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CHAPITRE PREMIER

Situation, intérieure dix pays après Je plébiscite du S mai 1870 et avant la déclaration, de guerre.

Organisation antiplébiscitaire. — Àclionde la presse, des réunions publiques, des associations.— Agitation ouvrière. — Tentatives d'émeute. — Les députés de la gaucho et leurs électeurs. — Force du gouvernement impérial. — Le .parti d'action recule devant de simples sommations.

Le plébiscite du 8 mai 1870 avait réuni plus de sept millions et demi de suffrages affirmatifs. Les chiffres du scrutin avaient trompé les calculs du parti révolutionnaire et comblé l'attente de tout un peuple.

A Paris même, dans ce foyer permanent de haines frondeuses et de passions démagogiques, le vote avait donné un résultat inattendu et contraire à ce que semblaient annoncer les élections législatives de 1869. Défalcation faite des bulletins déposés par cette masse toujours pi été pour le désordre, et qui fait successivement les journées de juin et celles de mars et de mai, une forte majorité restait acquise à la dynastie napoléonienne.

Apres viugt-deux années de gouvernement, l'Empereur obtenait ainsi, dans le plus libre des votes, une majorité supérieure à celle qui l'avait rappelé de l'exil et investi du pouvoir. Il recevait un témoignage éclatant de la reconnaissance qu'inspiraient au pays la sagesse de son règne et ses efforts couronnés de succès, pour la grandeur et la prospérité de la France.

Par cette acclamation nouvelle, la nation consacrait formellement la régence éventuelle de l'Impératrice, l'hérédité certaine du Prince impérial ; elle assurait la régulière transmission de la couronne ; elle associait au trône, le jeune Prince qui avait reçu dans son berceau, les bénédictions au Saint -Père et les hommages de l'Europe réunie,

au Congrès de Paris et qui, après nos malheurs, au milieu des déchirements de l'heure présente, reste pour tant de cœurs fidèles, l'espoir et la garantie de l'avenir.

Tout semblait donc sourire à ce pays, victime et jouet de tant de révolutions. Une ère nouvelle de stabilité et de repos s'ouvrait devant lui, malgré les menées incessantes de la démagogie.

"Vaincu, mais non découragé, le radicalisme avait conservé l'organisation de ses comités anti-plébiscitaires. Il se préparait à de nouvelles attaques et nous trouverons dans l'enquête, la preuve de ses projets, qu'a pu seul faire réussir le concours de l'étranger.

L'agitation prenait diverses formes. Elle se produisait, à main armée, par la voie de la pre?se, par les réunions publiques, à l'aide de la libre-pensée, des manifestations des solidaires, par le tumulte dans les écoles, par les congrès d'étudiants, par la Ligue de la paix et de la liberté et par l'Internationale qui tenaient l'une et l'autre leurs assises en Belgique ou en Suiss«, de façon à avoir le même personnel aux deux réunions qui se succédaient chaque année.

Voici les dépositions qui se rapportent à ce mouvement :

m. Marseille. — D'après les renseignements qui me sont parvenus de toutes les sources jusqu'en 1860, le pays était calme, et il n'y avait d'agitation ni dans la classe ouvrière, ni dans la jeunesse des écoles.

A ce moment, à la fin de la campagne d'Italie, l'empereur jugea à propos de décréter une amnistie générale.

A la suite de cette amnistie, nous arrivèrent les anciens déportés, aigris, mécontents, très-désireux de tirer vengeance des souffrances par eux endurées. Aussitôt un mouvement se produisit dans tout le pays. Ce mouvement se manifesta surtout dans les écoles et dans certaines parties de la classe ouvrière.

Dans les écoles, le mouvement se manifesta par des publications qu'on disait être des publications littéraires et qui avaient toutes un but politique : — le mouvement de la jeunesse, etc. C'est dans ces publications que les hommes de la Commune ont l'ait leurs premières armes. Ainsi Jules Longuet, Verniorel, Pierre Denis ont écrit dans ces journaux, et c'est là qu'ils ont commencé à se faire une petite notoriété. Il y avait là Jules Vallès et quelques hommes qui ne manquaient pas de valeur.

Un membre. Pourriez-vous nous en nommer d'autres?

m.marseille. — M. Deschanel, notamment, Rogeard et Rancel, envoyaient des articles. Ces hommes étaient revenus de l'exil, d'autres y étaient encore.

