‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 98 sur 338 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

docteurs en droit, il avait la passion d’innover et il croyait pouvoir pénétrer même les secrets de la nature. Il fondait une université à Naples et faisait rédiger pour ses sujets de Sicile, d’après les principes de la raison, un code de lois qui porte son nom. Pour lui des baillis jugent au civil et au criminel ; une haute cour d’appel s’ouvre aussi à Capoue. Plus de guerre privée, plus de duel judiciaire, plus de droit de bris, plus d’intérêt usuraire.

Cette autorité d’un genre nouveau, c’était sur l’Italie tout entière que Frédéric voulait l’étendre, mais il prétendait y arriver surtout par la politique. Attiré naturellement dans les querelles infinies qui la divisaient encore, il renoue les liaisons de l’empire avec ses partisans gibelins, prend occasion de toutes les querelles, pour s’immiscer dans scs affaires et ne cache point ses préférences pour son véritable parti. Il nomme Thomas de Savoie, son lieutenant en Lombardie; il crée un comte dans la Romagne, et laisse aller les choses en Toscane, où, grâce à l’émancipation des nobles et des villes, pape et empereur ne pouvaient plus rien réclamer. Il continue enfin, à endormir Honorius en promettant la croisade, et trouve toujours de nouveaux prétextes à ses délais, sans lasser le pape, qui lui fit même épouser lolande, fille de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, afin d’assurer mieux l’expédition. Les villes cependant furent moins confiantes. En 1226, lorsque Frédéric convoqua une grande assemblée des états à Crémone, sous prétexte de terminer toutes les querelles de la péninsule, Milan, Bologne, Alexandrie et huit autres villes, au lieu de répondre à son invitation, conclurent entre elles une ligue défensive de vingt-cinq ans, sous le nom de societas Lombardorum. Désunies par leurs inimitiés particulières, elles se réconciliaient tout-à-coup, devant leur ennemi commun qu’elles avaient tout à coup reconnu malgré ses déguisements. Henri, roi des Romains, qui avait été appelé par son père, ne put passer les Alpes et Frédéric II lui-même faillit être tué à Bologne. Honorius intervint et fit faire la paix entre les villes et l’empereur mais, comme on pouvait s’y attendre, pour peu de temps.

L’ avènement en 1227 de Grégoire IX, vieillard nonagénaire, d’un caractère violent et d’une indomptable volonté, ajouta l’inimitié du saint-siège à celle des villes lombardes. Nouveau représentant de la théocratie romaine, qu’il avait vu fleurir dans sa jeunesse, celui-ci ne rêvait que la croisade qui montrait le pape comme chef des chrétiens. Il ordonna à Frédéric II d’accomplir enfin son vœu. Frédéric s’embarqua à Brindes pour la Terre Sainte, mais il revint tout à coup à Otrante ramené par la peste et la tempête. Grégoire IX n’admit point cette excuse, et, commençant par où il aurait dû finir, il lança l’excommunication contre l’Empereur et mit le feu à la Lombardie. Frédéric, obligé de plier, dissimule encore; il se contente d’exciter sous main les Frangipani à Rome contre le pape, et accomplit avec grand fracas son départ pour protester contre la violence du pontife (1227). Arrivé en terre sainte, il apprend sans s’effrayer que la Lombardie est soulevée, qu’un chapelain du pape marche avec Jean de Brienne, quelques soldats et des alliés siciliens, contre Naples, et que le pape le frappe de nouveaux anathèmes. Il prend lui-même sur l’autel la couronne de Godefroy de Bouillon dans l’église de Jérusalem, et, par un traité avec le sultan d’Egypte, que le pape dénonça comme un exécrable forfait, il s’assure la possession de cette ville que tant do croisés n’avaient pu reprendre par les armes (1229). Do retour en Italie, après ces étranges exploits ii n’a qu’à courir de Brindes à Lucera et à ramasser scs fidèles Sarrazins pour faire fuir son beau-père, le chapelain et les porte-clefs au delà du Garigliano et détacher, bon gré mal gré, par le traité de San Germano, le pape des villes lombardes en lui promettant des secours contre les Romains qu’il avait soulevés.

La politique était l’arme favorite du petit-fils de Barberousse. Après avoir accompli son vœu, mais à sa manière, aux yeux de la chrétienté, il reprit son œuvre interrompue et convoqua à Ravenne en 1231 une diète solennelle dans l’espoir d’éteindre sans combat entre les villes et dans les villes, des guerres qui ne semblaient

BIST. D’ITAUE. 13

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