LIVRE I
plus faibles et des plus turbulentes, il se dirigea d’abord sur Constantinople, pour se rendre maître aussi du pouvoir en Orient, au nom d’Arcadius. Il fut arrêté par un ordre de cet empereur qui prétendit laisser le pouvoir à son propre ministre, Rufin. L’année suivante au moins (396), il voulut profiter de l’invasion prévue des Goths dans l’Attique et dans le Péloponnèse pour chercher à acquérir des droits à la faveur d’Arcadius en le défendant. Il débarqua donc avec une armée, près des ruines de Corinthe, dans l’intention de couper la retraite au chef des Yisigoths, Alaric, qui venait de piller Argos et Sparte; il le resserrait déjà et l’enveloppait sur les monts Pholoé, aux frontières de l’Élide, et espérait le forcer bientôt par la famine, lorsque Alaric, profitant de la négligence de quelques soldats, traversa les retranchements romains et regagna, à marches forcées, le nord de la Grèce.
Après cet échec du ministre d’Occident, Arcadius déclara Stilicon ennemi public et donna à Alaric le gouvernement de la province d’Illyrie orientale, avec le titre do maître de la milice. C’était détourner le danger, qui menaçait incessamment la Grèce, sur l’Italie, dont Alaric devenait le redoutable voisin et sur Stilicon lui-même.
Alaric, chef d’un vaillant peuple errant dans l’empire, avait maintenant sous la main plusieurs des grandes manufactures impériales où l’on fabriquait les armes nécessaires aux soldats, dans les villes de Margus, de Ratiaria, de Naïssus et de Thessaloniquc; il leur commanda une quantité considérable de lances et d’épées, de casques et de boucliers; et il parcourut les bords du Danube pour ramasser tous les débris épars de ce peuple visigoth qui avait, vingt-cinq ans auparavant, demandé asile à l’empereur Valons.
Stilicon ne se trouva pas prêt, lorsque, en 403, Alaric se présenta aux Alpes juliennes. Son activité suppléa au défaut de préparatifs. L’empereur Honorius, qui n’avait eu jusque-là que le gouvernement de sa basse-cour, promit de tenir dnns Milan; l’ordre fut donné aux troupes qui gardaient le Rhin, à celles même de la Grandu-Brelaguo,
de se diriger sur l’Italie. Le bruit se répandit déjà à travers les montagnes et les mers que la ville de Rome avait été prise,
Nonne velut capta rumor miserabilis urbe Trans fréta, trans Galios Pyreneumque cucurrit ?
Stilicon traversa lui-même les Alpes couvertes de neige, pour ramasser des auxiliaires parmi les tribus allemaniques. Honorius ne tint pas sa promesse. Quand l’ennemi eut passé le Mincio, l’Oglio et l’Adda, il s’enfuit de Milan, fut atteint et forcé de se jeter dans Asti que les Goths assiégèrent. Mais Stilicon tombe tout à coup des Alpes, franchit l’Adda, traverse le camp ennemi pour rassurer Asti, concentre ses troupes qui arrivaient de tous côtés par les Alpes, rejette les Goths au delà du Pô, et les resserre dans leur camp près de Pollentia. Le jour de la fête de Pâques enfin, au moment où, sans inquiétude, grâce à la solennité, ils célébraient le service divin, il les fait attaquer à l’improviste par un chef païen, nommé Saül. Le combat engagé, il accourt avec ses troupes fraîches, force le camp et y prend la femme même d’Alaric au milieu du butin. Le chef des Goths essaya vainement de réparer son échec en se jetant à travers les Apennins, pour faire une pointe sur Rome par la Toscane; il trouva partout devant lui son ennemi victorieux; et dans sa retraite il reçut encore une rude leçon près de Vérone, par la prise de laquelle il voulait assurer son retour et sa vengeance. Le poète Glaudien crut encore pouvoir célébrer par des vers de triomphe les champs de Pollentia et enseigner aux nations barbares à no point mépriser follement Rome.
O celebranda mihi cunctis Pollentia sæclis Discitc, vesanæ, Romani non lemnere, gentes !
Honorius alla célébrer à Rome un magnifique triomphe en l’honneur des victoires gagnées par Stilicon ; mais en transportant sa résidence dans la ville de Ravenne, bâtie sur pilotis aux bords de l’Adriatique et entourée d'impra-