CHAPITRE VII
Opérations militaires jusqu'au 6 août inclixsivcxiaent-
0, inion de M. Thiers sur l'emploi des forces disponibles. — Situation et effectif Se l'nrmée du Hhin au début des hostilités, d'apr--s le maréchal Le Pœuf. — Direction donnée aux troupes. — Autorité attribuée, dès ie 6 août , au maréchal Bazauîô , qui commandait les ie, 3e et 4e corps. — Détails sur la journée de Reischoffen. — dor-Dés au maréchal Dazaine sur la marebe de l'ennemi.
Après avoir affirmé l'insuffisance de nos préparatifs et déclaré que l'état de nos forces ne comportait pas use déclaration de gu< M. Thiers, par une singulière contradiction qui tient à son désir de tout critiquer, blâme les dispositions militaires prises par le G<k nement et leur attribue des échecs que ne prévoyaient, dit-il, ni la Prusse ni la Russie, mais qu'il avait prévus lui-même
Et cependant, malgré toutes ces conditions d'infériorité, bien que nous n'eussions pas à l'ouverture duïeu, plus de 840 à 256 :
oo.es présents au drapeau, si au début on avait agi ave et présence d'esprit, si au lieu de demeurer vingt jours immobiles, ;>lan, sans vues arrêtées, dispersés sur une ligne de cinquante lieues, deThionville au bord du Rhin, en cinq corps qui ne pouvaient pas se secourir les uns les autres, si au lieu d'accumuler ces fautes, on avait laissé trente mille hommes sur lacrètr des \ osgespour observer la vallée du Rhin, et qu'avec 2z0 mille ou eût marché goureusement sur Trêves, on aurait rabattu les Prussiens, peut-être percé leur ligne, rejeté leur énorme masse sur Ma.wna», et changé la face des événements. On le croyait tout- j- l'ail en Pi i et j'ai acquis à Saint-Pétersbourg, la preuve que le roi de Pi
lui-même, et l'empereur do Russie, convaincus que les choses se passeraient ainsi, s'étaient entendus dans celte hypothèse. Le prince Gortschakoff qui se trouvait en ce moment en Allemagne avril reçu avis de se hâter, car autrement, disait-on, il serait, pris par les Français qui arrivaient au pas de course.
Loin de là, nous avions laissa accabler le maréchal de Mac-Mahon dans la vallée du Rhin, et après ce désastre, saisis de stupeur, nous n'avions su quoi faire, quoi résoudre. Nous avions art tendu d'être tournés pour prendre un parti, et ce parti avait consisté à expulser l'Empereur de l'armée, ce qui n'avait pas beaucoup amélioré la situation, ni lait cesser la confusion de cette indicible campagne.
M. Thiers, p. 12.
Le maréchal Le Bœuf interpellé par la Commission d'enquête a présenté ainsi la situation de l'armée du Rhin, ^a force, les dispositions prises en vue du commandement, et ses premières opéra; ions.
M. le comte daru . — Quel était l'effectif de l'armée du Rhin ?
m. le maréchal le roeuf. — 213,171 hommes, le 1er août, d'après les situations parvenues au grand quartier-général. Mais l'effectif réel était supérieur, car des corps éiaient en relard pour l'i nvoi de leurs situations et la transmission des situations pour les corps d'Alsace exigeait généralement de 24 à 48 heures.
M. le comte daru. — Dans ces 243,000 hommes, comprenez-vous le corps de Mac-Mahon ? *
m. le maréchal le boeuf. — Je comprends tout, le corps de Mac-Mahon, le 7e corps et la garde. D'après les chiffres portés au taoleau de l'effectif général des forcesde l'armée de terre, qui s'établit mensuellement au Ministère de la guerre, il avait été dirigé, au !" août 4870, 278,882 hommes sur l'armée du Rhin, et l'effectif moyen des régiments d'infanterie était de 1901 baïonnettes. Du 1er au 14 août 1870, il a été dirigé d'as- ez nombreux détachements sur l'armée du Rhin. Mais d'autre part, les corps ont éprouvé des perles dans les engagements qui ont eu lieu.
Je n'ai pu trouver au Ministère de la guerre de renseignements plus précis que ceux que je viens de vous donner. Peut-être, les trouvera-ton plus tard dans les archives du grand état major général qui, je le crois, étaient restés à Metz. J'ai d'ailleurs donné ma démission de major général le 8, démission que l'Empereur n'a acceptée que le 1 2. Je n'ai gardé par devers moi que peu de renseignements sur ce qui s'est passé du 8 au 12.
Je viens do vous donner un aperçu des situations de l'armée du Rhin. Je vais vous indiquer ce qui restait en France après l'organisation de cette année.
H. le comte paru. — Le 1 5 août, quand les réserves ont été incorporées, quel était l'eflectif de l'armée?
M . le .maréchal le boeuf. — Je n'ai pas le chiffre exact. On m'a cité au ministère de la guerre un chiffre de 290,000 hommes. Ce n'est donc pas tout à fait 300,000 hommes. Mais on n'a pas le chiffre d'une manière précise. A partir du 15 août, les arrivages ont été retardés, la gare de Frouard ayant été prise le 12.
