‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 88 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

milieu des morts et des mourants, et grâce seulement au secours du comte de Montferrat, dans la ville royale de Pavie, toujours à lui, l’empereur croit en imposer aux rebelles en mettant toutes les villes de la Lombardie au ban de l’empire. Cet acte détermine le mouvement; Plaisance, Parme, Bologne entrent dans la confédération. On renouvelle le serment de ne faire ni paix ni trêve avec l’empereur, ni avec son fils, de s’entr’aider et de se défendre mutuellement jusqu’à ce qu’on ait reconquis les bonnes coutumes de Henri V. L’Italie se levait enfin une fois, presque unanime, pour la liberté! Menacé de toutes parts, l’empereur eut beaucoup de peine à s’échapper à travers les Alpes, gardées par ses ennemis, et courut péril de la vie à Suse.

La ligne lombarde; bataille de liCgnan»; trêve de Venise et paix de Constanee (ttes-tliS ).

Le départ de l’empereur fut le signal d’une explosion générale. Le mouvement commencé dans la marche véronaise se répandit dans tout le Nord. Les villes de Novare, Verceil, Como, Asti et Tortone entrèrent dans la ligue. Quelques nobles, le comte de Seprio, le marquis Obizzo Malaspina lui offrirent leurs épées. Il y avait aussi un beau rôle à jouer pour la noblesse ; elle pouvait se mettre, dans cette lutte de l’indépendance, à la tête de la bourgeoisie ; et les classes, au lieu de livrer la patrie à l’empiro par leurs rivalités, se réconciliaient dans la liberté commune. L’Eglise donnait l’exemple. Alexandre III, de retour, prêchait dans la Lombardie une vraie croisade de l’independance. On put croire un instant que la domination allemande allait tomber sous un effort commun. Au confluent du Tanaro et de la Bormida une nouvelle ville, bâtie en commun par des serfs et des manants pour tenir en respect l’impériale Pavie et le marquis de Mon tferrat, fu mise sous l’invocation du pape avec le nom d’Alexandrie Elle défendra les Alpes de ce côté. Un collège de recteurs, placés à la tête de la confédération, donne plus d’unité et

de force au gouvernement général de la ligue; quelques podestats, qui étaient de noblesse italienne, s’offrent euxmêmes à défendre les villes qu’ils avaient gouvernées au nom de l’empereur. D’autres cités chassent ceux qui restent fidèles, et, retournant contre Frédéric l’épée suspendue sur elles, confient leur défense à des podestats nommés par elles-mêmes. Enfin, les villes même de la Romagne, Ravenne, Rimini, etc., entrent dans la ligue libératrice qui embrasse presque toute l’Italie.

Laissé comme vicaire impérial en Italie, l’archevêque de Mayence, Christian, ne put lutter contre ce mouvement. Il excita Gênes contre Pise, qui perdit la Sardaigne dans cette lutte; il jeta les flottes de Venise, qui n’oubliait jamais ses intérêts, contre Ancône, qu’il alla assiéger par terre. Mais la ville résista à ce double siège. Des plongeurs allaient couper les cables des navires vénitiens. Des femmes mêmes se mêlèrent aux sorties par terre pour aller incendier les tours des impériaux. La famine sévit; on ne veut pas se rendre. Quelle pitié attendre des Allemands et des Vénitiens, des étrangers et des rivaux? Les milices de Bertinoro et de Ferrare arrivèrent encore à temps pour délivrer l’héroïque ville.

Mais, après six ans de répit, en l’année 1174, Frédéric Barberousse, avec une formidable armée d’Allemands du Nord, arrive aux Alpes occidentales, passe le mont Cenis, et annonce par l’incendie de Suse le sort qui attend les villes qui oseraient le braver.

La ville nouvelle d’Alexandrie était fortifiée si légèrement et avec tant de hâte, que les Allemands l’appelaient Alexandrie de la paille; mais elle avait quinze mille hommes de mercenaires et était entourée d’eau. Elle arrêta Frédéric, le marquis de Montferrat et les Pavcsans pendant quatre mois, et donna le temps à la Confédération de rassembler son armée. Lorsque l’empereur, obligé de brûler son camp, se dirigea sur Pavie, Eccelino le Moine, puissant Seigneur du Frioul, et Anselme de Doara, Lombards choisis pour commander l’armée de la ligue, gardaient le Tessin avec des forces supérieures. C’était uno

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