‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 89 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

armée toute nouvelle, composée de miliciens, à pied pour la plupart, fournis par les villes de la ligue. Ils n’avaient qu’à engager le combat; l’empereur était probablement perdu. Mais les Italiens, malgré leur haine contre Frédéric, respectaient encore en lui le souverain féodal de l’Italie, le successeur des Césars; ils ne prétendaient faire qu’une guerre défensive. Frédéric, s’étant bien gardé d’attaquer, l’armée lombarde laissa passer, l’arme au bras, son légitime seigneur, qui alla se reposer à Pavie.

Touché de ce respect et frappé du caractère de la résistance, Frédéric se montra plus traitable. Une trêve fut signée pour entrer en négociation; on convint de s’en remettre pour la conclusion d’une bonne paix à des arbitres, en réservant seulement les droits du saint-empire et de la sainte Église. Les deux armées, qui avaient été sur le point de combattre, furent licenciées. Les envoyés du pape et de l’empereur, ceux des villes, s’abouchèrent. On ne put cependant encore s’arranger; il fallut une bataille pour trancher la question politique et religieuse.

Frédéric, en sommant ses vassaux allemands de soutenir sa querelle, éprouva un premier et grave désappointement. Le chef de la maison de Welf en Allemagne, Henri le Lion, mécontent que Frédéric eût racheté de son oncle de Bavière la plupart de ses droits sur la Toscane, refusa à l’empereur le service de ses vassaux, et, pour la première fois, rendit ainsi sa maison et son nom chers aux Italiens. Vainement l’Empereur se jeta à ses pieds. « Tiens bon », dit un des vassaux du Lion à son maître, « tu verras bientôt sur ta tête la couronne qui est à tes pieds » L’empereur, avec ses seuls vassaux du Rhin et des Pays- Bas, ses auxiliaires italiens de Pavie et du Montferrat, marcha néanmoins contre l’armée des confédérés promptement reformée près de Legnano (29 mai 1176). Les Allemands eurent d’abord le dessus et pénétrèrent assez près du carroccio de Milan, porté au milieu de l’armée; mais deux compagnies lombardes, sous le nom de cohortes de la mort , avaient juré de mourir plutôt que de reculer d’un pas et de laisser toucher le saint étendard. Celles-ci, après

avoir invoqué Dieu et saint Ambroise, se relevèrent, mirent la pique en avant et chargèrent les Allemands avec tant d’impétuosité, qu’elles les jetèrent en fuite et les précipitèrent dans le Tessin; l’empereur, culbuté, laissa son1 écu au pouvoir des vainqueurs, et ne reparut que quelques jours après, à Pavie, où on le croyait mort.

Frédéric songea sérieusement cette fois à terminer la guerre aux meilleures conditions possibles. S’il s’entêtait en Italie, il allait perdre l’Allemagne. Avant tout, il chercha à traiter avec le pape, f>our mettre la religion hors du débat. Alexandre, heureux de voir l’empereur vaincu, ne désirait pas l’abattre; il déclara d’abord qu’il ne voulait point séparer ses intérêts de ceux des villes alliées et du roi de Sicile, mais assurer aussi une juste indépendance aux républiques du Nord et au royaume du midi. Frédéric, en obtenant un traité séparé des villes do la Toscane, envers lesquelles il se montra très-généreux, commença à l’ébranler. La ville de Venise fut choisie comme terrain neutre pour rendôz-vous des ambassadeurs du pape, de l’empereur et des Etats italiens. Tournée tout entière du côté de l’Orient, auquel elle avait prétendu longtemps appartenir, subordonnant tout aux intérêts de son commerce, Venise était la plus désintéressée dans la question. Elle consentit à recevoir les plénipotentiaires dans ses murs, mais à la condition expresse de n’être pas comprise dans le traité, de crainte de conférer à l’empereur l’ombre même d’un droit.

Le pape Alexandre III et les envoyés des principales villes furent reçus au monastère Saint-Nicolas du Lido. Frédéric se tenait seulement près de là, à Césène, pour ne point peser sur le congrès par sa présence. La situation réciproque des villes et de l’empereur était le plus difficile à régler. Les Italiens ne contestaient point à Frédéric ses droits impériaux sur l’Italie; mais chaque ville voulait maintenir tous les privilèges dont elle avait joui de temps immémorial; de là de nombreuses et inextricables difficultés. Pour terminer enfin quelque chose, l’empereur proposa au pape de faire la paix entre le sacerdoce et l’em-

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