Après la formation de l'armée du Rhin, il restait en cadres tant en France qu'en Algérie;
1151 compagnies d'infanterie, soit l'équivalent de 192 bataillons à 6 compagnies.
4ô7 escadrons de cavalerie;
10 batteries de campagne; 20 batteries de dépôt.
Mais l'artillerie comprenait encore :
53 batteries^ pied qui, par le".dédoublement prévu dans l'organisation de cette arme pouvait fournir un certain nombre de batteries de campagne.
En supposant que l'armée du Rhin eût atteint son effectif de 300,000
11 devait rester en France et en Algérie, après avoir déduit les non-valeurs organiques (Gendarmeries, Compagnies hors rang, etc.) soit £2,987
les déficits permanents 29,451
les non-valeurs delà réserve 2,108
en hommes disponibles pour un service de guerre. . . 192,585
Total des forces au Ie' juillet 567,131
auxquelles se sont ajoutés la classe de 1869 incorporée
du 8 au 12 août soit 75,000
et les engagements pour la durée de la guerre jusqu'au
31 août 28,000
Total 670.1:51
M. le maréohal Le Botuf. p. 49
Dans l'origine, on avait formé trois armées, l'une, en Alsace sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon, une autre en Lorraine sous les ordres du maréchal Bazaine, et enfin un corps de réserve à Châlons, sous les ordres du maréchal Ganrobert. En sus de ces trois armées devaient se former, à Lyon, un corps de réserve sous les ordres du général comte de Palikao, et, à Toulouse, un auïre corps sous les ordres du général Trochu.
Ces deux corps devaient être composés : celui de Lyon, d'un noyau de troupes rappelées de Civita-Vecchia, de quatrièmes bataillons de récente formation et de bataillons de la garde mobile : celui de Toulouse, d'une division d'infanterie qu'on y lassait, avec une brigade de cavalerie, de quatrièmes bataillons et de bataillons de la garde mobile. Ce dernier corps était destiné à marcher sur la Loire, nos relations avec l'Espagne ne nous donnant aucune préoccupation. Le corps commandé par le général Montaudon devait opérer sur nos derrières, suivant que nous passerions le Rhin ou la Sarre. J'avais prévenu le général Trochu vers le milieu de juillet.
Quant au général comte de Palikao, il s'était d'abord étonné de n'avoir pas de commandement dans l'armée active. Je lui écrivis que la position de Lyon était destinée à prendre une grande importance et que l'empereur l'y maintenait. J'avais une grande confiance dans sa capacité d'organisateur, comme dans celle du général Trochu.
Nous devions, en outre envoyer la flotte dans la Baltique avec un corps destiné à être débarqué sur un point des côtes prussiennes.
Le général Trochu ayant cru voir dans la mission qui lui était donnée dans le midi une espèce d'exclusion, qui n'était dans la pensée de personne, je demandai qu'il fût de préférence désigné pour commander le corps de débarquement de la Baltique. Il assista à une conférence sur ce sujet. Puis, le projet lut abandonné après mon départ, peut-être par des motifs politiques, surtout parce que les premiers événements de la guerre avaient fait sentir la nécessité d'avoir plus de monde à la frontière du Nord-Est. La division d'infan'erie de marine, qui devait faire partie des troupes de d. b irquement, futlaissée à Paris, et fit bientôt partie du 12e corps commandé par le général Lebrun.
A Strasbourg, il devait y avoir une flottille de 12 batteries cuirassées. Les travaux d'organisation y étaient commencés, et c'est ainsi que le contre-amiral Excelmans s'est trouvé assiégé dans cette place. Les batteries avaient pour but d'appuyer nos mouvement, si
nous franchissions le Rhin ou de gêner ceux de l'ennemi, s'il avait à le franchir quand la guerre serait engagée.
Un autre projet prévalut relativement à l'organisation des armées. C'est celui d'après lequel tous les corps ne formaient plus qu'une armée. On se réservait de réunir, selon les circonstances, différents corps sous les ordres d'un des maréchaux, comme cela s'était pratiqué dans d'anciennes guerres. J'écrivis en effet aux maréchaux Mac- Mahon et Bazaine que le premier commanderait les troupes réunies en Alsace et que le second commanderait les troupes réunies en Lorraine, en tout ce qui concernait les opérations militaires, jusqu'à l'arrivée au quartier général de l'Empereur qui prendrait ensuite ses dispositions.
On a critiqué avec une très-grande sévérité la dissémination des corps d'armée ; cette dissémination a été pour beaucoup dans les premiers malheurs de la campagne.
J'en prends la responsabilité comme ministre de la guerre, et je vais expliquer les considérations qui ont amené cette dissémination primitive. On avait eu d'abord la pensée de franchir le Rhin, de se jeter entre les troupes de la Confédération du Sud, que l'on croyait devoir prendre une attitude d'expectative, et les troupes de la Confédération du Nord.
