EN FRANCE. XXI
démagogues de la Commune et du ministère ; ie rapport de Roland les déshonorait, et les poursuites criminelles les menaient à l'échafaud ; mais c'était en même temps bien téméraire, car ces attaques obligeaient la Commune à exterminer les girondins, pour ne pas en être exterminée.
La question ainsi posée et acceptée, la Commune riposta avec larme toujours nouvelle et toujours la même des constituants et des girondins ; elle organisa de grandes pétitions, portées à l'Assemblée par des soulèvements et des émeutes en armes.
19 octobre, pétitions des 48 sections de Paris, se résumant dans ces bravades ordinaires : « Paris a donné la liberté au reste de la France, Paris saura la maintenir (1). »
Le 21 octobre, pétition spéciale du faubourg Saint-Antoine, lue par un bruyant imbécile, qui se nommait le brave Gonchon, et qui avait succédé à Santerre (2).
Le 22, menace d'une invasion de l'Assemblée par les ouvriers armés du camp de Montmartre (3).
Tout cela demandait le retrait du décret relatif à la force déparmentale ; et quoique le bataillon marseillais et le bataillon brestois fussent déjà arrivés, les girondins eurent peur, et, le 5 mars 1793, Boyer Fonfrède demanda et fit voter le licenciement de ces troupes^ L'attaque contre la Commune était donc repoussée. Celle qui était dirigée contre Danton ne résista pas davantage. Roland avait bien rendu compte des fonds secrets relatifs à la sûreté publique ; mais sommé par Robespierre, le 21 janvier, de rendre compte des dépenses relatives à la presse et aux proclamations dont il avait inondé la France, l'insuffisance de ses explications amena la suppression du Bureau de l'Esprit public, dont Mme Roland était l'âme.
Restait. l'attaque la plus grave, celle qui mettait en cause les promoteurs des massacres de septembre, c'est-à-dire Marat, Danton, Panis, Jourdeuil et la Commune elle-même ; les grands ressorts furent mis en mouvement pour la repousser; une députation du club des jacobins se présenta à la barre de la Convention, le 8 février, et l'orateur y tint ce langage : « Si la morale réprime les massacres, la politique les justifie; et, comme l'a dit un de vos
(1) Moniteur du 21 octobre. 1792, séance du 17.
(2) Moniteur du 23 octobre, séance du 21.
(3) Moniteur du 24 octobre, séance du 22.
WII rHÉORIE W.s &|VQf.UTIONS
membres, Isnard, tes vengeants populain* gggj un tyg$J^gj0 «m tilence des lois (1). »
L'audace d'une telle apologie montrait que les jacobins étaient *ùps de triompher; en effet, malgFé la résistance des girondift», Je décret qui ordonnait la poursuite des assassins fut immédiatement rapporté.
Voilà dong les grondins vaincus ; et, de la défaite ù la mort, il n'y a que le temps du l'exécution- Leur extermination, fut donc résolue; et Lpuvet d^lare qu'à partir de celte époque, il découcha, toutes les nuits (2).
Le projet auquel s'arrêtèrent d'abord les meneurs de la Commune fut d'assassiner les girondins en pleine Convention, à t'aide d'une émeute; l'exécution fut fixée au 10 mars, et confiée à un brigand nommé Fournier, dit l'Américain. Prévenus paf Loqvpt, les girondins n'allèrent pas à la séance. D'ailleurs le teWP* n'était pas propice- Pétion, averti du danger, ouvrit sa fenêtre et dit : U pleut, il n'y aura rien (3). 11 avait fomenté assez de troubles pour savoir qu'un émeutier, qui fte recule pas devant le sang recule devant la pluie-
Le cqup ayant manqué, qn attendit un, prétexte- Cependant l'impatience gagna Jes esprits, et, le 3 avril, RofiPlgiçrre proppsa un décret contre Brissut. C'était }e signal. \M péUPnS* demandant un acte d'accusation contrp les girpndiqs, tombèrent au§pi drues Çup celles qu'ils avaient fait gignpr contre Louis $>T. Celle dB *4 avril, faite au nom des 48 sections, et portée dans tous Jpç carrefours, au son du tambour, (ut lue h 1» barre par Je pwire Barbe, ancien
commis de Rpland-
Traqués comme des b,êtps fauves, les girondjns demandèrent, le 30 avril, par l'organe de Guadet et de >'igée, que l'Assemblée lût transférée à Versailles, tant étajt odieux le jqug que la populace de Paris imposait à lu Cqnypntipn. La demande fie fut pas accueillie ; juste châtiment de ceux qui avaient organisé les émeutes du W juip et du 10 août.
