LIVRE VII
nombre de vaisseaux pour transporter les croisés et établir des comptoirs en Asie. Venise qui sous son doge, Vital Michiéli, avait équipé deux cents vaisseaux, prétendit au monopole du commerce de l’Asie; et, dès la première expédition, livra bataille aux Pisans sur les côtes de Rhodes, avant d’arriver en terre sainte. Les Pisans, partis avec leur évêque Daimbert, qui devint patriarche de Gésarée, ne l’abandonnèrent pas sans combat ; avec les Génois, ils se firent même céder un quartier dans les deux villes de Laodicée et d’Antioche, dès l’année 1108. Mais Beaudouin II, roi de Jérusalem, décida la fortune en faveur des Vénitiens ; il leur accorda le tiers des villes de Tyr et d’Ascalon et, dans chacune des autres villes du royaume, un quartier, une église, une place, un bain, un four et un moulin, avec une complète indépendance. Aussi la république de Venise, déjà maîtresse de l’Adriatique, devientelle presque souveraine dans ces parages.
Les Pisans et les Génois cherchèrent des dédommagements dans la Méditerranée occidentale où les Sarrasins leur offraient encore une proie ; mais la rivalité les arma bientôt les uns contre les autres. Pise, déjà maîtresse de la Sardaigne et des îles Majorque et Minorque, prises sur les Sarrasins en 11 15, convoitait aussi la possession de la Corse que Grégoire VII avait revendiquée pour le saint-siège ; Urbain if la lui avait déjà donnée en fief, et Gélase II, Pisan d’origine, avait confirmé l’investiture en déclarant les évêques de Corse suffragants de l’église métropolitaine de Pise. Gênes, voulant avoir aussi une île de relâche dans la Méditerranée, la disputa à sa rivale en 1119. Le pape Galixte II, au concile de Rome (1123), essaya en vain de mettre d’accord les deux républiques et les deux évêques. L’archevêque de Pise, défendant opiniâtrément les droits de sa patrie et les siens, alla jusqu’à menacer le pape du refus d’obédience. Le pape Innocent II en 1133 parvint cependant à les réconcilier; il érigea l’église de Gênes en archevêché pour qu’elle fût l’égale de celle de Pise, et lui subordonna les deux évêchés des deux rivières et la moitié de ceux de la Corse, tandis que ceux
de la Sardaigne restèrent entièrement soumis à l’église de Pise.
Les rivalités des villes situées au milieu des terres n’étaient pas moins ardentes ; Milan n’avait cessé de poursuivre'Lodi qu’après en avoir dispersé les habitants dans quatre bourgs, Côme, qu’après avoir détruit ses forts et assujetti sa municipalité. Elle, ancienne ville romaine, se trouvait maintenant en face de la royale et lombarde Pavie, comme la romaine Mantoue en face de la féodale Vérone de l’Adige au Pô et, plus près, Crème en face de Crémone et Plaisance en face de Parme. Rivalités d’anciens partis, rivalités d’intérêts, tout contribue à les jeter dans des querelles incessantes qui ne se terminent une année que pour recommencer la suivante. Une fois seulement, en 1117, les villes lombardes avaient paru comprendre l’horreur et le danger de ces guerres fratricides. Sous l’impression de quelques phénomènes, de tremblements de terre, de pluies de sang, de tonnerres souterrains, les députés des principales villes de Lombardie se rassemblèrent dans une plaine voisine de Milan, sous la présidence de leurs prélats et de leurs consuls, en présence d’un peuple immense, pour aviser au moyen de faire cesser toutes ces querelles. Mais cette unique réunion ne paraît pas avoir eu de grands résultats; la présence de saint Bernard, un Français l’homme du siècle, à Milan, en 1135, malgré un succès momentané, n’eut pas un effet plus durable; celui qui terminait les schismes dans la chrétienté, qui déterminait la seconde croisade, fut impuissant à éteindre les haines de deux villes.
Vue révolution * Rome; un disciple de saint Bernard et un disciple d’Aballard (113f-fltt).
Cette renaissance de la liberté municipale fut l’occasion d’un des plus curieux événements de cette époque révolutionnaire en Italie. Un moine italien, Arnaud de Brescia, disciple du Breton Abailard, avait tiré les conséquences pratiques des doctrines théologiques du célèbro dialccti-