LIVRE VII
pire, et seulement une trêve de six ans entre l’empire et les villes, et de quinze entre l’empire et le royaume de Sicile. Alexandre III y consentit à condition que la trêve serait suivie d’une paix définitive. Frédéric sacrifia son pape et reconnut Alexandre; relevé de l’excommunication, il obtint pour quinze ans les biens de Mathilde, sur la possession desquels un tribunal arbitral devait ensuite prononcer; et une messe solennelle de réconciliation réunit le pape et l’empereur dans l’église Saint-Marc, en présence du doge Ziano, du patriarche et d’un grand concours de peuple. Une dalle de porphyre rouge marque encore dans le vestibule de Saint-Marc, à droite de la porte d’entrée, la place où se rencontrèrent le pape et l’empereur. En souvenir de cet événement, Alexandre III donna au doge un anneau que le chef de la république jeta dans la mer pour épouser l’Adriatique; et, depuis, chaque année, il recommença ces ambitieuses fiançailles, tant que Venise, en effet, fut libre et maîtresse de cette mer.
Si l’empereur Frédéric n’eût été fortement occupé en Allemagne pendant les années suivantes, Alexandre, en faisant sa paix à part, eût peut-être compromis pour les villes les résultats de la bataille de Legnano. Ce n’était pas sans motifs que, tout en paraissant s’occuper de la paix, Frédéric cherchait et réussissait à détacher tous les jours quelque nouvelle cité, comme Turin, Verceil, de la ligue lombarde. Il semblait encore assez redoutable pour que Alexandrie même cherchât à se faire pardonner son origine, et échangeât son nom glorieux contre celui tout autrement significatif de Gésarée. Le temps de la trêve s’étant néanmoins écoulé sans que Frédéric pût quitter l’Allemagne, la paix fut signée à Constance (1183, 25 juin); elle assura aux villes qui avaient fait partie de la ligue les bénéfices de la victoire de Legnano, autant que le permettaient les regrets de l’ambition impériale et la fascination du vieux droit césarien.
Dans le préambule du traité de paix, Frédéric recevait en grâce les cités et les personnes. Après avoir ainsi conservé l’attitude du souverain, l’empereur abandonnait le
choix des consuls pour ne se réserver que l’investiture et cédait aux villes tous les droits régaliens qu’elles avaient eus de temps immémorial, nommément le droit de faire la guerre, de se fortifier et d’exercer la juridiction tant civile que criminelle. En cas de doute sur l’authenticité légale de cette possession, la décision de l’évêque de la ville, as sisté de quelques citoyens, devait faire foi. Mais, en retour, toutes les villes confédérées juraient d’aider l’empereur à conserver ses droits sur la péninsule, de livrer passage à lui et à son cortège à travers l’Italie pour prendre sa couronne, de lui fournir les vivres, les gites, de réparer les routes et les- ponts sur son passage; enfin tous les citoyens de quinze à soixante et dix ans devaient lui prêter un serment de fidélité qui serait renouvelé tous les dix ans.
Cette paix, avantageuse pour les villes lombardes, n’assurait pas l’indépendance de l’Italie; elle ne résolvait rien définitivement. Les villes seules qui avaient fait résistance y étaient comprises; c’étaient Crémone, Milan, Lodi, Bergame, Ferrare, Brescia, Mantoue, Vérone, Vicence, Bologne, Ravenne, Rimini, Modène, Reggio, Parme, Plaisance, Bobbio, Tortone, Alexandrie, Verceil et Novare. Encore, ces villes n’avaient-elles stipulé que des libertés spéciales, locales, non nationales; elles avaient abandonné à l’empereur le domaine politique de l’Italie, et promis de lui en faciliter toujours la prise de possession. Les autres villes, comme Padoue, Crémone, Gênes , Tortone, Ivrée, Turin, Ravenne, Rimini, etc., ainsi que le seigneur de Montferrat, trouvaient leur liberté dans leur fidélité à l’empereur. Réserve et division funestes! en poursuivant la liberté sans la nationalité, l’affranchissement des villes sans celui de l’Italie, la Lombardie avait fait une chose contradictoire, scellé des libertés particulières et la servitude commune. « L’épée de l’Allemagne », a dit Quinet, « restait suspendue sur l’Italie, le sceptre de César, du haut des Alpes, en tenait la poignée. »
uist. d’italir-