‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 96 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

mendiants fondés par ces saints. La pensée romaine inspirait et conduisait tout; le règne de la théocratie semblait arrivé.

Maître du monde, Innocent pouvait-il souffrir un r;val en Italie? Il entreprend donc de déposer l’empereur qu’il a créé et de ramener au trône la famille qu’il en a précipitée. Il lance l’anathème contre Otton, fait épouser Constance, la fille du roi d’Aragon, à son pupille, au jeune . Frédéric, au Gibelin, au fils de Henri VI, et il l’envoie en Allemagne, en exigeant seulement de lui la promesse de laisser la Sicile à son fils au berceau, et de ne jamais réunir sur sa tête la couronne de l’empire et celle de Païenne. L’indépendance du saint-siège, la liberté de l’Italie, le salut du principe guelfe étaient à ce prix.

Ce revirement de la politique pontificale, en mettant à une nouvelle épreuve l’esprit cependant mobile des Italiens, jeta le plus grand désarroi parmi ceux qui s’appelaient déjà Guelfes et Gibelins, et qui, se trouvant placés entre leur drapeau et leur principe, ne savaient plus distinguer l’un de l’autre. Tandis que l’empereur Otton IV, abandonnait l’Italie pour conserver l’Allemagne, où le le jeune Frédéric le suivit bientôt, la guerre éclata parmi les cités et les seigneurs de la péninsule. Plus fidèles au nom qu’au principe de leur faction, les Milanais et une partie des villes qui avaient combattu pour la liberté de l’Italie, sous le drapeau du saint-siège tenu par Alexandre III, se refusèrent, en dépit des injonctions du pape Innocent, à reconnaître le petit-fils de celui qui avait fait raser leurs villes. Pavie, Parme, et les villes toujours dévouées à l’empire contre le saint-siège, embrassèrent cette fois la cause du pape, servie par un Gibelin. Dans la Toscane seulement, et dans la Romagne, les villes se montrèrent plus conséquentes : Spolète, Florence et les villes de la ligue guelfe, en vertu du serment prêté à Innocent III, abandonnèrent Otton IV pour le jeune Frédéric, malgré les nobles des Apennins et la ville de Pise toujours dévouée aux personnes et aux principes gibelins. Parmi les seigneurs, plus généralement

fidèlps au principe qu’au drapeau, le marquis Azzo d’Este, aida le Gibelin Frédéric, devenu le représentant du parti guelfe, contre Eccelino le Moine, resté dans le parti de l’empire. L’alliance conclue au nom du même drapeau, mais avec des principes différents, d’une part entre Eccelino et la ligue milanaise, de l’autre, entre Azzo d’Este et la ligue pavésane, ne fut pas l’exemple le moins étrange de cette confusion des personnes et des choses, des mots et des idées.

L’incertitude des esprits et le trouble des opinions faisaient la part trop belle aux rivalités particulières des nobles, à la haine des bourgeois des villes contre ceux-ci, et à la jalousie des gens de petits métiers contre les gros bourgeois, pour que la lutte ne descendît pas jusqu’au sein du même parti, de la même cité, de la même famille. Mais ce qui mit le comble à la confusion, ce fut à ce moment même la propagation de l’hérésie des catharins et des patarins, frères des Albigeois, contre lesquels Innocent III déchaîna ses milices nouvelles de saint François d’Assises et de saint Dominique. On combattait gibelins contre Guelfes, concitoyens contre citoyens, hérétiques contre moines mendiants. L’excommunication allait frapper dans tous les rangs, mais principalement, au milieu des familles nobles ou des cités, ceux que leur opposition à la politique du saint-siège faisait accuser plutôt que les autres de tolérance ou même d’affection pour les hérétiques.

Au milieu de cette guerre de tous les instants et sur tous les points à la fois, le parti pontifical triompha en Italie, comme Frédéric, reçu avec enthousiasme dans le pays de ses pères, l’emporta en Allemagne sur Otton IV. La guerre était partout et Innocent conduisait tout en Europe. A la bataille de Bovines (1214), Philippe-Auguste, son allié, combattait dans les partisans d’Otton ses propres ennemis; et à la bataille de Moret, dans le midi de la France, Montfort culbutait pour lui les hérétiques et le roi d’Aragon. En Italie, Eccelino le Moine, il est vrai, parvient à dominer avec sa faction dans la plu-

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