Dans cette hypothèse, les troupes réunies en Lorraine levaient marcher sur l'Alsace et passer le Rhin après les troupes déjà réunies en Alsace. Le maréchal Ganrobert se portait en Lorraine, suivant les circonstances, et prenait soit à Metz, soit à Nancy, une position destinée à couvrir nos communications. A mesure que l'espérance d'un concours, sur lequel nous avions cru pouvoir compter s'affaiblissait, la pensée d'opérer sur la Sarre, et peut-être même de passer à une attitude défensive, prenait de plus en plus de consistance. Ainsi, dans l'origine, il y avait en Alsace sous le maréchal de Mac-Mahon trois corps d'armée qui devaient occuper Colmar, Strasbourg et Bitche. La garde devait rester à Nancy.
Les circonstances politiques ne se dessinant pas telles que nous l'espérions, on appela le corps du général de Failly à Sarreguemines et on fit venir la garde à Metz. J'aurais dû dire à la Commission qu'on avait discuté la question de savoir si, à l'origine, on devait prendre une position centrale à l'intérieur, ou s'il fallait se porter de suite vers la frontière. Mais, comme on comptait pouvoir prendre uue offensive rapide, on s'était décidé à porter les corps sur le champ vers la frontière.
Il était à considérer que si l'on eût pris une position centrale
celle du plateau des Haies par exemple, ou peut-être même une autre plus en arrière, ce qui, au point de vue d'une guerre défensive, était le plus rationnel, on aurait abandonné un territoire considérable à l'ennemi, qui y aurait lancé immédiatement sa cavalerie. Nous aurions vu s'arrêter le recrutement de la classe et la réunion de la garde mobile, nous aurions livré un réseau considérable de chemin de fer, et je ne sais pas si l'ennemi ayant eu le temps de réunir des forces encore plus considérables que celles qu'il nous a opposées, au début de la guerre, ne nous aurait pas fait autant de mal.
On s'était donc décidé à porter rapidement les troupes vers la frontière.
Il faut maintenant distinguer deux périodes ; celle de la formation des corps et celle de la concentration des armées.
Dans la première période, celle de la formation, on s'était particulièrement préoccupé d'employer méthodiquement nos lignes de voie ferrée (1). Cependant je dois dire, que malgré tout le zèle et l'intelligence déployés par les compagnies de chemins de fer, on n'a pas réussi à éviter l'encombrement dans les gares.
Le 4e corps, réuni à Thionville, se composait de troupes prises à Metz, à Thionville et dans les places du Nord. Elles avaient été réunies facilement au moyen de la voie ferrée qui arrive de Lille,
Le 3e corps, placé à Metz, était composé de régiments pris à Paris, Metz et Nancy.
Le 2* corps était à Forbach, où il avait été envoyé du camp de Ghâlons, dès le 16.
Le 5e corps qui était placé à Bitche (on avait hésité entre Phalsbourg, Bitche et Haguenau), était composé de troupes prises à Lyon, Grenoble et dans d'autres places.
Le 1er corps, placé à Strasbourg, était formé de troupes prises en Alsace, en Franche-Comté et en Algérie. Les troupes d'Algérie avaient été dispersées par mon prédécesseur le maréchal Niel, de façon que leur embarquement fût aussi rapide que possible. Néan-
(1) Note du maréchal Le Bœuf. — Comme exemple de ce qui a été fait par les compagnies de chemia de fer, voici des chiffres fourni» par le rapport annuel de la Compagnie de l'Est.
A dater du 16 juillet 1870, cette Compagnie avait fait en 22 jourg 1,223 traing, goit 55 trains en moyenne par jour. Elle avait transporté environ, dan* cette première période :
300,000 homntei (infanferie, cavalerie, artillerie) ; 64,700 chevaux ; 6,600 canons et voitures; 1,400 wagong de subsistanceg ou de munitiong.
moins, plusieurs de ces régiments étaient encore incomplets lors de âeiscboffen.
L'Algérie devait aussi fournir pour les ambulances des mulets qui sont arrivés très tardivement.
Le 7e corps, qui était à Belfort, se composait de troupes prises dans diverses places du Sud Est. Ce corps devait d'abord occuper Colmar qui, au point de vue de la concentration eût été une position meilleure; mais, on le laissa provisoirement à Belfort, parce que cette place, dont les travaux étaient très-avancés, avait encore besoin de nombreux travailleurs. Le corps du général Douay a contribué, on y stationnant, à rendre Belfort assez respectable pour que cette clef de l'Alsace soit restée entre nos mains.
Le 6e corps composé de troupes prises en Normandie, en Bretagne et dans le Sud-Ouest, était formé au camp de Châlons sous les ordres du maréchal Ganrobert.
La garde et la réserve générale d'artillerie furent envoyées d'abord à Nancy, puis à Metz : La division de réserve de cavalerie du général Forton, à Pont-à- Mousson. La division de réserve du générât Banmenain àLunéville. La cavalerie d'Afrique était en route pour rejoindre et est arrivée à Metz, vers le 10.
Le parc général du génie était à Metz.
Le parc général de l'artillerie commençait sa concentration à Toul. Le matériel de ce parc avait été organisé par avance en huit sections dans les arsenaux de Metz, Strasbourg, Besançon, Lyon, Douai, L:i Fère, Rennes et Toulouse.