Ainsi on avait déconsidéré le gouvernement par tous les moyens possibles: on se iéuniss.nt, on s'aguerrissait : oa commençai! te disordre dans les rues pour arriver à l'aire mieux un peu pli s lard, Oo

CONTEMPORAINE à

semait l'agitation parmi les habitants de Belleville ; on les armait de barres de fer pour briser les devantures des boutiques; on leur faisait faire des barricades, qui furent, il est vrai, enlevées par la troupe sans un coup de fusil. Mais tout cela préparait le mouvement.

Voici ce qui s'est produit à cette époque: on a profité de la fermentation des esprits pour tâcher deproduire des manifestations dans la rue; on en a fait. 11 fallait naturellement qu'on empêchât ces manifestations, qui devenaient trop dangereuses: le gouvernement et l'administration eurent cette idée qu'il fallait avant tout prévenir une répression sévère; on évita défaire intervenir l'armée, et on mit en présence de la foule la police. Pendant deux ou trois jours, cette police fut obéie; mais bientôt la foule s'aperçut que la police avait des instructions modérées; on en profita, on commença à frapper les agents, qui tout naturellement s'irritèrent et arrivèrent à riposter. Les journaux de l'opposition saisirent ce prétexte pour dire : — Vous le voyez, on a armé les sergents de ville de casse-têtes, c'est une boucherie qu'on veut faire; — et bien d'autres choses qui semaient la haine contre les agents et contre le gouvernement. La vérité est qu'on leur avait interdit l'usage des casse-têtes. Maintenant quelques-uns ont pu s'enservir, cela est probable et même j'en suis certain (car, par mon service de contrôleur général de la préfecture de police, je dois dans le cas de trouble, voir de quelle façon les ordres du préfet sont exécutés par les agents); je dois donc me transporter un peu partout, et j'ai pu m'assurer que les agents, se voyant frappés par les ouvriers, ne sont pas restés insensibles à ces attaques, qu'ils sont anivés à riposter à coups de poings, de pommeau d'épée, de clefs et peut-être même à coups de casse-têtes.

Ace moment on a beaucoup parlé de ces incidents, on a semé l'irritation et on a complètement paralysé les forces de la police.

Cependant le gouvernement ne se servait pas des soldats sous pré texte qu'il ne voulait pas verser le sang. C'était l'époque où on lui reprochait avec violence le coup d'Etat du 2 décembre et où tous les jours les journaux renouvelaient le souvenir du meurtre de Baudin et poussaient à des manifestations dans la rue.

Vous vous rappelez l'histoire du cimetière Montmartre; on voulut aller faire une manifestation sur la tombe de Baudin. On prétendit que le Gouvernement avait mis ce jour-là une armée sur pied ; la vérité est qu'il y avait eu 400 sergents de ville employés à cette affaire. Je me rappelle un article de M. Fioquet, article très spirituel, l'un de ses plus spirituels peut-être, intitulé je crois « La campigne de

Clichy » on il tournait en ridicule les ministres et tous les fonctionnaires qui avaient eu à donner des ordres à cette occasion, mais cet article était faux d'un bout à l'autre.

M. Marseille, p. 196.

Ecoutons M. Ferry qui se plaint lui-même de l'effervescence «les passions qu'il a excitées et qu'il ne peut plus contenir :

Cette situation était très difficile. Nous avions été nommés en 18G9, et cette élection avait déjà montré quel genre de difficultés des hommes politiques, républicains, voulant faire de la politique série : se et parlementaire, allaient rencontrer dans les dispositions et dans tempérament de leurs électeurs parisiens. M. Jules Favre ne fut élu qu'au second tour, et avec beaucoup de peine. 11 s'était produit, dès lors, dans les réunions publiques, des violences de très mauvais augure. Après notre nomination, et pendant cette sorte d'interrègne dans les institutions impériales qui aboutit à la constitution d'un ministère parlementaire, pendant cette période qui comprend plusieurs mois, nous eûmes, il faut bien qu'on le sache, et nous devons le dire pour l'histoire de notre temps, maille à partir à chaque instant avec le parti que nous appellions d'un nom très doux, le parti des impatients, qui devint plus tard le parti des exaltés, et enfin le parti anarchique, dont on a eu tant de peine à triompher dans ces derniers temps.

Dès le jour où nous avons été nommés, nous avons trouvé ce parti sur notre chemin comme un ennemi. A chaque instant, on nous convoquait à des réunions, et dans ces réunions on nous mettait en accusation. A chaque instant, on imaginait des manifestations impossibles. Vous vous rappelez peut-être celle qui devait avoir lieu en octobre 1869 (1), la Chambre n'ayant pas été convoquée dans le délai qu'on disait fixé par la loi. Certains clubs avaient décidé qu'il était du devoir des députés de se trouver sur la place de la Concorde à une date donnée, qui était, je crois, le 26 octobre.

