‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 85 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

reconnaissance de leur constitution et un présent de cinq mille marcs. Quand Frédéric ne se fût pas défié, par instinct de despote, de la liberté italienne, il ne pouvait consentir à soustraire sa couronne à la sanction sacerdotale pour la tenir en fief du consentement populaire ; c’était affranchir, il est vrai, l’empire du sacerdoce ; mais, du même coup, la liberté de l’Italie était confirmée et le saint-empire romain détruit. Frédéric était trop de son temps pour consentir à une semblable révolution. Il reçut gracieusement les propositions d’Adrien IY, et ramena durement les députés de la république à la réalité ; il leur rappela la décadence, la chute de Rome, leur montra l’empire, le sénat, les légions, la force et la grandeur passés entre ses mains, entre celles des Allemands. « Votre ville, leur dit-il, elle fut [fuit). » Et, s’ils en doutaient encore, il le leur fitbientôt sentir de tout le poids de son épée.

Quatre mille Allemands surprennent la cité Léonine. Arnaud de Brescia, qui s’était réfugié dans un château voisin, est atteint, livré au pape, brûlé en face du Corso, de bon matin, et ses cendres jetées dans le Tibre, « de crainte, » dit l’Allemand Otton de Freisingen « qu’elles ne fussent recueillies comme des reliques par l’imbécile religion de la populace. » Les Romains, frémissants de colère, attaquent le pont du château Saint-Ange, pendant que Frédéric recevait la couronne dans la basilique de Saint- Pierre. La réconciliation du saint-siège et de l’empire est scellée du sang de mille Romains tués dans le combat, sur le pont et dans Transtevère. Les autres actes de Barberousse comme empereur ne le recommandèrent pas davantage. Il soutint, au midi, les barons napolitains contre le fils de Roger II, Guillaume 1er le mauvais, et prit et saccagea, dans les environs de Rome, la ville de Spolète. Aussi au retour put-il se convaincre qu’il avait excité l’animosité générale. Les habitants de Vérone tentèrent de séparer son armée en deux sur l’Adige, en précipitant dans le fleuve des abatis d’arbres qui faillirent détruire le pont de bateaux qu’on y avait construit. Un hasard sauva Barberousse et son armée d’une ruine complète.

Irtdérle Barberouaae et Alexandre 111 (11S8>11S8).

Pour le malheur de l’Italie, Frédéric I" Barberousse était le César le plus infatué de ses droits qui eût encore passé les Alpes. Comme il devisait un jour entre deux docteurs italiens: « l’Italie n’est-elle pas à moi, disait-il; — à part la propriété, dit l’un; — et la propriété comprise ajouta l’autre. » C’était le sentiment de Frédéric. Droits impériaux à Rome, régaliens dans les autres villes, fiefs et alleux de la comtesse Mathilde, Naples, la Sicile et les autres îles, il revendiquait tout. Les Italiens s’en étaient déjà aperçus et prenaient leurs précautions. Milan rebâtissait Tortone, soumettait de nouveau Lodi et s’alliait avec les villes qui avaient même pensée de résistance qu’elle, comme Brescia, Crème, Plaisance. Le pape lui-même, Adrien IV, se trouvait en opposition avec l’empereur qui l’avait rétabli; il échangeait déjà avec lui des lettres menaçantes, et Guillaume le mauvais qui méritait son nom par les cruautés avec lesquelles il croyait raffermir son pouvoir le compromettait.

Frédéric Barberousse vint donc avec une armée plus nombreuse que la première fois, en 1150, pour montrer quelle devait être son autorité sur l’Italie. A la tête d’un grand nombre de princes et de chevaliers allemands, de toutes les milices des villes ennemies de Milan, la grande commune libre, et du petit nombre de seigneurs lombards restés indépendants, il se dirigea droit sur la capitale de la Lombardie. Brescia, effrayée, paya rançon. L’Adda, dont les Milanais avaient brûlé les ponts, fut franchi à la nage; Lodi, la victime de Milan, se releva par l’ordre de l’empereur, àquatre milles de son ancien emplacement; et Milan, bientôt cernée, capitula en voyant brûler ses maisons de campagne, arracher ses vignes et couper ses arbres ; elle consentit à payer neuf mille marcs d’argent, et restitua à l’empereur tous les droits régaliens, à la condition de conserver ses consuls astreints seulement à l’hommage.

Le droit devait achever ce qu’avait commencé le fer.

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