Je dois m'expliquer sur le parc général d'artillerie. On a attribué à l'éloignement de ce parc une lacune dans les munitions.
Qu'est-ce qu'un parc général d'artillerie ?
L'artillerie emmène avec ses batteries ce qu'on appelle un premier approvisionnement. Elle a ensuite un second approvisionnement qui est réparti, moitié dans les parcs des corps d'aimée, moitié %ns\e parc général. Le parc général se compose toujours d'une por-
->n roulante et d'une portion (ixe. Généralement, on l'établit à une certaine distance en arrière de l'armée ; c'est tout autant un atelier de réparation qu'un centre d'approvisionnement.
Dans la campagne d'Italie, le parc général est resté à Milan. A Solférino, où l'artillerie a été très engagée, nous avons consommé, je l'ai dit déjà, 10,000 coups de canon sur les 60,000 que nous avions sur le champ de bataille, dans les batteries et dans les parcs des corps d'armée, sur le champ de bataille.
A l'armée du Uliin, nous avions dès l'origine 236,149 coups a tirer
dans les batteries et dans les parc de corps d'armée. Notre situation en munitions était donc très-satisfaisante et le parc général de l'artillerie ne nous était pas indispensable pour l'ouverture de la campagne (1).
Telle était la répartition des corps d'armée dans la période de leur formation, que l'on estimait ne pas devoir durer plus de 15 jours.
Je partis pour Metz le 24 juillet, non pour prendre le commandement de l'armée que je n'ai jamais exercé, mais pour rendre compte du degré d'avancement de la formation des corps. Je Us une tournée, je reçus des observations; il y avait dans les services administratifs des lacunes fort explicables, puisque le mouvement des troupes et des approvisionnements n'était commencé que depuis dix jours. Mais ces lacunes se remplissaient jonrnellement par des admis ou marchés sur place, ou par des arrivages de l'intérieur.
L'armée devait prendre l'offensive dans les premiers jours d'août.
La première opération eut lieu le 2 août.
Les troupes ennemies et des approvisionnements passaient constamment par le chemin de fer qui conduit de Trêves à Mayence; oe rassemblements ennemis étaient signalés dans le sud des province Rhénanes. L'Empereur se résolut à faire une reconnaissance offensive; il la confia au deuxième corps qui était le plus avancé vers la frontière. Ce corps qui occupait Forbach devait marcher sur Sarrebruck, qui n'était couvert que par des troupes peu nombreuses, mais appuyées par des forces plus considérables échelonnées sur la rive droite.
Si je m'étends sur les motifs de cette opération, c'est qu'on a dit qu'elle avait été faite pour calmer l'opinion publique qui nous pressait d'entrer en opérations. N'a-t on pas dit même que l'on avait voulu donner le baptême du feu au prince impérial? Cette reconnaissance devait s'exécuter depuis plusieurs jours; le général Frossard la demandait, et, si l'Empereur y a assisté, c'est que l'on croyait y rencontrer des forces plus considérables et peut-être même franchir la Sarre. C'est en présence de ces éventualités que l'on fit appuyer le deuxième corps à droite par le cinquième, et à gauche par des troupes du troisième; .l'opération ne rencontra aucune difficulté et l'ennemi ne déploya pas de forces notables sur la rive droite.
Vers cette époque, l'organisation des corps étant plus avancée, on
Holc du maréchad Le Bœuf. — Pour avoir le chiffre des coups à tirer par ies corps de la Moselle, il fdut retrancher de ce total les approvisionnements des 1% 5e, 7e corps el déduire en outre le parc du 6e corpi, qui n'a pu rejoindre à Met/
i'3i HISTOIRE RÉVOLUTIONNAIRE
commença à les concentrer, et le k août on fit un premier mouve ment dans ce but.
Le h août, l'emplacement des corps de la Moselle était Boulai, Saint-Avold, Forbach et Sarreguemines, la garde et les réserves géérales à Metz .
m. ulrig perrot. — Quiest-ce qui a fixé l'emplacement des corps? était-ce l'Empereur ?
m. le maréchal le HOEUF. — L'Empereur, sur la proposition du major général.
Le général Ladmirault préparait une reconnaissance offensive sur ce point, quand on reçut au quartier impérial la nouvelle de l'échec de Wissembourg. On révoqua aussitôt les ordres donnés pour la reconnaissance et l'on prescrivit au troisième corps de se porter sur Bitche.
D'autre part, on avait reçu du maréchal Mac-Mahon, l'avis qu'il pouvait être engagé très sérieurement le G ou le 7. Le maréchal Mac- Mahon télégraphiait à l'empereur, de Reischoffen, le 5 août 1870, à
10 heures 50 du matin.
« Je suis concentré avec mon corps d'armée à Frœchwiller, éten- « dant ma droite jusqu'à la forêt d'Haguenau.
« Si l'ennemi se voyant menacé sur sa droite ne dépasse pas Ha- « guenau, je suis en bonne position. S'il dépasse Haguenau, je suis « obligé de prendre position plus au sud, pour garder les défilés de « la Petite-Pierre et de Saverne.