Quand ensuite le ministère parlementaire fut constitué, nous avons eu l'affaire des funérailles de Victor Noir, l'affaire Pierre Bonaparte comme on l'appelait, et nous avons été dans la situation d'hommes qui n'avaient pas le gouvernement, mais qui étaient obligés d« résister à la queue de leur parti, absolument comme s'ils L'avaient eu.

(1) M. J. FfiTy parait oublier «nie cette manite,-tat:ou avait été ilMginét D*T M. de Kératrj qui eu 'tu l'iuiliateuf.

Une portion de ceux qui nous avaient élus ne comprenant absolument rien à la situation, à la politique, obéissant uniquement à leurs passions et aux excitations des journaux et des réunions, ne rêvaient que manifestations, copiées sur les manifestations de la première révolution, et c'était véritablement pour nous un sujet de perpétuels tourments

A la tête de ce parti des impatients figurait un homme qui a fait partie de l'Assemblée actuelle, M. Millière; il paraissait être le plus avisé de tout ces meneurs. Quand nous arrivâmes à l'Hôtel-de-Ville le4 septembre, M. Millère y était déjà, et il n'y était pas seul. Deux hommes surtout nous frappèrent par leur attitude et par leurs efforts; c'était d'une part M. Millère qui haranguait la foule dans la grande salle du trône, et de l'autre M. Delescluze, qui rôdait autour du cabinet où nous avions constitué la première commission du gouvernement.

M. Ferry, p. 382.

Quant à l'agitation ouvrière, voilà ce que disent des fonctionnaires de la préfecture de police, à qui leur position imposait le devoir d'étudier la situation et donnait le moyen de la connaître.

m. le président. — Les sociétés de résistance ne se sont pas dissoutes après le vote de la loi sur les coalitions ?

m. nusse. — Au contraire ; jusque-là elles avaient caché leur drapeau sous le voile de sociétés d'épargne, mais à partir de ce moment elles ont cessé de le dissimuler. C'est alors qu'elles ont formé la fédération ouvrière dont les membres étaient en rapport avec l'Internationale.

m. le président.— Nous avions entendu dire qu'il s'était d'abord constitué des chambres syndicales d'ouvriers, par métiers, et que les délégués nommés par ces chambres syndicales, avaient constitué la fédération ouvrière.

m. nusse. — Les chambres syndicales n'étaient autre chose que les bureaux chargés de tenir les caisses des sociétés de résistance. La fédération était, en effet, la réunion des délégués de ces chambres syndicales.

Avant la promulgation de la loi sur les coalitions, les sociétés de résistance se faisaient passer pour des sociétés d'épargne, mais à partir de ce moment, elles ont pu s'organiser régulièrement, légalement, et c'est alors qu'elles ont nommé des délégués, et constitué la fédération, dont le siège était rue de la Corderie, où se trouvait

également le siège d'e l'Internationale.

m. LE président. — A quelle occasion a eu lieu l'union des fédérations avec l'Internationale!

m. nusse. — Gela s'est fait petit à petit et tout naturellement, parce qu'il y avait bon nombre, d'ouvriers qui étaient à la fois membres des deux sociétés. J'estime que la réunion définitive, complète, remonte à deux ans, deux ans et demi environ.

Une autre société révolutionnaire considérable, c'était celle des libres-penseurs, des solidaires, pour les enterrements civils. Chose remarquable, toutes ces sociétés qui ont toujours travaillé dans un but politique, se sont cachées sous le masque de sociétés ouvrières pour pouvoir agir avec plus de sécurité et plus efficacement sur les ouvriers.

m. le président. — Etait-Ge là une société distincte de celle des Blanquistes ?

m. roUSSE. — C'était une société à part, mais les Blanquistes se sont mis dans l'association des libres-penseurs, dont le chef était Eudes, celui qui a attaqué la caserne de la Villette et tué un pompier.

m. le président. — Pourriez-vous nous dire quelle était la force relative de ces différents groupes?

m. nusse. — On trouverait cette indication dans les rapports qui ont été faits sur ces diverses sociétés, mais je serais bien embarrassé pour vous les donner en ce moment.

J'évalue le nombre des révolutionnaires dans Paris à cent mille.

Il y a en moyenne trente mille individus qui n'ont aucun moyen d'existence et qui sont toujours prêts à prendre les armes, une fois l'affaire engagée, car, comme gens capables de la commencer, il n'y en a pas au delà de deux à trois mille. C'est là une distinction trèsimportante à faire.

Deux à trois mille pour commencer, trente mille prêts à suivre immédiatement, et en tout une centaine de mille, voila l'armée du désordre.

