EN FRANCE. XXIX
bandes armées qui venaient pour l'assaillir. Cet argument toucha peu la Chambre. Alors, les meneurs de l'opposition réussirent à circonvenir les deux questeurs, qui mandèrent les commissaires de police, et les invitèrent à se retirer avec les sergents de ville et les gardes de Paris.
Les commissaires de police, hommes intelligents) et loyaux, refusèrent d'obtempérer à l'invitation des qu esteurs. Ils firent observer avec raison que le droit de réquisition de ces derniers ne dépassait pas l'enceinte du Corps législatif, et que les corps armés placés sur la voie publique relevaient exclusivement de l'autorité militaire, investie de tous les pouvoirs, en vertu de la loi sur l'état de siège. En cet état de la question, et pour mettre un terme à ce conflit, les questeurs se retirèrent devers l'officier général chargé du commandement des forces envoyées pour protéger l'Assemblée. Déférant à l'invitation des questeurs, M. le général Caussade donna l'ordre aux troupes de police, ainsi qu'à la garde municipale et à la gendarmerie départementale, d'abandonner les postes qu'elles occupaient. Cet ordre n'était pas exécuté depuis cinq minutes, que l'émeute se rua dans l'enceinte du palais du Corps législatif, dont les affidés lui ouvrirent les portes (1).
Les tribunes de l'Assemblée ayant été envahies les premières, le général comte de Palikao déclara avoir vu> de ses yeux vu, les signes que M. Gambetta fit aux envahisseurs pour les déterminer à des- . cendre daos la salle, ce qu'ils firent (2).
A deux heures, l'envahissement était complet. Dès lors, la représentation nationale était supprimée et la souveraineté du peuple usurpée. Le communard Régère, qui était allé joindre M. Jules Simon, ayant rencontré M. Thiers dans les couloirs, lui dit : « Nous venons de faire une révolution; vous savez comment on s'y prend pour cela, vous qui en avez fait deux (3).
Qu'avait fait, pour empêcher cet ignoble attentat, M. le général Trochu, chargé, en sa qualité de gouverneur de Paris, de la défense du gouvernement, c'est-à-dire de la sécurité des corps délibérants, du ministère et de la personne de l'Impératrice-Régente ?
(1) Enquête sur le k septembre. Déposition de M. Pietri, p. 356, 318, 361; de M. Duvernois, p. 123.
(2) Ibid. Déposition du comte de Palikao, p. 167.
(3) Ibid. Témoignage du comt« Daru, dans la déposition da M. Jule» Simon, p. &03.
XJIX THÉORIE DÉS AÉVOLUriO.Nii
Rien!
Ce n'était pas le dévouement en paroles qui lui axait manqué, lïntotlré, ad Séiû du gouvernement, de justes défiances, et mis solennellement en demeuré, en plein conseil des ministre*, de déclarer ce qu'il ferait si, dans une effervescence populaire, lés Tuileries étaient àttàqUêeSi Voici quelle avait été sa réponse !
M J'ai lieu dé m'étontièr que l'qfl s'obstine à poëer Une tclie question à un général français. En acceptant les fonctions de gouverneur de Paris, j'ai dû me placer en faôé de cette supposition, que
1.1 BYWASÎiÊ OU L'ASSEttBLÊË POCftRAtÈNf ÉTAË MENACEES. S'il en était
ainsi, je répond;!, avec ^a vieille M brétousê, que, pôor dépendre
LA DYNASTIE, Jfc VIENDRAI M£ î*'àU1E ÎCEft Sl'R LES MaRC&ES DES TciLË-
russ (!).
Lliûpèritricë répondit: * Pensez avant tout à sauver la France je sais lé fcort qui peut être réservé à la dynastie. En Ce qUi me concerne, je désire me retirer dignement. »
Le Conseil terminé, H. le général TrochU dit à M. Jérôriie David» Sortant avec lui : « Cette femme est admirable, c'est une Romaine \ je suis trés-impressionnë de sa tenue, dé sa conduite; elle a tout mon dévouement. »
A l'heure bù l'Impératrie-Régente, seule avec quelques amis tidèles dans le palais des tuileries, déjà envâni, montait en voiture pour mettre sa dignité et sa personne à l'abri des outrages, M. le général Trochu, gouverneur de Paris, ayant à ses ordres toutes les forces militaires delà capitale, se rendait à cheval au-devant de &. iules Favre, de M. Picard et de M. Jules Ferry, marchant à la tête de l'émeute victorieuse ; et tout aussitôt, se trompant de marchés, au lieu de monter celles des Tuileries, sur lesquelles il avait. au nom de sa foi bretonne, juré de mourir, il montait celles de l'Hôtel de ville, où il allait, non pas môme recevoir, mais exiger la présidence du gouvernement insurrectionnel, qui lui fut accordée (2).
Les révolutionnaires du 4 septembre, parvenus au pouvoir bfti les moyens qui y avaient porté cetu du 10 août, ont logiquement amené ce qu'avait produit le 10 août, l'exécrable tyrannie de la Commune de Paris ; et finalement, chassés de ce pouvoir usurpé,
Ù) Enquête sur te & septembre. Déposition de M. Jules Braiuc(p. 8H.
(2) Ibut.
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comme leurs devanciers, ils ont recueilli la réprobation et la honte comme les bénéfices les plus clairs de leur ambition criminelle.
Nous nous étions proposé de montrer comment les révolutions s'opèrent en France. On vient de voir qu'elles ont toutes le môme point de départ, les mêmes moyens, le môme résultat ; elles commencent par l'ambition, se développent dans l'impuissance, et s'achèvent dans le mépris.
A. Gbanier de Cassagnac,
Ancien député au Corps législatif, membre du conseil général du Gers, maire élu de la Tille de Plaisance.