« S'il vous est possible de disposer d'un des corps d'armée de la « Moselle, venant me rejoindre par le chemin de Bitche, ou par la « route de la Petite-Pierre, je serai en état de reprendre l'offensive « avec avantage.
« Signé : Maréchal de Mac-Mahon. »
En conséquence, le 5, on donna l'ordre au cinquième corps de marcher vers le maréchal de Mac-Mahon. Le maréchal ne pensait pas devoir être attaqué avant le 7 ; par conséquent, on supposait que le corps du général de Failly pourrait le rejoindre. Mais le cinquième corps parvenu à Bitche dans la soirée du 5, ne pouvait le quitter que le 6, au matin, et avait encore environ 27 kilomètres* parcourir.
11 n'arriva le 6 à Reischoffen qu'une division, assez à temps seulement pour appuyer la retraite du maréchal de Mac-Mahon.
Au même moment, les corps de la Moselle étaient attaqués sur leur droite par des forces assez considérables. Vous avez sous lei .yeux, dans le rapport du général FrOSSard, le récit de la bataille M
CONTEMPOItAIXE 135
Forbach, je ne le ferai pas. Lorsque ce malheureux échec fut connu, on se décida à se concentrer sous Metz. Je portai moi-même les ordres de concentration au maréchal Bazaine, à Saint-Avold.
Les mouvements commencèrent aussitôt et le maréchal Bazaine conduisit la concentration assez promptement. Le 10, son quartier général était à Panges. Le 1 1, toutes les troupes de la Moselle étaient réunies en avant de Metz, c'est-à-dire le deuxième, le troisième, le quatrième, le sixième corps, qui venait d'être appelé de Ghâlons, la garde et les réserves générales. On avait discuté la question de savoir si l'on devait se concentrer sur le plateau des Haies; mais on reconnut, d'après les nouvelles que l'on recevait de l'ennemi, que ce serait une marche de flanc périlleuse ; d'ailleurs, un sentiment profond se manifestait de plus en plus dans l'opinion publique. Quitter Metz, disait-on, ce serait abandonner la Lorraine. Ce sentiment n'existait pas seulement à Paris, il était surtout très vif en Lorraine; enfin, on supposait que l'ennemi viendrait nous attaquer sous les murs de Metz, et on comptait y livrer, dans une position favorable, une bataille décisive. Si, au contraire, l'ennemi nous débordait, on comptait être en mesure de se jeter sur son flanc, dans le cas où il voudrait marcher droit sur Paris, ou au moins couper ses communications. C'est ainsi qu'on est resté sur la rive droite de la .Moselle, du 11 au 14.
Investi, par décision impériale, du commandement de toute l'armée de Metz, y compris la garde, à partn du 13, le maréchal Bazaine devint commandant en chef indépendant; l'empereur avait quitté le commandement de l'armée de Metz pour aller former une nouvelle armée à Châlons, avec les premier, cinquième, septième corps, ainsi qu'avec les troupes qu'on devait y envoyer de Paris et des autres parties de la France ; l'armée de Metz devait opérer sa jonction avec celle qui se formait à Ghâlons.
Le 13 août, jour où le maréchal Bazaine prit possession du commandement en chef des troupes réunies sous Metz, leur effectif général s'élevait à 178,688 hommes et 39,502 chevaux. (Pièce n°40.) Le 13, l'ordre fut donné de franchir la Moselle pour se retirer, soit sur Verdun, soit sur Châlons. Verdun avait été fortement approvisionné en vue de cette éventualité. Ghâlons devait l'être également. On voulait prendre position pour couvrir Paris.
On ne s'attendait pas, je creis, à une bataille pour le 14. On était préoccupé surtout du mouvement de l'ennemi qui tendait à déborder l'aile droite. Le passage sur la rive gauche devait s'exécuter le 14 au matin. Mais il y eut des retards par suite d'une crue de la Moselle.
L'ennemi profila de ces retards pour attaquer vers le soir, lorsqu'il n'y avait plus sur la rive droite que le troisième corps, une partie du quatrième el quelques détachements de la garde. Le troisième corps, qui était commandé par le général Decaen, fit aussitôt face à l'ennemi, reprit ses positions et soutint vigoureusement la lutte, appuyé par le quatrième corps que le général Lîdmirault ramena sur la rive droite. L'engagement se prolongea fort tard; l'ennemi subit des pertes sérieuses et fut repoussé. Le troisiè ne corps eut dans cet engagement 23 officiers tués et 121 blessés, 628 hommes tués, 1,885 blessés, 193 disparus.
Les pertes furent également sensibles pour le quatrième corps dans cette affaire, connue sous le nom de bataille deBurny. L'ennemi s'était proposé de retarder le passage de la Moselle afin de permettre au prince Frédéric-Charles de déborder notre aile droite.
Le général Decaen, qui, dans l'affaire de Borny commanda le troisième corps avec un rare mérite, fut blessé grivièvement et succomba peu de temps après. J'étais à la suite de l'armée; le 15 au matin, je fus appelé à remplacer le général Decaen. C'est donc seulement comme commandant du troisième corps que je vais avoir l'honneur de vous rendre compte de ce qui s'est passé sous Metz.