SI. Nusse, p. 224

Dans la classe ouvrière, le mouvement se produisait sous une autre forme. Il y eut bien quelques tentatives de publication de journaux, entre autres de la part d'un nommé Adolphe Six. Mais le mouvement se produisit surtout par des associations sous tonne de crédit mutuel, de sociétés coopératives, de sociétés de consommation. Les ouvriers se groupaient sous le prétexte de s'assuicr du t redit. Chacun apportait, par exemple, un petit capital de vingt ou truite

francs. On mettait cette somme en caisse, et si quelqu'un des associés avait besoin d'argent, il tirait sur la caisse, on lui prêtait trois ou quatre fois sa mise. C'était l'apparence, mais la réalité était l'organisation de la classe ouvrière de telle sorte qu'on en fit une armée à l'aide de laquelle on put renverser le gouvernement.

On s'était aperçu, à cette époque, que la jeunesse des Écoles était plus portée à écrire qu'à agir, à crier qu'à descendre dans la rue, et on comptait trouver dans la classe ouvrière les hommes d'action dont on avait besoin, on comptait les pousser en avant à un moment donné.

Ce fut en effet ce qui arriva.

M. Marseille, p. 192.

— Nous avons toujours pensé à la préfecture, que, dès 1866, les sociétés ouvrières existant à Paris avaient un caractère politique.

Il y avait des chambres syndicales d'ouvriers divisées par métiers, mais réunies par le lien de la fédération. Chaque corps de métier nommait son délégué, et la réunion de tous les délégués formait le conseil fédéral, qui avait son siège rue de la Corderie, ainsi que l'Association internationale, dont l'organisation était analogue, et qui se confondaient l'une avec l'autre. Il y avait certainement une union des plus intimes entre la société fédérative et les diverses sections de l'Internationale fédérée ; c'étaient toujours les mêmes doctrines et souvent les mêmes hommes. Pour nous, ce n'était qu'une seule et même organisation sous des étiquettes différentes.

M. Mouton, p. 229.

Jusqu'à cette époque, la presse eut à attaquer les prêtres. Pourvu qu'on servît chaque jour à la classe ouvrière quelques traits d'immoralité de la part d'un prêtre ou d'un frère ignorantin, on était sûr du succès de la feuille. On abandonna un peu cette voie pour entrer dans les questions sociales, dans les questions intéressant les classes ouvrières.

m. vaciierot. — Je pense qu'il serait plus juste de dire : « pour rentrer dans les questions sociales ; » car ce mouvement avait existé précédemment en 1848.

m. Marseille. — Vous avez raison. Il avait même existé en 1835, au moment où Barbes dirigeait les associations.

Quoi qu'il en soit, la presse prit une allure plus vive, et le Gouvernement fut amené à faire de nouvelles concessions. Ce furent,

d'un côté, les lois sur les associations et les coalitions ; de l'autre, la loi qui permettait les réunions publiques.

11 y eut encore une loi dont les conséquences furent très-graves : ce fut celle qui étendit la liberté de l'imprimerie dans une certaine mesure, et qui accorda aux journaux le droit d'avoir une imprimerie à eux. Le législateur s'était dit : En donnant à un journal le droi1 d'avoir une imprimerie, nous avions une garantie sérieuse , si nous devons le poursuivre. Mais voici ce qui est arrivé. Un individu voulait fonder un journal ; du moment qu'il le fondait, il pouvait avoir une imprimerie. Mais il se gardait bien de se faire imprimeui, il simulait avec un imprimeur quelconque un traité de location d'une presse, il était ainsi propriétaire apparent d'une imprimerie. 11 n'y avait là aucune garantie sérieuse, et il pouvait faire imprimer le journal le plus monstrueux, sans que l'imprimeur qui avait loué sa presse, et qui était tout à fait désintéressé dans l'affaire, fût compromis. C'est grâce à ce moyen qu'on a pu faire paraître, dans les dernières années, ces journaux scandaleux qui ontjproduit les conséquences les

plus fâcheuses.

M. Marseille, p. 193.

L'armée elle-même était le but d'une propagande démoralisatrice. On excitait chez les soldats l'insubordination et, du haut de la tribune, on protestait contra l'aetion disciplinaire du ministre de la guerre. Les feuilles radicales se complaisaient à faire une chronique quotidienne intitulée : Les gaietés du sabre ; on préludait à ces déplorables provocations qui ont aggravé uos rêvera et paralysé notre résistance.

Voici ce que rappelle M. Marseille, page 200.

