‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 87 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

symbole de la liberté; et n’obtinrent que la vie. Ils durent, sous huit jours, quitter leur belle ville, qui fut livrée à la vengeance intéressée de Lodi, de Pavie, et des comtes de Seprio et de Martesana. Ils subirent le sort qu’ils avaient imposé à Lodi, et furent dispersés dans quatre bourgades ouvertes à tout venant.

Cette exécution imposa partout la sentence des docteurs. Bergame, Plaisance, Bologne, etc., firent leur soumission. Les nouveaux officiers impériaux ou podestats, presque tous de rudes seigneurs allemands, furent institués dans la plupart des villes. L’empereur installa son pape, Victor III, dans Rome, tandis qu’Alexandre III fuyait en France; il ordonna à Gêneset àPisede cesser leurs longues guerres, fit roi de Sardaigne, en dépit de leurs prétentions, un certain Boriso, juge d’Arborée, et donna pour vicaire impérial à la Lombardie, pendant son absence, l’archevêque même de Cologne. L’Italie put mesurer à quel degré de servitude ses divisions intestines l’avaient fait tomber.

Perdue par la discorde, l’Italie se releva par l’union. Les Milanais, dispersés dans toutes les villes, avaient excité partout la pitié et le ressentiment contre leur vainqueur. Menacées un jour ou l’autre d’un sort semblable, Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, préférant, selon l’expression du chroniqueur, la mort à la servitude, ouvrirent les premières aux républiques italiennes la voie qui devait les sauver. Leurs consuls formèrent une ligue défensive contre le despotisme allemand. Frédéric, de retour à cette nouvelle, convoqua les milices des villes impériales. Mais il s’aperçut aisément, à leurs molles dispositions, qu’il ne pouvait plus battre l’Italie avec les Italiens, et il repassa les monts (1164) pour aller chercher les Allemands.

Son absence fut mise à profit. Le pape Alexandre III, à la tête d’une petite armée de Normands et d’Italiens, débarqua en Italie, marcha sur Rome où on avait élu un nouvel antipape, Pascal IV, en 11 65, et fut bien reçu, cette fois, par le sénat, qui voyait maintenant en lui le défenseur de ses privilèges contre l’antipape de Frédéric. Venise

était restée jusqu’alors indifférente aux affaires de l’Italie qui n’affectaient point son commerce avec l’Orient; menacée maintenant par l’accroissement prodigieux de la puissance impériale, elle reconnaît Alexandre III et accorde ses secours aux quatre villes de la marche Véronaise, qui chassent leurs podestats. Toute l’Italie, ayant à sa tête le pape, paraît levée contre l’empereur. Les deux puissances étaient encore aux prises-; mais c’était moins cette fois la lutte du spirituel contre le temporel que celle de l’indépendance italienne contre la domination allemande.

De retour seulement en 1166 à la tête d’une armée, Frédéric se tint en garde même contre les villes qui avaient toujours suivi son parti; il appela à lui le marquis de Montferrat, dont il augmenta le pouvoir, et les comtes et les capitaines, qu’il s’efforça de détacher des républiques; il ne logea plus désormais que dans les châteaux forts. Pour dominer la péninsule, les empereurs saxons avaient favorisé les villes contre la féodalité. Maintenant les Souabes favorisaient la féodalité contre les villes. Frédéric marche enfin contre Rome, afin d’y terminer le schisme. C’était, croyait-il, le nœud de la question. À force do ménager les seigneurs de la Romagne et de la Toscane, il parvient sans obstacle sous les murs de Rome, jette sur elle ses voisins jaloux, de Tusculum, s’empare de la cité Léonine, incendie l’église de Sainte-Marie, occupe Latran et installe son pape au Vatican, tandis qu’Alexandre III s’enfuit encore.

Mais la révolte éclata tout à coup derrière le vainqueur; les députés lombards de Bergame, Brescia, Mantoue, Ferrare, Crémone, suivant l’exemple donné, se réunissent à leur tour au monastère de Puntido et s’y conjurent. Au moment même où l’empereur prenait Rome, les murailles de Milan sont relevées et les exilés rappelés. C’est la ligue lombarde, son drapeau est salué par l’armée des nouvelles milices. Le climat vient à point prêter mainforte aux confédérés. La fièvre maremnane du mois d’août s’abat sur l’armée de Frédéric et enlève les hommes par milliers, sans respect même pour les plus nobles têtes. Arrivé au

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