Après avoir expliqué la reconnaissance de Sarrebruck, si odieusement dénaturée par l'esprit de parti, et poussé son îveit jusqu'à la bataille de Barny, le maréchal Le Bœuf constate que le maréchal Bazaine commandait en chef, dès le<3 août les 2\ 3e et 4e corps, et qu'il lui appartenait d'appuyer le général Frossarl. Il donne ensuite sur la désastreuse journée de Reischofien des détails que nous reproduisons in extenso.
m. ulric perrot. — Le corps dn maréchal Mac-Mahon a été écrasé par des forces énormes. Or, il est évident que si l'on avait ea au moins le sentiment du nombre des troupes qui devaient l'attaquer, ce n'est pas quand il demandait du secours, c'est auparavant qu'on aurait dû songer à avoir en Alsace et du côté des Vosges, des effectifs qui lui eussent permis de résister.
M LE MARECHAL LE BŒUF. — C'est tlès Vrai.
m. ulric perrot. — A Spikeren, comment se fait-il que le corps d'armée que commandait le général Frossard n'ait pas été secouru ?
H. le maréchal le BŒUF. — Sur ce point, il serait peut-être difficile de vous répondre. M. le maréchal Bazaine comnia-idait en chef.
m. ulric perrot. — Non, il ne commandait que son corps d'armée.
m. le maréchal le boeuf. — Ah! pardon; il commandait toutes les troupes qui étaient réunies là. I! en avait l'ordre de l'empereur.
m. ulric perrot. — Il me semble que les laits ne nous ont pas été présentés ainsi.
m. le maréchal le boeuf. — C'est possible. Mais alors les faits ne vous ont pas été présentés d'une manière complètement exacte.
m. le président saint-marc ciRARDiN. — Quelle est la date delà bataille de Spikeren ?
m. le maréchal le RObUF. — Le 6 août. Le maréchal Bazaine à son départ de Paris, avait reçu de moi, comme ministre, des ordres pour commander les troupes de la Moselle jusqu'à l'arrivée de l'empereur. Il commandait le G août; voici un télégramme que l'empereur lui adressait dans la soirée du 6 : « Je reçois de mauvaises nouvelles de Frossard, quelles mesures prenez-vous? »
Vous pourrez, d'ailleurs, voir dans le rapport du général Frossard, que c'est le maréchal Bazaine qui commandait les 2e, 3e et ke corps, le 6 août. Sans doute, on a envoyé des ordres directs aux commandants de corps d'armée; mais c'était en général des ordres administratifs. Le maréchal Bazaine n'avait pas à s'occuper de l'administration des corps, mais au point de vue militaire, il commandait. Trois divisions du 3e corps, qui formaient une espèce de ceinture autour du deuxième, ne paraissent pas avoir reçu à temps les instructions nécessaires pourse porter en avant. Voilà la réponse.
m. le comte daru. — Les Prussiens ont-ils reçu des renforts dans la journée?
m. le maréchal le rqeue. — Oui, ils en ont reçu. Voici ce que je élégraphiai au géaéral Frossard à 5 heures du matin : « Tenez -
vous prêt à une attaque sérieuse qui pourra avoir lieu aujourd'hui
même. Ne venez pas voir l'empereur à Saint-Avold; restez à votre « poste » L'empereur devait ce jour-là aller à Saint-Avold pour conférer avec le maréchal Bazaine et le général Frossard.
Voici maintenant ce que je télégraphiais au maréchal Bazaine, le même jour, à la même heure : « Je reçois votre télégramme, tenez- « vous prêt à une attaque sérieuse qui pourrait avoir lieu aujour- « d'hui même. » Ainsi, le commandant supérieur et le commandant du 2e corps étaient prévenus de la même manière et A la même heure. Les commandants de corps d'armée avaient d'ailleurs, pour se renseigner, leurs reconnaissances journalières de cavalerie et leurs fonds secrets qui devaient être employés principalement à payer des
espions. Le Grand Etat-Major- Général avait aussi des espions et chaque commandant de corps d'armée ou même de division en avait également. Le Grand État Major-Général recevait les rapports des corps et les contrôlait avec ceux, qu'il avait reçus directement par ses propres espions.
m. ULRie perrot. — Vous posez en fait que le général Frossard était sous les ordres du maréchal Bazaine.
m. le maréchal le bqeuf. — Parfaitement.
m. le comte daru. — Ainsi, vous déclarez à la Commission que le 6 août le maréchal Bazaine avait pris le commandement de toutes les troupes. C'était le moment où l'on opérait le mouvement de concentration dont vous avez parlé. Toutes les forces étaient réunies sous le commandement de l'empereur, et vous étiez le major- généra^ des trois armées placées, l'une à Strasbourg, l'autre a Metz, et la troisième à Chutons. C'est bien là votre déclaration (1).
m. le maréchal le boecf.— Oui, c'est là ma déclaration. La garde impériale n'était pas encore placée sous le commandement du maréchal Bazaine.
