XXIV THÉORIE DRS RÉVOLUTIONS
abrutie el abrutissante des bas-fonds de la population parisienne, presque tout entière formée d'hommes étrangers à Paris. Deux groupes, également inconscients du mal qu'ils faisaient, ont opéré ce bouleversement : les constituants, par esprit d'utopie; les giron-, dins par esprit d'ambition.
Comme leur but, leur instrument fut le même : les hommes des clubs tenus en haleine, et menés en laisse, ainsi qu'une meute à la £curée. Lorsque, le 1er prairial an III, les faubourgs soulevés envahirent la Convention, en demandant la Constitution de 93 <'t du pain, l'un des orateurs de l'émeute s'exprima ainsi : • Vous voyez devant vous les hommes du 14 juillet, du 10 août et du 31 mai (1). »
Aujourd'hui, tous ces hommes sont morts ; mais leur esprit, éternel comme le génie du mal mêlé à la nature humaine, souffle toujours dans les résidus inférieurs des 'grandes agglomérations urbaines; et c'est lui qui, reprenant leur œuvre interrompue, a hissé au pouvoir les ambitieux du -i septembre et les assassins de la Commune. Encore une fois, et par les mêmes moyens, Paris a ressaisi sa dictature sur la France.
Depuis le 2 janvier 1869, la direction parlementaire s'était substituée à la direction impériale; et, au moment du crime, l'Empereur était prisonnier.
L'histoire dira, à son jour, les causes qui déterminèrent Napoléon III à se départir de la Constitution du 14 janvier 1852 ; el pourquoi il se résolut à glisser peu à peu dans la Constitution du 8 mai 1870, qui était le rétablissement du régime parlementaire.
Il suffit à notre objet actuel de rappeler que, sous la Constitution de 1852, il ne seproduisit jamais la plus petite altération dans la sécurité publique, et que, sous la Constitution du 8 mai 1870. le projet de renverser l'Empire fut organisé par les clubs, aux funérailles de Victor Noir, le 10 janvier 1870 ; formulé en proposition légale, ;\ lu tribune le « août, et exécuté, le 4 septembre, au Corps législatif, [»ar la garde nationale armée, auxiliaire, sinon instigatrice, de l'émeute.
Favorisées par l'abandon graduai des institutions et de la politique de I8.v2, lt- minorités hostiles à l'Fmpire s'enhardirent pi reprirent
(1) Prudhomme, Histoire impartiale des Révolution, t. IX, |>. •".'.
fit FRANCE. xxv
leurs projets. L'amnistie qui suivit de près la guerre d'Italie ramena les hommes de désordre. Deschanel, Rogeard, Bancel reparurent; les incapables des écoles du quartier latin fermentèrent. L'inexécution de la loi de 1791 sur les travailleurs, de l'article 291 du Code pénal et de la loi du 10 avril 1834 sur les associations, suivie de la loi du 25 mai 1864 , qui faisait disparaître le caractère délictueux des coalitions, livrèrent les grandes agglomérations ouvrières aux démagogues. La nouvelle législation sur la presse, du 11 mai 1868 et la loi du 10 juin 186$ sur les réunions publiques accélérèrent le mouvement révolutionnaire.
L'Empereur affectionnait, non pas le socialisme, comme on l'a dit, mais toute la classe ouvrière ; et il se montra toujours favorable aux combinaisons, aux institutions qui étaient considérées comme pouvant améliorer les conditions des travailleurs. Les partis abusèrent de ces dispositions morales du souverain, si pleinement partagées par l'Impératrice. Sous le masque de Sociétés de crédit mutuel, de Sociétés coopératives, de Sociétés de consommation, des meneurs organisèrent les ouvriers en groupes politiques (1). La secte des libres penseurs, réunion d'athées, dite des solidaires, se manifestant par les enterrements civils; la secte démagogique des Blanquistes, vouée aux souvenirs et aux œuvres de la Terreur, recrutèrent activement parmi les ouvriers égarés; et, dès 1866, l'armée de l'émeute était en voie de formation (2). En 1867, les diverses corporations ouvrières formèrent leur fédération; en 1869, elles s'unirent à l'Internationale, déjà créée en 1864 (3).
L'n témoignage, fondé sur une longue étude de cette matière, apprécie ainsi les forces révolutionnaires de Paris à cette époque : hommes disposés à prendre l'initiative de l'insurrection, de 2 à :j,000 ; hommes prêts à suivre le mouvement une fois commencé , 30,000; hommes prêts à grossir l'émeute, 25,000 (4).
Tout ce mouvement qui s'opérait en bas avait ses chefs et ses bénéficiaires en haut. MM. Jules Simon, Henri Martin, Chaudey et beaucoup d'autres étaient inscrits, avec leur numéro d'ordre, sur le registre de l'Internationale (5). Régère, depuis lors condamné et
(1) Enquête sur le ft septembre. Déposition de M. Nusse, p. 384.
(2) Ibid. Déposition de M. Mouton, p. 229.
(3) Ibid. Déposition de MM. Tolain et Heligon, p. 539, 562.
(4) Ibid. Déposition de M. Nusse, p. 224.
(5) Ibid. Déposition de M. Fribourg, p. 576.
