‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 86 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Solennellement couronné, encore, roi des Lombards à Monza, l’empereur assembla à Roncaglia une grande diète de prélats, seigneurs et consuls des villes, pour y déterminer les droits et les devoirs réciproques de l’empereur et du roi d’Italie et des cités lombardes. Les plus célèbres jurisconsultes du temps, Bulgare, surnommé Bouche d’or, Martin, copia legum, Jacob et Hugo, tous quatre professeurs à Bologne, furent les lumières de l’assemblée; le droit romain, enseigné alors avec une ardeur toute nouvelle, était l’autorité à laquelle tous recouraient d’autant plus volontiers que chacun y rencontrait ce qu’il y voulait trouver. L’archevêque de Milan le premier, en ouvrant la diète, livra au nom du clergé les libertés italiennes; il déclara, selon le droit impérial, que la volonté de l'empereur était la loi du peuple. Après lui, les juristes et les consuls, délibérant en présence de la majesté impériale et sous la pression de la victoire, ne firent que développer juridiquement cette loi ; ils adjugèrent à l’empereur tous les droits régaliens sur les marquisats, comtés et villes ; ils proscrivirent toute guerre privée, établirent en faveur de Frédéric un impôt de capitation, et lui reconnurent le droit d’élire les consuls des cités avec l’assentiment du peuple, à cette seule réserve près, que celles-là pourraient continuer à jouir de leurs privilèges, qui exhiberaient leurs titres.

L’application de cette théorie nouvelle du pouvoir impérial fut encore plus violente que sa déclaration même. Frédéric reprit sur la ville de Milan les territoires de Monza, des comtes de Martesana et de Seprio. Il fit détruire les fortifications de Plaisance et de Crème, qui avaient été ses ennemies; il réclama la suzeraineté de la Sardaigne et de la Corse sur les Pisans et les Génois, les domaines de l’héritage de Mathilde en toute propriété, et l’exercice de tous les droits régaliens dans les États de l’Église. Enfin, pour représenter sa personne et faire valoir ses droits, il institua dans les villes, sous le nom de podestats, des officiers impériaux investis de pleins pouvoirs.

Cette dernière mesure, qui rendait le despotisme impérial toujours et partout présent en Italie, souleva les ré-

sistances; les villes trouvaient la liberté dans le droit romain comme l’empereur y trouvait le despotisme. Les Milanais refusèrent au podestat le droit de nommer les consuls, et le chassèrent. Les Génois ne voulurent pas même recevoir les magistrats impériaux, et se mirent en état de défense. Frédéric divisa les rebelles pour en avoir plus facilement raison. Il traita avec les Génois, qu’il voulait d’ailleurs ménager pour ses projets ultérieurs contre la Sicile, et se contenta d’exiger d’eux un faible tribut. Mais il mit au ban de l’empire (1159) la ville de Milan, tête de l’hydre, et celles de Brescia, Plaisance et Crème. Crème, la première assiégée, résista pendant six mois, bien que l’empereur fît mettre au devant de ses machines les otages vivants de la malheureuse ville. Elle fut détruite, ses habitants trouvèrent refuge à Milan.

La mort d’Adrien IV envenima encore la guerre. Les cardinaux impérialistes élurent Victor III. Les amis de l’indépendance choisirent Alexandre III. Frédéric, soutenant maintenant les désirs de liberté des Romains, fit triompher Victor III. Alexandre III, de son côté, chassé de Rome, fit cause commune avec Milan et les villes lombardes ennemies de l’empereur. La querelle politique était compliquée d’un schisme. Frédéric voulut frapper tous ses adversaires dans Milan. Cette ville, assiégée dès 1160, déploya un héroïsme antique. Elle résista avec avantage aux milices italiennes des villes restées plus fidèles à leur haine particulière qu’à la cause générale de l’Italie. Elle brava même deux ans encore, en défendant scs murailles et en faisant des sorties, l’armée féodale allemande descendue des Alpes au secours de son empereur. Les Allemands incendiaient les moissons, brûlaient les villages, mangeaient les récoltes, coupaient le poing aux paysans qui cherchaient à introduire des vivres dans la place. En 1162 les Milanais cédèrent à la faim qui seule put dompter leur courage. Contraints de se rendre à discrétion, ces héros, divisés en cent détachements, la corde au cou, la croix aux mains, déposèrent leurs drapeaux aux pieds de l’empereur, assis sur son trône au milieu des siens, brisèrent leur carroccio ,

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