‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 92 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

tin III et les Romains étaient, comme il arrivait souvent, en querelle avec Tusculum,dont les barons avaient si souvent, de leurs tours crénelées, menacé et bloqué la ville éternelle, il va assiéger la forteresse, en égorge les habitants, incendie et rase la ville, dont il ne resta plus que quelques cabanes en terre, couvertes de feuillage, d’où sortit la ville moderne de Frascati ( Frasche , feuilles). Cette première expédition ne réussit point cependant. Naples résista vaillamment ; l’armée allemande se morfondit et se fondit dans les marécages, au milieu de pluies torrentielles. Henri VI repartit pour l’Allemagne.

De retour en Italie en 1193, ce roi, plus ambitieux et plus tenace encore que son père, ne ménagea rien pour sa revanche. Il avait une nouvelle armée, de l’argent. Mais c’était une flotte surtout qu’il lui fallait, parce que Naples assiégée avait toujours été ravitaillée par mer dans la précédente campagne. Henri VI promit à deux villes italiennes, Gènes et Pise, toujours prêtes, comme les autres, à ne suivre que leurs avantages, tout ce qu’elles demandèrent : à la première, Syracuse et cinquante fiefs de chevaliers dans le val de Noto; à la seconde, Gaëte, Trapani, la moitié de Palerme, de Messine, de Naples. Tancrède de Lecce était mort dans l’intervalle, et ne laissait pour héritier qu’un enfant, Guillaume III, sous la tutelle de sa veuve Sybile. Naples, Palerme , les deux rives du Phare, ne résistèrent point à la coalition de l’armée allemande et des flottes de Gènes et de Pise. Palerme se rendit et livra le jeune Guillaumeà Henri VI, quilefit émasculeret jeter en prison.

L’Italie connut alors ce joug de fer. Non-seulement, au mépris de ses promesses, Henri VI refusa aux Génois et aux Pisans tout ce qu’il leur avait promis, mais il enleva à ses nouveaux sujets, nobles, prélats, villes, les droits ou privilèges qu’ils possédaient, et brisa toutes les résistances par des cruautés odieuses, qui lui valurent les noms d’impitoyable et de cyclope de Sicile. Il était borgne. Mais, c’était l’Italie entière qu’il voulait soumettre à ce régime. Pour y parvenir, il entreprit de relever maintenant au Nord la féodalité contre les villes qui avaient vaincu son père.

Déjà Frédéric Barberousse, en 1184, avait confié à la maison d’Est, maîtresse de châteaux bâtis sur la riante chaîne des monts Euganéens , le vicariat de Milan et de Gênes. Henri VI chercha à s’attacher les seigneurs de Romano, dont les forteresses couvraient les sommets des derniers prolongements des Alpes tyroliennes, pour tenir en respect les villes de la Marche Véronaise; il favorisa les châtelains des deux versants de l’Apennin contre les villes de la Romagne et de la Toscane. Dans l’italie centrale, il fit davantage encore contre la papauté, qu’il voulait rejeter dans Rome, où le Sénat et le peuple imposaient alors à Gélestin III une sorte de charte qui le dépouillait en réalité du pouvoir temporel. Il établit duc de Toscane son propre frère Philippe de Souabe , fit duc de Romagne son sénéchal Markwald , et ressuscita le marquisat de Spolète en faveur d’un autre de ses serviteurs, du nom de Conrad Luzenhard.

Jamais souverain du moyen âge ne fut plus près de la domination universelle. Tl voulait rendre la monarchie impériale héréditaire, en la faisant passer de son vivant sur la tête de son fils. Maître de l’Allemagne, de l’Italie, il rêvait d’accomplir, avec des forces bien plus considérables, ce que Guiscard avait tenté, la conquête de l’Empire grec et de Constantinople, qui eût rétabli, au profit de l’Allemagne, l’ancienne unité de l’empire romain.

Si Henri VI eût vécu plus longtemps, et n’avait pas compromis son œuvre par sa cruauté, il eût peut-être réussi. Tout fut remis en question par sa mort prématurée, à laquelle sa femme Constance ne fut peut-être pas étrangère (1197), et surtout par l’exaltation d’un pape énergique, hardi, décidé à tout tenter pour arracher la papauté et l’Italie, l’Europe peut-être, au péril qui les menaçait : Innocent III (1 96), de la noble famille romaine des Signia. Après un tout puissant empereur, un grand pape! comme on avait déjà vu Sylvestre II après Otton le Grand et Grégoire VII après Henri III.

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