Elle devait arriver....
m. le comte daru. — Quand ?
m. le maréchal le boeuf. — Elle devait arriver le 7. Le 6, elle avait été placée sous les ordres du maréchal Bazaine, par l'Empereur.
Voici un télégramme dans lequel le général Frossard engagé vivement, rend compte au maréchal et lui demande des renforts. Cette dépèche est de 5 h. 15 (2).
(1) Note de M. le maréchal LeBœvf. — M. le maréchal Bazaine est en droit de n'accepter la responsabilité du commandement que pour son corps d'armée, du 29 juillet, jour de l'arrivée de l'Empereur au 4 août. Mais à dater du l>, il avait le commandement supérieur des 2e, 3e et 4e corps, en vertu d'un ordre général ainsi conçu :
a. Me /., 5 août, 1 h du soir. — Par ordre de l'Empereur, à dater de ce jour. « les 2e, 3e et 4e corps d'armée sont placés, en ce qui concerne les opérations « militaires, sous les ordres directs du maréchal Bazaine, et les 1er, S* a sous ceux du maréchal de Mac M thon. »
(2) Note du maréchal Le Bu-uf. Dès 1 heure 25, le généra! Frossard avait adressé au maréchal Bazaine la dépêche suivante :
« Je suis fortement engagé, tant sur la route et dans les bois que sur lea a hauteurs de Spickeren C'est une h itaille. Prière de faire marcher rapidement a la division Montauion sur (irosbliersdrol'f et vos dragons sur Porb&oh.
» Signé : Fnoss.utn. ■
Les ordres ont été donnés en conséquence par le maréoha) lia/aine ijui en lnimé n'a conservé que trois régiments pour garder la position do Saint Avold.
Le général Frossard au maréchal Bazaine à Saint-Avold.
« La lutte qui a été très-vive s'apaise, j'espère rester maître du « terrain, mais cela pourra recommencer demain matin ou peut- « être la nuit. La division Montaudon vous sera renvoyée aussitôt « que possible.
« Si vous pouviez m'envoyer un régiment au moins d'infanterie « par chemin de fer ce soir, ce serait bien; mes troupes sont fati- « guées. Votre brigade de dragons est arrivée, mais elle ne peut « m'être de grande utilité dans les bois. »
En effet, le maréchal Bazaine lui avait envoyé une brigade de dragons.
m. le président SA1NT-MARC-GIRARDIN. — Mais il n'est pas question là des renforts que les Prussiens ont reçus.
m. le maréchal le boeuf. — r Permettez, voici une autre dépêche de 5 h. 40 du soir.
5 h. 1x0 du soir.
Général Frossard au maréchal Bazaine.
« Ma droite sur les hauteurs a été obligée de se replier. Je me « trouve compromis gravement. Envoyez-moi des troupes très-vite « et par tous les moyens. »
En voici encore une de 6 heures et demie.
Le général Frossard au maréchal Bazaine.
« Les Prussiens font avancer des renforts considérables. Je suis « attaqué de tous côtés. Pressez le plus possible le mouvement de « nos troupes. »
m. de maillé. — Il résulte de ce que vous avez dit que, bien que l'Empereur eut le commandement supérieur de Tannée, le maréchal Bazaine commandait les différents corps d'armée qui étaient sur la gauche, le sien et les corps des généraux Ladmirault et Frossard. Il y avait donc un double commandement, celui de l'empereur commandant, celui de l'empereur commandant en chef, celui du maréchal Bazaine, commandant de ces trois corps d'armée.
m. le maréchal le BQEiT. — Ce que je puis vous dire, c'est que
c'est moi même qui avais écrit au maréchal Bazaine qu'il aurait le commandement de toutes les troupes sur la Moselle jusqu'à l'arrivée de l'empereur.
Le maréchal a pu croire que son commandement n'était pas suffisamment défini, et cela a pu l'empêcher d'envoyer des ordres directs aux commandants de corps d'armée (1).
Je ne voudrais rien dire de blessant pour personne. Je ne veux pas entrer dans l'examen des motifs qui ont empêché les divisions qui entouraient le corps de Frossard de lui porter secours. Cesjoursci, a paru une brochure du général Monlaudon en réponse aux reproches que le général Frossard lui a adressés pour n'être pas venu assez tôt à son secours. Le général Gastagny s'est plaint également de ce qu'a écrit le général Frossard. La Commission peut jeter les yeux sur ces documents.
m. ulric perrot. — Sur le point des ordres donnés directement par l'Empereur, je vous demande la permission de vous rappeler la dépêche que voici : (M. Perrot lit une dépêche).
