‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 91 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Réunion de la Melle et de l'empire ; Henri II (llSSdtM); la monarchie universelle.

L’Italie ne tarda point à s’apercevoir que la liberté locale sans l’indépendance commune était précaire. Après la mort du brillant Roger II, le royaume normand du midi, formé d’éléments divers, avait continué à prospérer, malgré la tyrannie efféminée et cruelle de Guillaume Ier le Mauvais, promptement réparée d’ailleurs par le règne de Guillaume II le Bon, ce véritable âge d'or de la Sicile, s’il en faut croire les poètes méridionaux et la tradition populaire. Barons normands et Lombards, villes grecques avec leur gouvernement municipal et hordes musulmanes sous leurs alcades, tous y vivaient en paix sous une administration forte et tutélaire. Mais on prévoyait que Guillaume le Bon ne laisserait pas d’héritiers. La couronne revenait alors à sa tante Constance, fille de Roger II. Frédéric II forma l’espoir d’obtenir cette princesse pour son fils et son héritier Henri, quoiqu’elle fût plus âgée que lui.

Quelle autorité ne devait pas prendre en Italie la maison do Hohenstauffen , si elle devenait maîtresse de ce beau royaume, dont les fondateurs avaient été les protégés et plus encore les protecteurs du saint siège? Maîtresse de la couronne impériale et de celle de Sicile, de l’Allemagne et du midi do l’Italie, elle tiendrait la papauté et les villes lombardes serrées comme dans un étau. Mais les armes n’y pouvaient rien; six expéditions de Barberousse en Italie avaient suffisamment prouvé que les armées impériales ne pouvaient arriver même aux frontières du royaume. Mais Frédéric Barberousse était devenu plus politique avec l’âge, non moins dangereux pour l’indépendance italienne.

En l’année 1184, on vit le grand empereur arriver accompagné seulement d’une escorte d’honneur, en souverain tout pacifique. Reçu et fêté magnifiquement dans la ville qu’il avait rasée vingt-cinq ans auparavant, il se montre prodigue de faveurs aux Milanais et envers la plupart des cités lombardes qui avaient été scs ennemies. Dans la Tos-

cane et dans la Romagne, il favorise la noblesse territoriale contre les villes qui ne suivaient toujours que de loin le mouvement lombard. A Rome, il soutient le Sénat et le peuple toujours récalcitrants à l’autorité du saint-siège, contre le successeur d’Alexandre, Lucius III, qui lui refuse en retour la couronne pour son fils Henri, etil l’envoie, pour le punir, à Vérone, où il meurt. Tandis qu’il endormait ou divisait ainsi les Italiens, il demanda au roi de Sicile, Guillaume II, Constance, seule héritière du trône, pour l’héritier de l’empire, Henri.

Le saint-siège avait compris le danger; mais les papes, toujours en querelles mesquines avec les Romains, dès que les grandes luttes étaient finies, errant d’Assise à Tivoli, n’osaient montrer qu’un mauvais vouloir impuissant, et le successeur de Lucius ne pouvait sortir de Vérone. Le mariage entre le fils de Frédéric et Constance fut célébré à Naples en 1186, en dépit du saint-siège, qui suspendit les évêques présents à la cérémonie; et, le soir même, le patriarche d’Aquilée posa sur la tête de Henri la couronne refusée par le pape. Ce mariage et le couronnement réparaient pour l’empire la défaite de Legnano. Frédéric pouvait aller mourir dans les eaux du Selef, 1190, pendant la troisième croisade. «Celui qui, dit un historien, n’avait pas vu un coin du sol italien où il n’eût mis la marque de son talon de fer », laissait un fils et un héritier plus puissant que lui.

Henri VI, fils de Rarberousse, apprit en effet presque en même temps la mort de son père en Asie Mineure et celle de Guillaume le Boh en Italie, et il se trouva ainsi à la fois roi de Germanie , d’Italie, d’Arles et de Naples. Reconnu en Allemagne malgré l’opposition du fils de Henri le Lion, le nouveau souverain se mit en devoir de recueillir les fruits d’un mariage si dangereux pour la liberté de l’Italie. Déjà le' parti national, qui ne voulait pas d’un roi étranger, avait nommé roi à Naples Tancrède, comte de Lecce, fils naturel d’un frère aîné du dernier roi. Henri VI, arrivé en Lombardie (1191), ménagea les villes comme son père, pour sc faire livrer passage. Arrivé près de Rome, où le pape Céles-

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