‹ Histoire révolutionnaire contemporaineChapitre 18 sur 92 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

X>éirLonstratio:ias poptilairos à Paris au niomont de la déclaration do guerre.

Allégations de M. Tbiers. — Elles sont démenties par M. Anssrt U Piétd rétablit la vérité sur ce point. — M. Tolain.

Nul n'a pu oublier les manifestations qui se produisirent à Paris, et dans les départements, lorsque éclata le conflit avec la Prusse, et que la guerre fut déclarée. Après nos revers, ces souvenirs sont méconnus et niés par ceux mêmes qui s'étaient les plus vivement associés à l'élan national: Parmi les habitués des séances du Corps législatif, on remarquait au premier rang, et parmi les plus fougueux, des publicistes, des hommes politiques qui incriminent aujourd'hui une résolution trop lente alors au gré de leurs impatiences :

Cette effervescence belliqueuse éclatait au dehors, en démonstrations dont personne, à ce moment, ne suspectait le caractère et la spontanéité. On a dit depuis qu'elles étaient provoquées, et M. Thiers lui-même n'a pas craint de faire la déclaration suivante devant la Commission d'enquête — Tome IV, p. 10.

« Des groupesnombreux encombraient les boulevards, et ce qui est « inouï, des bandes de gens de police couraient les rues en cria»t à « Berlin, à Berlin. La masse de la population désapprouvait ees « manifestations. »

Ce témoignage est le seul qui est wne pareille netteté, sur un fait aussi grave. Les plus malveillants, se sont bornés à insinuer que la police tolérait ou encourageait de telles démonstrations.

La Commission a interrogé à ce sujet M. Ausart, chef actuel de la police municipale qui en était le chef adjoint en 1870, et en qui M. Thiers a placé une entière confiance; voilà sa déclaration :

m. de la rocuetiiulon. On a parlé^beaucoup du rôle joué par quelques policiers de bas étage à l'époque qui a précédé la déclaration de guerre. Avez- vous eu connaissance qu'il y ait eu des agents provocateurs ?

m. ansart. Du toutl du tout ! C'est le vieux procédé des révolutionnaires de présenter )a police comme ayant fait les émeutes, quand elles n'ont pas réussi.

m. le président. M. Jules Favre lui-même l'a dit un jour à la tribune, et je lui ai répondu qu'en 1848, quand il était membre du Gouvernement, on lui avait aussi reproché d'avoir fait les insurrections de mars, d'avril et de juin.

m. vacherot. Avez-vous quelques raisons pour croire que le gouvernement impérial n'ait pas favorisé à Paris l'agitation belliqueuse " qui, dans le premier moment, ne paraissait pas devoir se produire, qui, tout d'un coup s'est produite, et qui a paru jusqu'à un certain point factice?

m. ansart. Non, j'ai assisté comme tout le monde à cette débauche de cris: à Berlin ! mais je n'y ai pas vu la main du Gouvernement.

M. Ansart p. 190.

Voici également la réponse faite, sur ce même point par un autre déclarant.

m. le président. — Arrivons au moment de la guerre. Alors eurent lieu des manifestations sérieuses des cris: à Berlin! à Berlin! On a accusé la police d'avoir provoqué ces manifestations.

m. mouton. — La police n'y était absolument pour rien ; elle n'est intervenue que pour protéger la maison de M. Thiers, qui était menacée par une colère aveugle. Ces manifestations ont pris an à la suite d'une proclamation du préfet de police aux habitants de Paris, proclamation qui avait été rédigée par le préfet à la demande du ministre de l'intérieur.

Du reste, ce mouvement des*espritsa été le même dans toute la France. 11 suftit, pour s'en convaincre, d'interroger les voyageurs qui ont visité n>s grandes villes à cette époque.

m. lk président. — L'Internationale paraît avoir alors t'ait dei Contre-manifestations en faveur de la paix.

m mouton. — 11 y en a eu en efiet quelques-unes, mais elles ont

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été peu nombreuses, car le sentiment public les a immédiatement arrêtées.

L'autorité maintenait l'ordre autant que possible; seulement il n'y avait pas lieu de sévir contre des foules qui criaient: * A Berlin! Vive la France ! »

L'Internationale a agi de concert avec ses amis les révolutionnaires

de la Ligue delà paix.

M. Mouton, p. 231.

Et enfin M. Piétri a tenu devant la Commission le langage suivant qui dispense de toute autre affirmation.

Au moment où l'incident Hohenzollern a éclaté, nous jouissions à Paris du calme le plus parfait, en même temps que la prospérité la plus grande régnait dans le pays tout entier. Ce regrettable incident surprit tout le monde. L'Empereur désirait la paix, — je le sais personnellement ; — son gouvernement la désirait avec une égale sincérité. Mais le sentiment public ^e jeta immédiatement dans une direction contraire , et on se prononça avec la plus grande énergie pour la guerre. Des promoteurs très-ardents du mouvement belliqueux à cette époque, ont voulu décliner, après nos premiers revers, la responsabilité de leur altitude. L'histoire n'aura pas de ces partialités : la collection des journaux de toutes nuances, qui se publiaient à Paris, en juillet 1870, et le compte-rendu officiel des débats du Corps législatif établissent avec certitude que l'opinion voulait alors la guerre.