XXVI THK0FI1F ££$ firVOMmONS
transporté, iHtii pu r|UtifM G»mlliôi*«B ayec M- Jules, SÙW (1). 0êp «elidairea se eurent auto^és à aile? imposer. » M- Mea Favre | dbligatipn rie se déclarer athée-
H ï ftv#U dope uqion et entente entre les cpefs, de l'opposition, ej Us hommes de l'émeute. Dans )ef pqçasipns s,p|ennelles, les révolutionnaires de l'étranger éiajent appelés, Ainsi, à. la fin d'avril 1870, et à loccasion du plébiscite, les. journalistes étranger* et les chefs des associations ouvrières furent Féunii efees J^ Cçéeùeys (a), L^pr nova de» chef! du mouvement avec les député* 4fl VflPP9sUJon avait lieu dans un local de la rue de. la SftUFilière, QÙ lurent appela, la vaille du & septembre, Belesclua.p et Pianwi (3),
Mais, il arriva aux chefs de la ligue contre l'EmpereuF ?e gui était arrivé au* ehef* de la Ligue sous Louis. XVI et contre le§ ppnslituans : ils furent pramptement dépassés et débordés. Bès 1809, ceu* gui, comme M. Jules Favee, pouvaient paraître relativement modérés» n'étaient plus soutenus aux élections pap les démagogues. Battu su premier tour, dans sept ou huit collèges, M. Jules Fftvre ne passa qu'au soeQqd tour, i Paris, et avec beaucoup de peina. Les impatients des club6 s'imposaient aux candidats et aux députés. Ils exigeaient des. manifestations publiques, et MiUièreet Qeleseluse devenaient les maîtres de l'opposition parlementaire et les arbitres de la France (4).
Au commencement de 1870, tout était ppôt pour l'assaut. Le 10 janvier, las funérailles de Victor Soir {parurent une occasion favorable, et le mot d'ordre généra] fut donné; cent milla individus se réunirent à Passy; on devait, après la cérémonie, marcher sur le Cpcps législatif et sua les Tuileries; la fermeté du gouvernement et l'attitude des troupes arrêtèrent tout (B).
Il fallut attendre une autre occasion; la funeste jssue des batailles de Reischoffen et de Forbach la fournit.
Le Corps législatif et le Sénat ayant été convoqués extrao?dinairement pour la ft août, ce jour fut choisi par l'opposition et les clubs pour opérer une révolution. M. Jules Favca apporta à la
(1) Enquête |t*r U k septembre» Déposition de >t. Jules Simon, p. ..w ,•
(2) Ibid. Déposition de M. Créaunux, p. 578.
(3) Ibid. Déposition de M fiietri, p. &SI.
|4) Ibid. Déposition do M. Jules Priry, p. 182. (S) Ibid. Déposition de M. Wetri, p. 861.
nibune une déclaration fiQ fj&tytaiç*; loi strier» forent fe«nô§;
e| vers quatre Ueurqs, le, CQFPS législatif fut env&lejpé par- des forces jnsureetiQnnelles égales | çe}le» du ^ §eptjmfe?e. H y avait gu la veille des conciliabules dan? lesquels PU avait djetàé d# prosterner la république sur la place de la ÇqrçcQpd^ (|)j J'attitude. calme et résolue du njaréchal Çaraguey d/flilligr^ gouverneur i§ Paris, fit échouer l'entreprise (£),
U meute était lancée ; gfl, Jules, ferry et <M. ftnrnier Pages \W pouvaient pjus retenir les hQmmes, 4'^MPH ilh Poussé cornue ses collègues, U. Picard Q§a, le 1.Q apùt, menacer le gpuvernemjnt a} la majorité d'avoir recours 4 l'intervention populaire, Le 14 août, |a caserne 4eç pompiers de la Yillette fut attaquée, en p}ein jouj, par des bandes commandées par Mes (4) ; et un caporal de sepvice et une jeune fille furent tués.
^sûrement, une attitude énergique du pouvoir jmrajt tenu §n
échec les fprces révolutionnaires, y bruit d'un coup d/gtat, mji s'était répandu, jeta l'opppsitipn dans, les pltjs. vives teçreurs (6) ; raqis il survint, }e 17 août, un événement qui rassura pleinement l'émeute, qui ajouta à ses forces ayeug!es et irrégujièr.es J'appui des natations réguliers de Belleyille, et qui rendit ainsi possible par avance le premier coup de main 8Ue l'un tenterait : ce| événement, ce fut la nomination du général Trochu, Ù4vesti par l'Empereur, s ÇMlons, des fonctions de gouverneur de Paris. Dès ce jour, l'émeute eut un complice et fut assurée de vaincre.
\\ n'entre pas dans mon sujet de raconter les détails qui accompagnèrent l'accomplissement du crime du 4 septembre ; je. me bornerai 4 montrer les cau§e§ qui le produisirent»
Deux causes amenèrent l'envahissement du Corps législatif, la proclamation de Ja république et rétablissement du (Souvecnement «évplntionnaire et usurpateur du 4 septembre. Ces deux causes furent l'étroite union des députés de l'opposition, surtout des députés de Paris, avec les meneurs de la démagogie organisée; et puis la complicité, d'abord secrète, ensuite publique, du général Trpçhu, commandant, en sa qualité de gouverneur, les forces militaires de
(1) Enauéte sur le 4 septembre. Déposition de Tj/l. Macé, p. llf, {2) Ibid. Déposition de 'M. Pietri, p. 253.
(3) Ibid. Déposition de M. J. Ferri, p. 239; de M. Garnier-Pagès. p. {Ul.
(4) Ibid. Déposition de M. Pietri, p. 253.
(5) Ibid. Déposition de M. Tbtefc, p, 16.