Tout annonçait un résultat violent et prpcbain- Le journal d'Hébert, \e Père Duçhe^e, y poussât publiquement ft avec énergie. La commission dite des Douze, où dominaient les girondins. Ht
(1) Moniteur du 10 février 1793. 8é»nce du 8.
(2) Louvot. Mém., p. 28.
(S) nUu p. 27.
EN FIUWF, JfXUÏ
arrêter Hébesl dans la nuit du 24 au 15 avril, La Commune accepta le défi. Elle se présenta à la Convention, le 2S, et demanda ^ ^~ ber^é d'Hébert. Vingt-neuf sections l'appuyèrent, et exigèrent, avec la liberté d'Hubert, la mise en accusation de la commission des Pouzç.
La bataille était irrévocablement engagée, t/igsue pe s'en fit pas attendre. Dans la nuit du 30 au 31 mai, une nouvelle. Commune, plus accentuée que celle du 10 août, s/empara de l'Hôtel de, ville, araaa les indigents et les ouvriers sans ouvrage, et leur donna une paie de 2 francs par jour; cette paie fut portée à 6 francs, le {I juin, qui était le jour du coup (l). Toutes ces forces étaient mises sous lf? commandement d'Henriot, ancien domestique, ancien voleur, ancien tuaur de septembre.
L'envahissement permanent de l'Assemblée, les décrets insensés qu'elle dut rendre étaient les douloureux épisodes de l'agonie des girondins, qui furent décrétés d'arrestation et arrêtés effectivement le 2 juin.
Le 31 octobre, quinze jours après le supplice de la reine, l'échafaud reçut ceux d'entre eux qu'avaient épargnés le suicideetles loups.
Ainsi, les girondins, ces hommes qui étaient à la fois des royalistes modérés et des républicaips, modérés, parce que en eux l'ambition avait atrophié les principes, avaient renversé Louis XVI sans le savoir-, et é^evé 4 sa place les montagnards çans le vouloir.
Qqels paient les tym^mes qni composaient cette RQuyplle couche politique, etqui prirent leur place? Voici la défjnjjtiqn qu'eu, donnajt Pantpi), l'un d'eux, au lihr§ire Prudhomme, qui l'a rapportée :
« Je suis de la montagne, npus pe formons qu'une faible minorité dans l'Assemblée, et nous ne sommes qu'un tas de gueux, bien, inférieurs ep talents auçgifon^ips- Ils, npus, feraient guiUpt^er gi pous avions le dessous, en npus faisant un crime du 10 août, des jQurpées d§ septembre et de la mort deCapet, dont ils ont étP d'accord. Nous avons plus d'audace qu'eue, et 1^ papajtje est à. nps ordres (2). »
Si nous résumons en quelques mots ce qui précède, nous trouvons qu'il a suffi de quatre années pour substituer à l'action régulière et protectrice exercée sur la France par la monarchie, la dictature
(1) Toir, sur la révolution du 31 mai, les procès-verbaux de la Commune et le» séances de la Convention. Moniteur du 31 mai au 5 juin 1793.
(2) Pi^dhpjnrae, Histoire impartial? des Révolutions, \. ÏY, p. 27 J, 572.