M. le président. — Puisque la question se pose sur ce point, je désirerais vous demander un renseignement.

On a beaucoup dit que, dans les mouvements qui s'étaient manifestés à Paris, il y avait eu quelque chose de sincère, de tumultueusement sincère , mais qu'il y avait eu aussi quelque chose de factice...

M. piétri. — Que la police y avait aidé?

m. le président. — En un mot, qu'il y avait eu peut-être les deux choses à la fois.

Une enquête ou plutôt une consultation a été faite à ce moment, par le ministre de l'intérieur, pour se rendre compte du sentiment des départements. Les préfets ont été consultés, et leurs réponses ont été publiées. Dans ces réponses f que j'ai analysées, il est certain qu'il y en a un grand nombre qui , avec les précautions toutes naturelles des réponses préfectorales, s'expriment contre la guerre

ou tout au moins paraissent ne pas témoigner cet enthousiasme, qui était alors un enthousiasme parisien plutôt que véritablement français.

m. piétri. — Je dois faire observer à M. le Président que je n'ai parlé que de Paris. Je n'ai pas eu à m'occuper de l'état des départements ; les informations très- sérieuses , résumées dans les rapporls des préfets, arrivaient directement à M. le ministre de l'intérieur Chevreau , qui sera entendu ce matin même par la Commission. Mais quels qu'aient été ces rapports, leur autorité ne saurait infirmer l'enthousiasme de la population de Pans pour la guerre.

Cet enthousiasme n'avait rien de factice, il était aussi ardent que spontané.

Un moment on a soupçonné M. Ollivier, alors ministre de la ustice, d'être trop favorable à une solution pacifique : il a été aussitôt insulté, et une foule tumultueuse s'est portée sur la place Vendôme pour envahir le ministère de la justice La police a dû intervenir et réprimer ces manifestations. Le même fait s'est produit à l'égard de M. Thiers; son attitude pacifique, ses discours avaient excité 'a colère d'une partie de la population : il a fallu que l'autorité protégeât le domicile de M. Thiers. Nous avons dû protéger auss1 l'ambassade de Prusse, le domicile des négociants, des banquiers allemands que la foule menaçait et dont elle attaquait les magasins. Quelques membres de l'Internationale qui avaient tenté une contre-manifestation pacifique ont été l'objet des colères delà foule; nos services ont dû intervenir et réprimer les voies de fait auxquelles on se livrait contre leurs personnes.

Le mouvement belliqueux avait pris de telles proportions, que j'ai dû laire appel à la modération et au calme de la population de Paris dans une proclamation publiée dans le courant de juillet.

Le public de l'Opéra lui-même, si peu accessible d'ordinaire aux entraînements des masses, a eu ses emportements et ses colères. On avait demandé, un soir, à Faure, de chanter le Bhin allemand. Sur la réponse du régisseur que l'artiste ne l'avait jamais chanté, la salle entière se leva, frémissante d'indignation et d'ardeur guerrière; l'artiste hésitait encore, mais le tumulte devint tel qu'il dut se résigner à venir sur la scène déclamer le chant demandé.

Oui, la population de Paris a voulu la guerre ; elle l'a voulue, non parce que la police l'y aurait poussée, mais parce que, depuis 1866, l'opposition représentait la France comme humiliée par la Prusse et vaincue h Sadowa. La police ne disposait pas plus des orateurs qui nous flétrissaient du nom de vaincus de Sadowa, qu'élit

ne dictait aux journaux hostiles ou irréconciliables les pages véhémentes qui enflammaient alors l'esprit public.

La police n'aime ni les manifestations de la rue, ni le tumulte des lieux publics. Les masses qui se portaient sur nos places et sur les voies publiques pour demander que la France relevât le gant de la Prusse, subissaient un entraînement qu'on peut regretter, mais qu'on ne doit pas travestir et calomnier.

Quant à la police, elle a fait loyalement, honnêtement son devoir, au milieu d'une effervescence sans précédents, car en 185i comme en 1859, lors de la guerre de Crimée et d'Italie, Paris se montra bien moins impétueux qu'en 1870.

M. Piétri, p. 252.

A ces déclarations qui ne peuvent laisser aucun doute dans l'esprit du lecteur impartial, nous ajouterons celle de M. Tolain. Il IW* •»»naître le rôle de l'Internationale et ses cris de : Vive la paix\ alors que la guerre était déclarée, et que nos soldats s'acheminaient déjà vers la frontière.

Un membre. — Dans le mouvement de juin 1870, l'Internationale n'a-t-elle pas paru?

m. tolain. — Si. II y a eu une protestation de l'Internationale contre la guerre. Cette protestation n'est partie ni des sections, ni de la fédération, mais des anciens et premiers fondateurs de l'Internationale, qui avaient peut-être, depuis cinq ou six mois, fondé un petit cercle à Paris et qui en avaient averti le préfet de police ; c'était le cercle mutuelliste. La protestation contre la guerre est partie de là; elle a paru dans les journaux, et quand cette protestation a été publiée, les diverses sections qui existaient sont venues apporter leur adhésisn.

Dans les derniers jours, au moment de la déclaration de guerre, il y a eu deux manifestations sur le boulevard; elles étaient composée!, en grande partie, de membres de l'Internationale; il y en a eu une où l'on a crié : « Vive la paix ! » et qui a été dispersée sur la place "Vendôme, et une autre, sur le boulevard Poissonnière.

M. Tolain, p. 566.

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