‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 84 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

par la présence du tribun; on assiégea, on démolit les tours des nobles, partisans du pape ; les barons, ses ennemis, devinrent les défenseurs de la république entièrement restaurée avec son sénat, son ordre équestre et ses plébéiens. La voix d’Arnaud semblait avoir ressuscité tout d’une pièce la vieille constitution ensevelie sous la poussière des siècles; les chapeaux rouges s’abaissèrent devant les faisceaux des Scipions ; peu s’en fallut qu’on ne crût voir se relever aussi la puissance de Rome enterrée sous les pas des barbares. Eugène III, pour rentrer dans la ville, demanda lui-même à prêter serment de fidélité à la constitution républicaine.

Ainsi la révolution municipale de Rome complétait, confirmait la révolution italienne. Dans toute la péninsule, moins le royaume de Naples, depuis Rome jusqu’à la dernière petite cité, le gouvernement républicain prévalait. La noblesse se trouvait heureuse d’être comprise dans cette organisation. Tout avait concouru à ce résultat, la force des armes, laprospérité née du commerce , le prestige des souvenirs et la puissance des idées. Saint Bernard avait d’abord écrit à Rome : « A quoi peut-on te comparer maintenant sinon à un corps sans tête et à une tête sans yeux. O Rome, nouvelle Sunamite, rentre en toi-même ! » Mais enfin il se résignait lui-même à la position faite au pape et écrivait à *»on disciple Eugène de laisser là les Romains, ce peuple récalcitrant [durœ ceruicis ), et d’échanger Rome contre le monde [urbem pro orbe mutatam). Restait l’empereur.

Depuis quinze ans une nouvelle dynastie, celle des Souabes ou des Hohenstauffen avait commencé en Allemagne. Mais son premier souverain n’avait pas encore mis le pied dans la péninsule nominativement soumise à l’empire, lorsque le célèbre Frédéric Ier Barberousse monta sur le trône (1152). Tout invitait le nouveau César à faire acte d’autorité en Italie. Le pape, les prélats, quelques seigneurs, mécontents de la tournure que prenaient les choses dans la péninsule, des villes mêmes opprimées par leurs voisines, le suppliaient de passer les Alpes. La plupart des Italiens étaient disposés à bien accueillir, sinon

à désirer sa présence. Encore tout pleins, malgré leurs pensées d’affranchissement, d’un respect superstitieux pour le nom magique d’empereur, presque aussi respectable pour eux que celui de république, ils prétendaient allier les droits de leur liberté avec leurs devoirs d’obéissance et d’hommage envers leur souverain ultramontain. Milan, la plus indépendante des villes lombardes, ne contestait point les droits suzerains du César féodal sur l’Italie ; les Romains, au milieu du délire d’imagination qui présidait à la rénovation de l’ancienne république, agissaient pour la plus grande gloire de l’empereur qui allait emprunter du rétablissement d’un sénat libre et indépendant un éclat tout nouveau. Arnaud de Brescia lui-même trouvait moyen d’accorder dans ses projets comme dans ses souvenirs d’indépendance la république avec l’autorité d’un empereur, investi non plus par le saint-siège, mais par Rome elle-même.

Quand le jeune empereur apparut à la descente des Alpes, dans les plaines de Roncaglia, en 1154, l’Italie fut à ses pieds et le reconnut comme souverain et comme juge. Chacun vint prêter les serments et offrir les présents d’usage ; devant lui furent portées les querelles des villes entre elles, des prélats contre les villes, du nouveau pape Adrien IV contre Arnaud de Brescia. Dans le Nord, Frédéric annonça ce qu’il devait être. Il ordonna aux Milanais de laisser les habitants de Lodi rentrer dans leur ville, qu’ils avaient ruinée, et prit d’assaut la ville de Tortone, qui lui avait résisté, pour en disperser à son tour les habitants. Pavie le couronna roi après cet exploit.

Mais Frédéric venait surtout réclamer la couronne impériale ; il reçut les envoyés de la république romaine et ceux du pape Adrien IV, resserré dans la cité Léonine. Ceux d’Adrien offraient à l’empereur le couronnement dans la basilique de Saint-Pierre, pour prix de la soumission do Rome, de l’abolition de la république et de la punition d’Arnaud de Brescia. Les députés des Romains voulaient couronner l’empereur au Capitole, au nom de l’ancienne république, maîtresse de l’univers ; mais ils exigeaient la

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