‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 81 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

quartiers, chacune ayant son gonfalonier et son capitaine. Tous les citoyens, devenant alors soldats, placent au milieu d’eux, sur un carroccio traîné par quatre bœufs et surmonté d’un autel, l’étendard de la commune, le palladium de leur liberté, et ils marchent ensemble à l’ennemi.

Venise seule soustraite, grâce à ses lagunes, aux révolutions du reste de l’Italie, avait une constitution particulière et d’origine toute grecque. Le patriarche de Grado, définitivement vaincu dans ses prétentions par celui d’Aquilée, dépouillé de tous ses biens, obligé de transporter sa résidence à Venise et d’y vivre d’une sorte d’aumône faite par la ville, n’avait pu y prendre la position politique des autres prélats italiens. Le doge ou l’ancien duc y est toujours resté le premier magistrat et longtemps le plus puissant. A partir du onzième siècle, on limite cependant son autorité pour diminuer l’ardeur des factions qui se disputaient cette dignité supérieure. Le doge, décidément soumis à l’élection, est désormais assisté de six conseillers formant la seigneurie , dans l’exécution des lois, aidé dans l’exercice de la puissance judiciaire par un corps de juges nommé quarantie, et obligé dans les cas graves de prendre l’avis du conseil des plus notables citoyens ou pregadi. La république de Venise tournait déjà à l’aristocratie.

Il faudrait se garder de croire d’ailleurs que toutes ces petites républiques fussent autant de démocraties. Les petits artisans, journaliers, ouvriers, étaient en général exclus du corps des citoyens ; celui-ci comprenait au contraire un certain nombre de nobles de campagnes, vavassaux ou mêmes capitaines qui avaient pris le droit de cité, soit pour abriter leur indépendance sous la protection d’une association puissante, soit pour trouver dans les magistratures de la cité à satisfaire leur ambition. La plupart du temps, les fonctions de consul et celles de capitaine dans les compagnies leur étaient confiées, à cause de leur habileté dans le métier des armes et de leur nombreuse suite.

Les nobles des châteaux, dans les montagnes arides qui

couronnent la ville de Gênes, dont le vaste port occupe le point culminant de la courbe formée par la rivière du levant et celle du ponent, s’étaient de tous temps associés à la défense de cette ville contre les Sarrasins, et à ses entreprises commerciales qui se métamorphosaient assez souvent en expéditions maritimes et même en pirateries. Les Spinola, les Doria, les Negri, les Serra, remplissaient la plupart du temps les magistratures républicaines de Gênes. De même, et pour des raisons semblables, àPise, dans le beau delta formé par l’embouchure de l’Àrno, on voyait briller, dans l’administration de la cité, les Visconti, les Orlandi et les Sismondi. Quelques-uns y avaient bâti des palais, pris des intérêts dans les entreprises commerciales et accepté le gouvernement des îles ou comptoirs qui dépendaient de la république.

Dans les villes de la Lombardie, c’était le besoin de se liguer contre les prélats qui avait réuni les petits vassaux nobles et les bourgeois. Les premiers avaient presque toujours commandé les seconds dans la lutte commune. En revanche ils y avaient obtenu des honneurs, la permission d’y bâtir des châteaux forts et des tours, et ils y jouaient le premier rôle. La présence dans la même ville de la noblesse et de la bourgeoisie devait être bientôt la cause de fatales dissensions. Le grand danger pour l’indépendance et la durée des nouvelles républiques n’était cependant pas encore là , mais dans ces jalousies mesquines de commerce, dans ces ardentes rivalités qui y avaient pris naissance, en même temps que leur liberté.

Les croisades qui avaient donné un élan nouveau aux trois villes de Venise, de Pise et de Gênes, avaient été pour celles-ci la première occasion de leurs guerres. Elles avaient suivi avec ardeur le mouvement qui entraînait les chrétiens contre les sectateurs de Mahomet, plutôt par amour de la puissance et du commerce que par ferveur religieuse. Toutes trois puissantes déjà par leur domination : Venise sur les villes maritimes de l’Illyrie ; Pise sur ses voisines moins favorisées des Maremmes ; Gênes sur celles des deux rivières, elles avaient mis en mer un grand

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