On a fait des écrits, des livres, des journaux exprès pour les soldats. Je me rappelle le 7* bataillon de chasseurs à pied, — je parle de celui-là parce que je m'en suis personnellement occupé : — il était à la caserne du Prince-Eugène, eh 1 bien, on lit pour ce bataillon un tirage spécial d'une brochure de Félix Pyat, intitulée « le soldat, » qui prêchait au dernier point l'indiscipline, et on distribua ces brochures à ce bataillon je crois, ainsi qu'à d'autres.

Un membre. — A quelle époque ?

m. MARSEILLE. — C'était quelque temps avant la révolution de septembre.

M. LE PRESIDENT. — N'est-ce pas aussi vers la même époque et pour la même cause qu'on distribuait aux soldats ce qu'on appelai! le Catéchisme de l indiscipline ?»

m. marse.lle. — Oui, Monsieur, je crois que c'était vers la même époque.

On consacrait aussi dans les journaux avancés quelques articles aux soldats : c'était les « tablettes militaires » où on leur prêchait l'indiscipline, et où on leur disait qu'on abolirait l'impôt du sang ; qu'on n'aurait plus qu'une armée, composée de gardes nationaux et de volontaires.

Quoi qu'il eu soit et malgré ces efforts et ces menées, que l'enquête elle-même ne peut dévoiler entièrement, la situation du pays, au moment de la déclaration de guerre était parfaitement rassurante et M. Piétri qui avait occupé la préfecture de police du 24 février 1866 au 4 septembre 1870 a dit, à bon droit, avec la double autorité de son caractère et d'une haute fonction remplie avec tant de loyauté, de discernement et de courage, ce que nous lisons à la page 261 du 4° vol.

L'ascendant du Gouvernement était entier avant septembre 1870; les passions démagogiques étaient impuissantes et la manifestation qu'en a rappelée à l'occasion de l'enterrement de Victor Noir prouva hautement la force de l'autorité.

Nous vivions sous le régime des réunions publiques; la licence de la presse était extrême. Un malheur arrive! Victor Noir est tué; les groupes révolutionnaires veulent profiter de la circonstance pour livrer un combat et renverser le gouvernement. Je parle ici devant un témoin de ces faits, M. le comte Daru, qui alors faisait partie du ministère. Le jour même de l'enterrement, qui était le 10 janvier, je fus appelé au Conseil des ministres; je rendis compte des projets révolutionnaires de certains groupes, du mot d'ordre donné dans la nuit, ainsi que de la tentative qui se ferait dans la journée.

Le Conseil délibéra sur les mesures que je proposai, et il les approuva. M. Flourens avait dit la veille, dans une réunion d'amis : « Demain, à cette heure, l'Empire sera abattu » Une foule énorme se rendit à la maison mortuaire, à Neuilly. Des discours insurrectionnels y furent prononcés. En rentrant dans Paris ces masses croyaient que rien ne les empêcherait de marcher sur les Tuileries et sur le Corps législatif.

Un commissaire de police et un tambour en eurent bien vite raison, car, au rond-point des Champs-Elysées, à la seconde sommation, il ne resta sur le terrain que des chapeaux et quelques individus moins lestes que leurs camarades.

11 en avait été de même en 18G9 ; il en fut de même en février 1870, au moment de l'arrestation de Rochefort, opérée en plein

Belleville, et à la porte de la réunion publique où on lui préparait une ovation.

Les meneurs qui excitaient le plus à l'action révolutionnaire étaient découragés; ils n'avaient plus aucune confiance dans le succès.

Jamais, disaient-ils, avec amertume et colère, un gouvernement ne tombe sous une première émeute : la Restauration et le Gouvernement de juillet ont essuyé plusieurs insurrections avant de s'effondrer sous les coups de nos précurseurs.

Le second empire n'a même pas eu, comme le premier, sa conspiration ïdallet.

Le pays, en effet, était calme, confiant, prospère.

L'armée se montrait partout énergiquement dévouée.

La nation venait d'affirmer de nouveau sa foi dynastique, et plus de 7,000,000 de suffrages avaient acclamé, en mai 1870, l'Empire et l'Empereur. Nous avions à Paris une belle et forte garnison. Nous y avions deux superbes régiments de gardes de Paris, et 4,000 sergents de ville dévoués, calmes, courageux.

Nos services de sûreté, parfaitement organisés, nous tenaient informés de tout ce qui intéressait la paix publique.

Telle était, dans ses lignes essentielles, en juillet î«70, notre situation intérieure, telles étaient les solides assises sur lesquelles reposaient alors la force, la grandeur, les destinées du pays.

M. Piélri, p. 261.

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