Gomment expliquez-vous cette dépêche?
m. le maréchal le BŒUF. — C'est facile à expliquer. C'est bien le 7 août, n'est £e pas? Voulez-vous avoir la bonté de me communiquer celte dépêche; je vais l'expliquer, c'est la chose la plus simple. (Le maréchal Le Bœuf parcourt la dépêche). Voici l'explication :
Dans la soirée du 6 août, aussitôt qu'on eut connaissance de nos échecs, nous avions sous la main des forces nombreuses; l'empereur conçut la pensée de se rendre de sa personne au milieu des troupes pour reprendre l'offensive. 11 y eut des ordres donnés pour la concentration sur Saint- Avold ; mais, à 4 heures du matin, l'empereur reçut de nouveaux avis sur la marche de l'ennemi. Il apprit de plus que le général Frossard et les trois divisions du troisième corps étaient en retraite, sans qu'on sût au juste dans quelle direction. Le premier mouvement de retraite s'était opéré sur Sarreguemines. Dans cette situation, il devenait difficile que l'empereur songeât à marcher immédiatement en avant. Sa Majesté se décida à opérer la concentration sous Met/. Je partis, comme major-général, pour aller porter ces nouvelles instructions au maréchal Bazaine. L'empereur craignît que le général de Ladmirault ne reçût pas le contre-ordre à temps, et ne
(1) Note du maréchal Le Bœuf, — Se reporter à la note précédente, donnant l'ordre général qui a conféré au maréchal Butin* le» commandements des 2*. 3« et 4" corpi, à la date du :> août., et au maréchal de Mac-Malion celui de* 1", 5« et 7e, l'Empereur commandait toute l'armée. Ces disposition! étaient trèsrégulières, et l'on en trouve des précédents dans les anomunes guerres.
fit par conséquent une marche inutile; il lui télégraphia directement de ne pas opérer son mouvement sur Saint-Avold.
m. ulric perrot. — Ainsi l'empereur a modifié les ordres que le maréchal Bazaine avait donnés?
m. le maréchal le boeuf. — C'était chose régulière et qui arrive fréquemment. Je me rendais à Saint-Avold....
m. ulric perrot. — Oui, mais le maréchal Bazaine a l'air de croire, que dans ce cas il n'avait pas été prévenu de ce changement de mouvement, lui qui avait justement ces troupes là sous ses ordres, que le général de Ladmirault devait recevoir de lui, Bazaine, et qu'il fallait en même temps, que lui-même fût informé des ordres qu'on donnait aux troupes placées sous ses ordres. D'après la manière dont il raconte les faits, il semble se plaindre qu'on n'ait pas agi de la sorte.
m. le maréchal le bœuf. — Pour ceci, c'est peut-êlre une omission de l'État-Major, mais sans conséquence, puisque j'étais parti immédiatement pour Saint-Avold, afin de prévenir le maréchal. Je reviens sur ce fait : l'empereur était déjà monté dans son wagon. Au moment où le train allait partir pour Saint-Avold, arriva un avis indiquant que la gare de Bening était au pouvoir de l'ennemi. De plus, on ignorait la direction de la retraite du général Frossard. Dans ces conditions, l'empereur ne pouvait que renoncer à son mouvement offensif. C'est ce qu'il décida dans le train, où je me trouvais moi-même. Je partis sur le champ pour Saint-Avold, et j'allai porter les nouveaux ordres au maréchal Bazaine directement. Rentré à son quartier-général, l'empereur craignit que le général de Ladmirault ne continuât un mouvement qui était déjà commencé, et que ce ne fût une fatigue inutile pour les troupes. Il télégraphia au général Ladmirault que le mouvement en avant était décommandé.
m. ulric perrot. — Ce que je voulais savoir, c'est si le maréchal Bazaine en a été prévenu? Il a l'air de dire le contraire.
m. le maréchal le bœuf. — Il a été prévenu par moi à Saint- Avold. Quand je suis arrivé sur ce point, j'y ai trouvé la tête de colonne de la division Grenier, appartenant au corps du général Ladmirault. Le général Grenier me montra une dépêche qu'il venait de recevoir du général Ladmirault lui ordonnant de rentrer à son cantonnement sur la route de Saint-Avold à Boulay.
Le général de Ladmirault avait écrit de son côté, je crois, au maréchal Bazaine pour le prévenir du contre-ordre. Je le répète encore, l'empereur avait eu la pensée de réunir les troupes qu'il avait sous la main pour se jeter sur le flanc de l'ennemi. Ce mouvement pou-
vait rétablir les affaires. Malheureusement, il ne put être réalisé par suite de nouveaux renseignements qui arrivèrent. L'empereur dut changer entièrement ses dispositions et passer de l'offensive à la défensive. Ce sont ces ordres Aà que j'ai été porter au maréchal Bazaine à Saint-Avold. Est-ce clair maintenant?
m. ulric perrot fait un signe affirmatif.
h. le maréchal lebccuf. — Je dois dire, je vous demande pardon d'insister, que l'empereur a fait dans cette circonstance, ce que tout autre commandant aurait fait à sa place. Il n'y a pas de commandant en chef qni, ayant plusieurs corps dans la main, ne les prévienne au plus vite, quand il y a contre ordre pour des mouvements ordonnés, tout en prévenant leur commandant supérieur. Vous voyez que le général Ladmirault avait prévenu le maréchal Bazaine. Il n'y a pas, je crois, de doute à cet égard. Je voudrais que cet incident ne laissât aucun nuage dans l'esprit de la Commission.
Maréchal Le Bœuf, p. 59.