothaire et le pape Innocent II avaient-ils voulu le châtier de son audace. Innocent II lança l’anathème contre le tyran sicilien, conduisit au midi quelques troupes impériales et souleva les comtes de Capoue et de Naples, les républiques d’Amalfi et de Salerne contre leur nouveau maître. Mais Roger Il fit prisonnier Innocent, l’obligea à lever l’anathème; et, consacré roi, après avoir prêté un serment ' d’hommage qui ne devait pas lui coûter beaucoup, il dompta les comtes et les républiques rebelles. Il était temps pour

lui d’achever de consolider, avec l’esprit méthodique et le génie administratif de ses compatriotes, l’œuvre de spoliation et d’astuce toute normande commencée par ses ancêtres.

11 paraissait difficile de ramener à l’unité, sous une race étrangère, ce nouveau royaume divisé en deux portions par un détroit, entrecoupé de montagnes, morcelé en territoires si variés, ici mêlé de Grecs et de Lombards, là de Sarrasins et de Grecs, avec des institutions féodales et municipales, des mœurs chrétiennes et mahométanes. Féodalité et municipalités, tout répugnait à l’unité. Amalfi, la grande république commerçante du dixième siècle, deux fois attaquée au milieu des troubles par la jalousie des Pisans qui se faisaient les auxiliaires d’un roi contre une rivale, vit son port forcé (1135) et ses riches magasins pillés pendant trois jours; elle ne s’en releva jamais ; Gapoue fut détruite avec une telle furie qu’il ne resta plus de la ville des délices que des pans do murs et les ruines d’un amphithéâtre.

Une fois maître cependant, Roger ne fut pas moins habile au gouvernement qu’il avait été ardent à la viotoire. Il ne dépouilla point les barons de leurs fiefs, ni les villes de leurs institutions. Il subordonna tout à une hiérarchie de dignitaires et de fonctionnaires, qui fit du pouvoir royal le centre et le sommet de l’État. Il plaça, sous la surveillance de son chancelier, dans les provinces, des justiciers , dans les villes des baillis, chargés de rendre la justice et d’assurer l’exécution des droits régaliens. Dans chaque district, un baron fut mis à la tête de la petite noblesse féodale des chevaliers, et tous les barons euxmêmes soumis à un connétable royal, chargé d’assurer avec eux le service militaire. De grands officiers, un chambellan, un maréchal, un protonotaire, un sénéchal, t donnèrent à sa cour le relief des grandes cours d’Allemagne ou de France. Grâce à l’activité qu’il imprima partout, il créa une marine qui excita la jalousie de Venise, épouvanta Byzance, et, sur la côte d’Afrique, Tripoli, Hippone et Tunis. Il transplanta et généralisa dans ses États

Page 1