‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 97 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

part des villes de la Marche, par la mort d’Azzo d’Çste, qui ne laissa qu’un enfant en bas âge, incapable de soutenir son parti. Mais la ville de Milan essuie défaites sur défaites; et, dans la Toscane, Florence, à la tête des autres villes guelfes, attaque les châteaux et les places fortes des gentilshommes, étend sa banlieue à leurs dépens, et les force à prendre le droit de bourgeoisie dans ses murs.

C’est le commencement de la puissance de cette ville, forte encore par sa simplicité et ses mœurs, sobria e pudica, dit Dante; heureuse si la première querelle qui éclata bientôt parmi les nobles nouveaux venus, entre les Buondelmonti et les Amidei, ne lui avait annoncé, au commencement même de sa grandeur, la cause de ses malheurs futurs, si bien comprise plus tard par le poète :

« Semprc la confusion delle persane

Principio fu del mal délia cittade. »

« La confusion des classes fut toujours le principe du mal dans la cité. »

Le concile de Latran, rassemblé par le pape en 1215, pour les intérêts de la foi en Orient et 'en Occident, et pour la réconciliation de l’empire et de l’Italie, achève de montrer quelle était la puissance d’innocent III. On y prêche une croisade nouvelle en faveur de Jérusalem. La guerre des Albigeois y est discutée devant le pontife. Le roi d’Angleterre, le traître Jean sans Terre, y implore la protection pontificale. Innocent III y fait reconnaître Frédéric II comme roi légitime d’Italie, et excommunie les Milanais à cause de leur attachement à son rival et aux catharins; son refus seul de donner encore la couronne au jeune vainqueur, tant que vivrait Otton, laisse un prétexte à la lutte, qui fut encore très-vive. Une partie de ces résolutions devait être cependant frappée de vanité. Innocent III mourait, en effet, un an après (17 juillet 1216), témoin d’une guerre universelle des chrétiens au lieu de la paix universelle qu’il avait rêvée. Il avait rendu son chef au parti gibelin en Allemagne et en Italie, c’est-àdire ranimé la lutte dans les deux pays. Le fils de Phi-

lippe Auguste guerroyait, en Angleterre, le nouveau vassal du saint-siège. Les Albigeois, favorisés par l’opinion publique, relevaient la. tête. Personne ne songeait à Jérusalem, et l’empire latin chancelait déjà. Le pape voulait se mettre à la tête d’une croisade, lorsqu’il expira tout-puissant mais sans les grandeurs de l’exil qui achevèrent de couronner Grégoire VII.

Frédéric II et Grégoire IX ; bataille de Corte-Ioora (*»#•-* *41).

Frédéric II, avait été couronné roi des Romains à Aixla-Chapelle du vivant d’innocent III ; mais, celui-ci mort, il avait prétexté la jeunesse de son fils pour ne point se démettre encore du royaume de Sicile. Il comptait sur l’affection et la faiblesse du successeur d’innocent, Honorius III qui l’avait élevé. Et il ne se trompa point. Né en Italie, parlant de préférence la langue italienne, le jeune Frédéric n’était pas homme à renoncer comme il l’avait promis à la domination d’un pays qu’il aimait avecpassion. Seulement, élevé à l’école d’innocent, joignant à la violence do l’ambition germanique une prudence toute méridionale, il ne procéda point comme son grand-père Frédéric Barbeberousse. Il flatta les désirs du nouveau pape en promettant de partir pour la croisade, se fit couronner à Rome, avec sa femme Constance, dans l’Église Saint-Pierre, envoya son jeune fils le représenter en Allemagne et demeura en Italie.

Installé là, il ne parut d’abord occupé que du soin de gouverner son royaume. Il y acheva, en effet, ce qu’avait commencé Roger et que les successeurs de celuici avaient laissé dépérir; il dompta les nobles, rassembla un parlement à Gapoue, révisa tous les privilèges, réforma tous les abus du système féodal, et transporta de Sicile dans la Capitanate, à Lucera, une colonie entière de vingt mille Sarrasins, pour servir aux desseins qu’il méditait. C’était un prince d’une espèce nouvelle que ce Frédéric IL Entouré de savants grecs, juifs, arabes, de médecins et de

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