‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 80 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

le mûrier et l’industrie des vers à soie. Couvert de la dalmatique, portant la crosse et l’anneau avec l’autorisation du pape, il couvrit le sol, et principalement Païenne, sa capitale, de magnifiques églises, tout en pratiquant une impartialité rare pour le temps et en déployant un luxe qui empruntait quelque chose de la vieille civilisation des Grecs et de la jeune prospérité des Arabes. Sa mère Adélaïde, née marquise de Montferrat, ce pays voisin de la Provence, avait déjà par goût attiré autour d’elle maints jongleurs et troubadours de France ; Roger II par politique se les attacha; et ce fut de là, selon Dante et Pétrarque, que le courant de la poésie se répandit dans tout le reste de l’Italie ( per omnem Italiam ac longius manavit). Ainsi s’éleva et se consolida un royaume dans le midi de la péninsule.

Les nouvelles républiques italiennes encore tout entières à la lutte de l’affranchissement ou du commerce n’en étaient point aux arts du luxe, et, dans le domaine de l’intelligence, ne cultivaient, pour y chercher des constitutions, que la science éristique du droit, ou une théologie qui empruntait de causes particulières à l’Italie un caractère tout politique. C’était en effet aux souvenirs toujours vivants du droit romain, puissamment réveillés à Bologne par l’enseignement du célèbre Irnerius ', et à l’influence promptement conquise par les docteurs en droit, dans des municipalités avides de trouver des armes légales d’affranchissement, que la plupart des villes devaient leurs nouvelles institutions.

La première magistrature républicaine qui apparaisse dans les villes, celle des consuls, chargés du pouvoir exétif et judiciaire, empruntait son nom et ses attributs à la république romaine. On en voit à Rome dès l’an 900. Ces magistrats sont élus par les anciennes familles, les patriciens de chaque ville qu’on appelle alors le peuple; mais

1 M. de Savigny, dans son Histoire du droit romain au moyen âge, a donné les preuves de l’autorité continue du droit de Justinien, en Italie, jusqu’au onzième siècle.

cette élection les place bientôt à côté des prélats. Nommés en général tous les deux ans, leur nombre n’était pas partout le même. Il dépend ordinairement du nombre de quartiers ou de portes que compte la ville. A Milan, il y a douze consuls pour six quartiers ; à Gênes six, à Mantoue cinq, à Florence quatre, à Bergame douze, à Pistoie cinq, à Pise six. Le nombre des consuls varie même d’une époque à l’autre, mais leur pouvoir est à peu près le même partout; ils administrent la commune, ils commandent les citoyens armés; ils jugent. Gênes donne la première l’exemple de détacher du consulat la puissance judiciaire, qui d’ailleurs appartenait peut-être aussi dans d’autres villes, comme Pise, à des échevins, vice-comtes ou juges. Laissant le pouvoir politique aux anciens consuls nommés dès lors consuls de commune, elle investit du droit de juger, au commencement du douzième siècle, d’autres magistrats, qui prirent le nom de consuls des plaids.

La puissance des consuls, qui était égale à l’indépendance des villes, a pour mesure le degré d’autorité ou d’influence que les prélats, comme dans les villes lombardes et à Pise, ou les comtes, comme dans les villes de Toscane, ont encore gardé au milieu de leur défaite. Ils n’ont pas seuls toute la responsabilité. Ils sont ordinaire ment assistés d’un certain nombre d’hommes honorables ou instruits dans les lois et désignés dans les chroniques sous les noms de boni homines, juris et morum perili , sapientes, consiliatores, qui leur forment une sorte de conseil particulier et souvent secret, sous le nom généralement admis de credenza (credentia). À Gênes, cette assemblée, qui était intermittente, s’appelait le conseil des correcteurs de lois.

Dans un gouvernement dont la base était l’élection, l’assemblée générale des citoyens libres, le parlement, réunie par quartiers, au son de la cloche du beffroi, sur la place publique, est seule souveraine et juge en dernier ressort. Ce corps, délibérant en temps de paix, sert de cadre militaire en temps de guerre. Au moment du danger, il se divise en autant de compagnies qu’il y avait de

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